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En direct d’Égypte, en reportage à la Bibliotheca Alexandrina

Avec 500 000 livres reçus de la BNF, la Bibliotheca Alexandrina est devenue la plus francophone d’Afrique

Egypte | 11 décembre 2010 | src.LeJMED.fr
Alexandrie -

Le 30 novembre 2009 partait de Marseille le premier conteneur de livres de la collection de 500 000 ouvrages français offerts par la Bibliothèque nationale de France à la Bibliotheca Alexandrina (Égypte), en présence du Ministre de la culture Frédéric Mitterrand. Cette opération a pu voir le jour grâce au partenariat du Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée, présidé par Renaud Muselier, et de la SNCF International, mécène logistique de l’opération, qui a acheminé à bon port cette énorme collection, la plus grande jamais offerte dans l’histoire ! Ce don a ainsi fait de la Bibliotheca Alexandrina la plus importante bibliothèque francophone d’Afrique et du Moyen-Orient.

Un an après la réception du premier conteneur, Léa Albrieux s’est rendue sur place pour nous raconter comment la Bibliotheca Alexandrina organise son gigantesque département francophone.


Un reportage de Léa Albrieux

Dans les réserves en sous-sol de la Bibliotheca Alexandrina, l’ambiance est studieuse, des bibliothécaires s’affairent à trier consciencieusement des milliers de livres répartis sur de longues rangées noires. De temps en temps la toute nouvelle chef du département francophone, Nazly Farid, doit répondre aux questions sur le type de catégorie à laquelle appartiennent des livres aussi divers que « Les correspondances » du Ve siècle de Théodoret de Cyr, « Les plus belles légende juives », ou encore un ouvrage sur la francophonie. Des livres certes très différents mais ayant tous un point commun : être issus du don historique de 500 000 livres que la Bibliothèque nationale de France a fait à la Bibliotheca Alexandrina. Une arrivée massive de livres francophones qui a eu pour conséquence la création du département de la bibliothèque francophone et le recrutement de nombreux bibliothécaires maîtrisant la langue de Molière.

C’est en effet un changement de taille au sein de cette bibliothèque, qui a vu l’arrivée de 15 nouveaux catalogueurs pour pouvoir traiter ce nombre de livres sans précédent. Les piles des livres traités où à traiter s’entassent sur les étagères. La coordinatrice du catalogage de la collection française, Nesreen Abdelmeguid doit non seulement encadrer ces nouvelles recrues, « faire les relectures, corriger les erreurs pour 15 personnes, ce qui prend du temps », mais aussi continuer de cataloguer afin de mettre le plus de livres possible en rayon selon le souhait du directeur de la Bibliotheca Alexandrina, Ismail Serageldin (lui-même parfait francophone et qui a été nommé cette année professeur au Collège de France).

« Créer un esprit de groupe des francophones »

Jusqu’à présent 10 000 livres ont été intégrés sur les rayons de la bibliothèque et plus de 40 000 sont classés dans une autre réserve et accessibles aux usagers via le catalogue en ligne.

Derrière les catalogueurs se trouve le bureau de l’équipe du département francophone ainsi que la salle où se réunissent deux fois par semaines tous les catalogueurs et bibliothécaires francophones pour des séances de formation. Nazly Farid souhaite en effet « créer un esprit de groupe des francophones », souder ces personnes travaillant dans différents secteurs et qui ne se connaissent pas forcément. Après lecture des rapports qu’elle leur a demandés sur ces premiers mois de formation, elle s’avoue « très contente » de ce groupe de « bibliothécaires très motivés ». Mais, il s’agit aussi pour elle de les former à la francophonie et à la culture française ainsi que de « développer un esprit critique ».

Dans le cadre du plan de formation avec les partenaires français, une formatrice de la BnF a par exemple été envoyée pour initier les bibliothécaires à la littérature jeunesse francophone. Ce fut un vif succès, lors du pot de départ de la formatrice, les bibliothécaires montraient leur satisfaction, « vraiment très intéressant » glisse Ala, une bibliothécaire qui ne faisait pas partie du groupe concerné mais qui avait pris spécialement cinq jours de congé pour pouvoir y assister.

Coté public, au bureau d’accueil du rez-de-chaussée, un bibliothécaire remarque que les gens ont pris connaissance de l’arrivée du don et « viennent au bureau réclamer des livres trouvés dans le catalogue avec la côte de la BNF ». Un espace avait été spécialement aménagé à ce niveau clé de la bibliothèque par lequel arrivent les lecteurs : une arche ressemblant à celle de la Défense et dite « de la sagesse », sur laquelle est inscrite dans les trois langues de la bibliothèque - arabe, anglais et français- « Du savoir à la Sagesse ».

Une fois l’arche traversée, le visiteur a accès à un échantillon de livres présentés (des livres sur la gastronomie française, mais aussi des romans, des livres d’histoire…), ainsi que des ouvrages exposés en vitrine. Au milieu, un bureau d’accueil, distinct des autres par sa forme circulaire, attend, les futurs bibliothécaires francophones qui lui seront spécialement affectés pour renseigner les lecteurs de cette collection.

Des séjours de formation en France

Ayman, Anis et Eiman, trois bibliothécaires francophones de la Bibliotheca Alexandrina en formation en France, se sont retrouvés à Paris, dans un café des Champs Elysées. Eiman vient de terminer sa formation sur les logiciels libres à l’ENSSIB à Lyon et à la Bpi. Elle se dit satisfaite, « ça me donne des idées, j’espère utiliser les logiciels libres pour plusieurs projets à la bibliothèque ».

