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Vincent Peillon se prononce pour la relance de l’UpM et un plan Marshall de l’UE pour l’EuroMed

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 1er avril 2012 | src.leJMed.fr
Paris -

La Méditerranée (ou plutôt son absence) dans la campagne de l’élection présidentielle en France, tel était le thème de la rencontre-débat organisée par l’IPEMED en coopération avec l’Académie diplomatique internationale (ADI) et de l’hebdomadaire panafricain « Jeune Afrique », vendredi 30 mars 2012 à Paris.
Bonne nouvelle pour les « Méditerranéistes » : au vu des déclarations de Vincent Peillon, il apparaît qu’en cas d’alternance la dimension stratégique de la coopération euroméditerranéenne ne sera pas remise en cause, bien au contraire…

Photo ci-dessus : Vincent Peillon durant son intervention à l’Académie diplomatique internationale (ADI, Paris), vendredi 30 mars 2012. © Alfred Mignot - mars 2012


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Vincent Peillon durant son intervention à l’Académie diplomatique internationale (ADI, Paris), vendredi 30 mars 2012. Assis, à droite : Henri Guaino, Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et inspirateur de l’Union pour la Méditerranée (UPM) ; la journaliste Agnès Levallois, animatrice de la rencontre ; le Sénateur Yves Pozzo di Borgo. © Alfred Mignot - mars 2012

Dans son propos liminaire, Jean-Louis Guigou, Délégué général fondateur de l’IPEMED, a bien sûr regretté qu’à la différence de 2007, on ne parle pas de la Méditerranée durant cette campagne présidentielle de 2012. Il se dit cependant convaincu que « la Méditerranée dominera le débat diplomatique des prochaines années », car des questions incontournables se posent : que fait-on de l’UPM ? du 5+5 ? de la coopération décentralisée ? des six priorités d’action de l’UPM a choisies du temps du « partenariat » avec les dictatures du sud ?… Et aussi, releva JLG, quelles réponses saura-t-on apporter aux questions économiques et sociales très prégnantes au sud, et cela dans un contexte de très vraisemblable récession en 2012 et 2013… ?

« Je pense que le prochain Président de la République devra dire stop aux investissements massifs en Chine. La Chine ne nous apportera que du désarroi et du populisme ! Les délocalisations, ou plutôt le partage de la chaîne de valeur, nous devons les faire dans notre voisinage » a conclu Jean-Louis Guigou, dont on connaît l’intérêt pour la théorie du « vol des oies sauvages » (déploiement de segments de production au Sud, et montée en gamme progressive), pratiqué par les Japonais en Asie et par les Allemands avec les pays de l’Est européen, et tel qu’il commence à se déployer dans le sud méditerranéen, notamment en Tunisie.

À la fois vastes et précises, les questions évoquées par Jean-Louis Guigou, certes très connotées par la culture prospectiviste de l’IPEMED, ont reçu des réponses inégales de la part des trois orateurs invités : Henri Guaino, Yves Pozzo di Borgo, Vincent Peillon.

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Un auditoire très attentif… © Alfred Mignot - mars 2012

Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et inspirateur de l’Union pour la Méditerranée (UPM), Henri Guaino en a rappelé les fondamentaux (« c’est une Union de projets »), écarté les critiques d’une métaphore transparente (« On nous dit qu’on aurait dû commencer par le 5+5, par la Méditerranée occidentale… Pourtant 2011 a montré qu’on ne saurait dépolluer une moitié de la Méditerranée et laisser polluer l’autre ! ») et n’a pas manqué de s’attribuer quelques satisfecit : « Réformer en si peu de temps une politique européenne, avec une coprésidence nord-sud et un secrétariat général partenarial pour l’UpM, c’est du jamais vu (…) ; j’observe que l’UpM a survécu à la crise de Gaza [de l’hiver 2008-2009, ndlr], et qu’aucun pays ne l’a quittée (…) c’était un projet prémonitoire… ».

