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À Marseille, en direct des Rencontres d’Averroès (art. 3/3)

Le patrimoine des civilisations méditerranéennes, source et ressource pour imaginer l’avenir ?

France | 28 novembre 2010 | src.LeJMED.fr
Marseille -

C’est une table ronde résolument politique qui clôture ces Rencontres d’Averroès 2010, sur le thème « De l’avenir. Comment l’imaginer ? ». Devant une salle comble, et alors que les cieux marseillais de ce 27 novembre sont à la pluie neigeuse – une rareté en cette saison – les orateurs invités à esquisser les horizons de l’avenir ont beaucoup évoqué le passé. Le « meilleur » du passé des civilisations méditerranéennes, une source d’inspiration pour l’avenir ?

Photo ci-dessus : les intervenants de la troisième table ronde lors du débat. De gauche à droite : Piero Sardo, Mohamed El Faiz, Thierry Fabre et Pierre Rabhi. © NB


Thierry Fabre, animateur du débat, cite Edgar Morin pour introduire les échanges : « Le probable est catastrophique... Le probable est donc que nous allons vers l’abîme... Pourtant, il y a toujours eu aussi de l’improbable dans l’histoire humaine ». Et si un tableau « éclairé » sur l’état du monde, et de la Méditerranée en particulier, indique que le statu quo n’est plus possible, n’est-ce pas que le temps est venu de s’engager vers d’autres chemins.

« Avoir été,
c’est une condition pour être »

Mais, le passé peut-il inspirer l’avenir ?

Abordant ce questionnement, Mohamed El Faïz, économiste et historien de l’agronomie et des jardins arabes, rappelle l’apport des arabes au corpus scientifique universel. Selon lui, les patrimoines de la Méditerranée et l’héritage arabo-musulman sont des moteurs dont on peut s’inspirer pour imaginer l’avenir : « Je partage l’idée de Fernand Braudel : avoir été, c’est une condition pour être. »

Face au défi de l’eau que connaît la Méditerranée, Mohamed El Faïz nous invite lui aussi à nous inspirer du passé et à réhabiliter les savoirs des maîtres de l’eau réalisés au Moyen-Age de Al-andalus : « Al Karajî, a apporté un apport précieux au perfectionnement et au développement de l’antique pratique des qanâts (système d’irrigation souterrain permettant de récolter les eaux d’infiltration). Ces systèmes appelés forragas en Algérie ou encore khetarra au Maroc permettent, encore aujourd’hui une gestion sociale et humaine de la pénurie.
Les pays du sud peuvent apporter leur savoir en matière de gestion de la pénurie d’eau, ce qui est précieux face à la rareté absolue de cette ressource. Par ailleurs, il est urgent de réinviter la nature au cœur des cités. Dans l’urbanité arabe, les jardins étaient le premier élément dans la construction des villes ».

Comme en contrepoint de ces exemples de la part d’excellence que recèlent les civilisations méditerranéennes, Pierre Rabhi, agro-écologiste, expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification, s’indigne face au malentendu d’un « progrès libérateur », processus qui, selon lui, ne bénéficie qu’à 1/5e de l’Humanité, au détriment des 4/5es et qui, somme toute, s’avère très « incarcérateur » : « De la maternelle à l’université, l’homme est incarcéré. Puis, il est dans des casernes. Ensuite toute le monde travaille dans des boîtes, petites ou grandes. Même pour aller s’amuser, il va en boîte ! Puis vous avez la boîte à vieux en attendant la dernière boîte. »

De l’hédonisme à la « sobriété heureuse »

La discussion s’oriente ensuite vers quelques pistes éprouvées d’utopies concrètes.

Pour Pierre Rabhi, le changement part de l’individu. Aussi, il partage son expérience d’agroécologiste depuis 50 ans comme un nécessité de concilier la vie de l’homme et les impératifs de la nature. Il explique le sens de la démarche « Vers la sobriété heureuse » titre de son dernier livre chez Actes sud) : « Je veux témoigner que l’Humanité a entre ses mains des solutions d’avenir. L’agroécologie a été mise à l’épreuve des faits, des expériences concrètes et résultats. La sobriété heureuse est dans choix d’une juste mesure entre l’être et l’avoir. il s’agit d’un art de vivre, de la promotion de l’être humain qui consiste à admirer la vie, aller vers la beauté et non la destruction. Un mot en arabe définit le mieux cette posture de satisfaction : « El Hamdoulah ».

Cette « pensée des limites » est partagée par Piero Sandro. Très dur dans la partie critique de son exposé – « l’arrogance de l’homme est à la base de son histoire alimentaire – le Président du mouvement Slow Food pour la biodiversité pointe tout de même une évolution positive à l’œuvre, ne serait-ce que chez les militants de… Slow Food : « Au début, nous étions des gastronomes hédonistes, donc égoïstes. Aujourd’hui nous mangeons avec nos têtes. Nous sommes les premiers acteurs du changement, nous ne pouvons déléguer. »

En guise de conclusion – mais provisoire, car on ne doute pas que les prochaines Rencontres raviveront ce débat – Thierry Fabre cita sobrement Romain Gary : « Est faux ce qui nous a servi. Est vrai ce qui nous laisse à peu près libre. Éternel improvisateur de lui-même, l’homme ne s’inclinera ni devant la vérité, ni devant l’erreur mais seulement devant sa propre fragilité ».

Nadia BENDJILALI
Correspondante de LeJMED.fr à Marseille


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