Quant à Anis et Ayman tout juste arrivés, à la question de ce qu’ils attendent de leur stage à la Bpi et à la Bibliothèque de Marseille à Vocation Régionale, les réponses fusent : pour l’un « savoir quelles sont les demandes des usagers français, comment ils utilisent la bibliothèque et ses services » ; pour l’autre « les animations ». Ils notent en effet que s’il y a une communauté francophone à Alexandrie, une grande part du travail sera de lui donner envie de venir à la bibliothèque.

Le nouveau café littéraire « l’Hexagone »
à la Bibliothèque d’Alexandrie

C’est dans le but d’assurer la promotion de ce nouveau fonds, que Nazly Farid a eu l’idée de créer un café littéraire francophone, l’Hexagone. Situé en face du bâtiment principal de la bibliothèque, dans le Centre des Conférences, celui-ci aura pour vocation d’être la vitrine de la bibliothèque francophone et le nouveau lieu culturel pour les francophones de la ville.

Un artiste français, Julien Solé, a été invité à imaginer le décor de cet espace, qu’il vient de réaliser par un collage sur le thème d’une vue d’un pont parisien. Initialement polytechnicien, celui-ci s’est tourné vers le dessin et la peinture à la suite de voyages (Inde, Népal, Éthiopie, Égypte...) qui « ont fait naitre en [lui] le dessin ».

La réalisation d’une fresque pour le café littéraire francophone de la Bibliotheca Alexandrina, l’Hexagone, s’inscrit dans le contexte des liens qu’il a tissés avec la ville d’Alexandrie. L’intérêt pour ses origines égyptiennes (son père est l’écrivain et journaliste franco-égyptien Robert Solé) l’avait amené à découvrir au marché aux puces d’Alexandrie des vieux carnets de famille datant des années 1960 sur lesquels il réalise des portraits. C’est donc naturellement qu’il va se tourner vers cette technique lorsque Nazly Farid, directrice du département francophone, lui demande de réaliser une fresque de 20m² représentant une vue parisienne pour l’Hexagone.

Coup de chance, des vieux livres inutilisables étaient entreposés dans les magasins de la BA. Il voit immédiatement l’intérêt d’utiliser ce fonds par la possibilité de faire « du recyclage plutôt que du gaspillage », mais aussi par sa richesse symbolique. Ainsi, si au premier coup d’œil on remarque, dessinée à la craie, une vue de Paris imaginaire regroupant la Seine et plusieurs monuments phares de la capitale, plus on se rapproche, plus la diversité des supports se dévoile sous cette couche parisienne – pages de couvertures, écritures manuscrites, notes d’élèves, dédicaces – mais aussi la diversité des langues, français, arabe, anglais, italien, allemand… révélant la richesse d’une Alexandrie cosmopolite. Les deux couches, loin de s’effacer l’une l’autre, se mélangent dans cette fresque pour donner à l’Hexagone son caractère multiculturel.

« L’Hexagone » permettra la création d’un cercle francophone, en devenant un lieu de rencontre, un café littéraire, café-concert et lieu d’exposition du fond de la collection française.


Tout a commencé le 30 novembre 2009…

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De gauche à droite, sur la photo, on reconnaît notamment : Mme Cécile Longé (1re à gauche), ancienne Secrétaire générale du Conseil culturel de l’UPM ; Renaud Muselier, Président du Conseil culturel de l’UPM, Député, ancien ministre ; Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture et de la Communication ; Jean-Claude Gaudin, Sénateur-maire de Marseille - © leJmed.fr - novembre 2009

Le 30 novembre 2009 partait de Marseille le premier conteneur de livres de la collection de 500 000 ouvrages offerts par la Bibliothèque nationale de France à la Bibliotheca Alexandrina, en présence du Ministre de la culture Frédéric Mitterrand.

Cette opération a pu voir le jour avec le partenariat du Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée, présidé par Renaud Muselier, et de la SNCF International, mécène logistique de l’opération qui a acheminé à bon port cette énorme collection, la plus grande jamais offerte dans l’histoire !

Ce don a ainsi fait de la Bibliotheca Alexandrina la plus importante bibliothèque francophone d’Afrique et du Moyen-Orient.

Loin de se contenter de cela, le but est de permettre la création d’un centre de référence pour les ressources francophones ainsi qu’une plate-forme de formation aux métiers du livre et des bibliothèques en français et en arabe, à vocation régionale. Pour appuyer cette démarche, les partenaires impliqués ont poursuivi leurs efforts pour mettre en place un plan de formation pluriannuel en direction des bibliothécaires de la Bibliotheca Alexandrina.

Ce plan vise à aider au traitement et au catalogage du don ainsi qu’à envisager à terme la mise au point de cette plate-forme francophone de ressources et de formation. Ainsi la Bibliotheca Alexandrina, la Bibliothèque nationale de France (BNF), le Centre Français de Culture et de Coopération de l’Ambassade de France en Égypte, le Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée, la Bibliothèque publique d’information (Bpi), l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB), la Ville de Marseille (avec la Bibliothèque municipale de Marseille à Vocation régionale), se sont réunis dans un large partenariat afin d’élaborer un plan de formation cohérent et répondant aux besoins du personnel du département francophone de la Bibliotheca Alexandrina.

L’année 2010 a déjà vu les premières formations se concrétiser et le plan 2011 est également prêt à être mis en œuvre. C’est ainsi plusieurs dizaines de bibliothécaires qui en bénéficient déjà ou sont en passe de partir en formation.

Grâce à tous ces efforts, un an après le départ du premier container, le catalogage de la collection progresse et le nouveau pôle francophone d’Alexandrie est en train de voir le jour…

Léa Albrieux


Sur le même sujet :

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