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Jérémie TAÏEB, Directeur de TIKVA Partners : « Sans chemin de fer, l’Afrique ne pourra pas développer son industrie, notamment avec un tissu de PME locales »

9 avril 2024
Jérémie TAÏEB, Directeur de TIKVA Partners : « Sans chemin de fer, l'Afrique ne pourra pas développer son industrie, notamment avec un tissu de PME locales »
Jérémie TAÏEB, Directeur de TIKVA Partners, cabinet de conseil en stratégie sur l’Afrique, Chargé de mission auprès des bailleurs de fonds pour Africarail. ©DR
Dans le contexte actuel de la bataille entre les grandes puissances pour sa garantir l’approvisionnement en minerais stratégiques, le rôle du chemin de fer relève un intérêt essentiel, tant celui-ci est indispensable à l’acheminement des minerais. Et s’il requiert des investissements colossaux, son effet de ruissellement est incontestable. Explications.

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Une contribution de Jérémie TAÏEB
Directeur de TIKVA Partners,
cabinet de conseil en stratégie sur l’Afrique,
Chargé de mission auprès des bailleurs de fonds pour Africarail

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Le potentiel de rentabilité du chemin de fer en Afrique peut être significatif lorsqu’il est associé aux garanties minières. Les partenariats public-privé constituent dès lors une stratégie efficace pour atténuer les risques et optimiser les avantages économiques des investissements dans les chemins de fer en Afrique, en exploitant les garanties minières et en assurant une utilisation optimale des infrastructures.

En réalité, aucun chemin de fer en Afrique ne sera financé s’il n’est pas adossé à des garanties minières. D’ailleurs, aucun chemin de fer dans le monde n’est rentable. Mais sans chemin de fer, l’Afrique ne pourra pas développer son industrie, notamment avec un tissu de PME locales, car le chemin de fer permettra le ruissellement pour les populations locales.

N’oublions pas qu’en France par exemple, les PME représentent plus de 98 % du tissu économique. Ce sont des entreprises détenues par un cofondateur ou un héritier familial, et elles ne dépendent pas de l’État. C’est ce qui manque en Afrique. Il faut donc créer des filières sidérurgiques sur place afin que l’exploitation minière profite réellement aux populations locales.

J’entends souvent dire que l’Afrique a un sous-sol riche. C’est exact mais si l’on a pas les infrastructures adéquates ça ne sert à rien. Il faut bien comprendre que les minerais stratégiques tels que le fer et le manganèse, par exemple, nécessitent des infrastructures lourdes, contrairement à l’or.

Les infrastructures ferroviaires permettent le transport efficace et économique des ressources minières. Les garanties minières offrent une assurance quant à la disponibilité à long terme des matières premières, ce qui peut encourager les investissements, qui sont toujours colossaux, pour les infrastructures ferroviaires. Les contrats de concession ou les accords d’exploitation minière peuvent fournir des flux de revenus stables et prévisibles, renforçant ainsi la viabilité économique des projets ferroviaires.

Cependant, la rentabilité dépend également de facteurs tels que la gestion efficace des opérations ferroviaires, la stabilité politique, la réglementation favorable et la demande mondiale de matières premières, ce qui est aujourd’hui le cas dans le cadre de la bataille sur les minerais stratégiques entre les grandes puissances.

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Les puissances intéressées
par les minerais stratégiques

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La stupéfiante densification du réseau ferré chinois, accomplie en douze ans seulement… © DR

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La Chine a besoin des matières premières, notamment le fer et le manganèse, essentiels à la fabrication d’acier. Le manganèse est utilisé comme un élément d’alliage dans l’acier pour améliorer ses propriétés mécaniques, telles que la résistance à la traction, la dureté et la résistance à l’usure.
Le manganèse aide également à désoxyder et désulfurer l’acier, améliorant ainsi sa qualité et sa capacité à être façonné. En général, les aciers contiennent une faible teneur en manganèse, généralement entre 0,1 5% et 1,0 % en poids.

Les États-Unis n’ont pas besoin de matières premières car ils en possèdent déjà sur leur territoire. Aux États-Unis, les mines de fer se trouvent principalement dans les États du Minnesota, du Michigan et de l’Utah.
Dans le Minnesota, la région connue sous le nom de Mesabi Range, est l’une des principales zones de production de minerai de fer du pays. Dans le Michigan, la région du Upper Peninsula (la péninsule supérieure) est également riche en gisements de minerai de fer. En Utah, la mine de fer de la Vallée de Cedar est une importante source de minerai de fer. Quant aux mines de manganèse, elles se trouvent principalement en Géorgie et en Arizona.

La Russie n’a pas besoin de matières premières car elle possède déjà tout dans son sous-sol. En Russie, les principales mines de fer se situent dans la région de l’Oural, notamment dans les oblasts de Koursk, de Belgorod et de Lipetsk. Ces régions sont riches en gisements de minerai de fer de haute qualité.
Quant aux mines de manganèse, elles se trouvent principalement dans la région de l’Oural et en Sibérie. Les oblasts de Sverdlovsk, de Tcheliabinsk et de Kemerovo sont connus pour leurs gisements de manganèse. De plus, des gisements de manganèse sont également présents dans certaines régions de la Sibérie occidentale et de la Sibérie orientale.

Quant à l’Europe, et surtout à la France, qui perd du terrain et de l’intérêt pour les partenaires africains, si elle ne prend pas son destin en main, elle se retrouvera entre le marteau et l’enclume, devenant une puissance de grande impuissance face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie.

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Commencer par…
le commencement !

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L’état actuel du réseau ferré africain. © DR

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Toutefois, dans cette bataille pour le contrôle des minerais stratégiques, il ne suffit pas seulement de posséder le minerai, mais aussi d’empêcher les autres puissances de l’avoir. Il y a un intérêt géopolitique parfois plus important qu’un sujet purement économique.

Pour finir, il convient de sortir du prisme idéologique les projets miniers, et comprendre que l’on peut rendre l’exploitation minière profitable à tous. Le chemin de fer n’a que des avantages dans ce sens, puisqu’il permet le transport de minerais, de marchandises et de passagers. Mais il faut être réaliste et commencer par le commencement, avec les branches les plus facilement réalisables car les plus rentables, afin de s’orienter vers les boucles moins rentables mais qui auront un intérêt dans un second temps.

Je pense donc que si les États africains comprennent que leur industrialisation ne pourra se faire sans chemin de fer, et que dès lors il faut trouver les meilleurs partenaires qui ont besoin des minerais stratégiques, alors l’Afrique pourra espérer s’industrialiser avec notamment un tissu de PME industrielles locales.

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REPLAY / Grand succès de la XIIe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris, dédiée au partenariat renouvelé du Groupe AFD avec l’Afrique

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