Mais, Henri Guaino n’aura finalement répondu que d’un mot, ou plutôt par une autre question, à celle de l’absence (qu’il dit regretter) de la Méditerranée parmi les thèmes de la campagne : peut-être est-ce un sujet « trop compliqué ? », a-t-il susurré mezzo voce. Et l’inspirateur de l’UpM aura laissé avec leur frustration ceux qui espéraient de lui un discours porteur d’avenir, de renouveau, de relance ou de refondation de l’UpM, car il n’en dit mot.


En passant par la Russie !?

Personnage au sourire charmeur et convivial, Yves Pozzo di Borgo, Sénateur de Paris, soutien de François Bayrou, a créé l’une des deux surprises de cette rencontre. Après avoir affirmé que selon lui la première priorité est que le Maghreb s’organise lui-même, et considéré qu’il fallait intensifier les échanges universitaires nord-sud, il a disqualifié l’UpM (« un mélange trop hétéroclite ») et a asséné sur un ton suave quelques affirmations radicales : « Je considère que la priorité de l’UE est la Russie. C’est avec la Russie qu’il faut faire un grand ensemble » [et donc pas avec l’EuroMéditerranée, ndlr].
Autant dire que pour le Modem que représentait en l’occurrence le Sénateur di Borgo, la Méditerranée ne vaut guère le détour… sauf, peut-être, si l’on prend le chemin du grand large, en passant par la Russie !?

On en était là, quelque peu stupéfaits mais quand même souriants – par mimétisme avec l’orateur ? – lorsque la journaliste Agnès Levallois, animatrice de la rencontre, invita Vincent Peillon à prendre la parole.


Vincent Peillon : « Relancer l’UpM devra être
une priorité pour le prochain Président »

« Oui, la Méditerranée est l’avenir de l’Europe, et réciproquement ! » déclara d’emblée le Député européen, membre de l’équipe de campagne de François Hollande.
Puis Vincent Peillon rappela que, outre le désir de liberté, le printemps arabe s’est aussi nourri des révoltes économiques et sociales d’une jeunesse qui ne réussissait pas à s’insérer. « Le fond de l’affaire, dit-il, c’est le développement économique nord-sud (…) Chinois, pays du Golfe, Allemagne… de nouveaux acteurs se livrent à une concurrence effrénée dans le sud méditerranéen, tandis que l’Europe apparaît épuisée, fragile, incapable de relancer sa croissance (…) Cela doit nous conduire à fixer la relance de l’UpM comme une priorité pour le prochain Président de la République ».

En bon connaisseur des dossiers EuroMed, Vincent Peillon évoqua ensuite plusieurs questions en suspens : celle de la Banque de la Méditerranée, dont le projet semble abandonné au profit d’un élargissement de la mission de la BERD, mais dont Vincent Peillon considère que « c’est une affaire qu’il faudra reprendre » ; idem pour la question du financement de l’UpM, particulièrement mise en exergue par les difficultés rencontrées pour abonder le budget de fonctionnement pourtant modeste du Secrétariat général ; la question des relations UE-Turquie, que « nous ne pouvons pas maltraiter », car la Turquie est une pièce maîtresse de notre avenir commun dans cette EuroMéditerrannée qui est « un trésor » en même temps que la région du monde où se cristallisent le plus les enjeux mondiaux actuels, et donc où les solutions à trouver présenteraient d’emblée un caractère d’intérêt universaliste.

Dans cette perspective, le docteur en lettres et agrégé de philosophie qu’il est a, sans surprise cette fois, évoqué le rôle fondamental de l’élaboration d’une culture partagée, notamment en favorisant « beaucoup d’échanges culturels » entre les deux rives de la Méditerranée : « Pour faire la République, il fallait faire des Républicains ! Pour faire l’EuroMéditerranée, il nous faut faire émerger un esprit commun euroméditerranéen ».

Mais, c’est sur une note économique très dans le « style IPEMED » que Vincent Peillon conclut une intervention très applaudie : « L’Europe ne s’en sortira pas sans un plan Marshall pour l’EuroMed ! »
Et le plus tôt sera le mieux, bien sûr, car l’urgence en est flagrante.


Alfred Mignot pour IPEMED

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