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Jawad Kerdoudi, Président de l’IMRI, dénonce l’inefficacité de l’ONU à contenir les actions du Polisario en vue de créer un État au Sahara

16 avril 2018
Jawad Kerdoudi, Président de l’IMRI, (Institut Marocain des Relations Internationales). © DR
Alors que depuis le début de l’année, le mouvement indépendantiste mène, selon les autorités marocaines, de multiples actions au Sahara afin de créer notamment une capitale administrative, le président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI) assure que Rabat achemine des troupes depuis le 8 avril dernier afin de faire pression sur l’ONU et dissuader le Polisario de continuer. Tandis que les jours à venir seront déterminants, l’IMRI organise une table ronde jeudi 19 avril [1] sur le thème : « Les derniers développements de la question du Sahara ».


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Une Tribune libre de Jawad Kerdoudi, Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
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Chaque année, avril est le mois où le Secrétaire Général de l’ONU présente son rapport sur la question du Sahara. C’est l’occasion pour le Polisario de se manifester pour peser sur la rédaction de ce rapport. Dès le 4 janvier 2018, le Polisario a bloqué le passage de véhicules civils transitant par Guergarat, au sud-ouest du Sahara, menaçant le passage du rallye automobile Africa Eco Race. Le Maroc a dû déployer 260 soldats stationnés à Aousserd vers Bir Guendouz pour sécuriser le passage du rallye.
Le 9 janvier 2018, les troupes marocaines quittent Bir Guendouz, mais le Polisario maintient un véhicule « de police » qui revient sur place tous les jours. Plus grave encore, un site proche du Polisario annonce le 17 mars 2018 la construction d’un « ministère de la Défense » à Bir Lahlou à l’est du mur de sable, et mentionne la précédente construction d’une « présidence » à Tifariti. Enfin, le 29 mars, des éléments armés du Polisario dressent des tentes à Mahbes, à l’ouest du mur de défense.

Construire un État au-delà du mur de défense

La réaction du Maroc ne se fait pas attendre. Dès le 1er avril, Omar Hilale, Représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies, adresse une lettre au Président du Conseil de Sécurité de l’ONU, où il mentionne la présence d’éléments armés du Polisario à Mahbes, où ils ont commencé à creuser un fossé et ériger des constructions. Le même jour 1er avril, Nasser Bourita et son collègue de l’intérieur Abdelouafi Laftit se rendent au Parlement pour informer les députés de la situation au Sahara, puis à la Primature pour une réunion avec les chefs de partis politiques. Ils insistent sur la stratégie du Polisario qui consiste à construire un État au-delà du mur de défense avec pour capitale administrative Bir Lahlou, où doit aussi être érigé le QG du « ministère de la Défense ».
Le 2 avril, le Roi Mohammed VI informe tous les dirigeants des pays amis des derniers développements que connaît la région du Sahara, tandis que Nasser Bourita s’envole pour Paris et Washington où il montre à ses collègues français et américain les images satellites dont il dispose. Ce même jour 2 avril, le porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU déclare que l’ONU n’a pas observé de mouvements d’éléments militaires dans le nord-ouest du territoire. Le 4 avril, Nasser Bourita rencontre le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, pour lui porter le message du Roi Mohammed VI.

Une menace pour le cessez-le-feu

Dans ce message, le Roi déclare que les agissements du Polisario constituent une menace au cessez-le-feu, et compromettent le processus politique mené sous l’égide exclusive des Nations Unies. Le Maroc dénonce une volonté du Polisario encouragé par l’Algérie, de changer la nature de cette zone en érigeant une « capitale administrative » à cheval entre Bir Lahlou et Tifariti. Le message royal au Secrétaire Général de l’ONU pointe la responsabilité dans la question du Sahara de l’Algérie qui finance, abrite, arme et soutient diplomatiquement le Polisario. Le Maroc a toujours appelé à ce que l’Algérie prenne une part importante dans le processus politique, et qu’elle assure ses responsabilités dans la recherche d’une solution politique. Le Maroc ne saurait tolérer aucun changement dans la zone tampon, et d’après Nasser Bourita « ce qui se passe appellera à une réaction du Maroc si les Nations Unies ne font pas face à leur responsabilité ».

Les faibles moyens de la Minurso

La stratégie du Maroc consiste pour le moment à faire pression sur l’ONU pour que la Minurso (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) expulse les installations du Polisario à l’est et à l’ouest du mur de sable. Or dans l’affaire de Guergarat, la Minurso n’a pas joué un rôle efficace, et c’est le transfert de 260 soldats marocains d’Aousserd à Bir Guendouz qui a permis de régler la question. D’autre part, la Minurso dispose de faibles moyens pour surveiller et agir sur un territoire aussi grand que le Sahara. Le porte-parole de la Minurso à Laayoune a déclaré que « les patrouilles terrestres ou aériennes n’ont lieu que le jour pour des raisons de sécurité ». Le rapport du Secrétaire Général de l’ONU indique de son côté que « les patrouilles à l’est du mur de sable ont été limitées à un rayon de 100 Kilomètres autour des bases d’opérations ».

Grave atteinte à l’intégrité territoriale

Le Secrétaire Général de l’ONU déplore également l’absence d’une commission mixte, comme il en existe dans d’autres contextes, composée de la Minurso et des parties en conflit. Afin d’appuyer sa pression sur l’ONU, le Maroc a procédé à partir du dimanche 8 avril à des transports de troupes vers le Sahara. Il faut espérer que cette démonstration de force amènera le Polisario à retirer ses installations à l’est et à l’ouest du mur de sable. Les jours à venir seront déterminants quant à la résolution de cette grave atteinte à notre intégrité territoriale.

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[1] La table ronde est organisée le jeudi 19 avril 2018, à 19h, au siège de l’IMRI à Casablanca. Elle sera animée par MM. Aziz Boucetta (Directeur de Panorapost.com), Mustapha Sehimi (Politologue), Jawad Kerdoudi (Président de l’IMRI) et Abdelhafid Oualalou (Vice-Président de l’IMRI).

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