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Pr Jean-Louis Reiffers : « Avec l’OCEMO, l’expertise économique s’ouvrira aux réalités humaines »

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 27 avril 2011 | src.LeJMED.fr
Marseille -

Fini le temps des études verticales dont les diagnostics froids ne prennent pas en compte la dimension sociale des pays du sud méditerranéen ! Le Pr Jean-Louis Reiffers, Président des Conseils scientifiques de l’Institut de la Méditerranée et du FEMISE, VP de l’Office de Coopération économique de la Méditerranée et de l’Orient (OCEMO), assure que la création de celui-ci est organiquement liée à la nécessité d’accorder développement économique et impact social positif. Le « Printemps arabe » souffle donc aussi sur les 167 instituts de recherche et autres institutions qui participent à l’OCEMO… Entretien exclusif.

Photo ci-dessus : le Professeur Jean-Louis Reiffers, Doyen honoraire de la faculté de Sciences Économiques d’Aix/Marseille II, Président des Comités scientifiques de l’Institut de la Méditerranée (Marseille), et du FEMISE, vice-Président de l’OCEMO. © DR et leJMED.fr


Le Professeur Jean-Louis Reiffers intervenant lors du CA de l’OCEMO, qui se tenait en son siège de la Villa Valmer de Marseille, vendredi 1er avril 2011. De gauche à droite, sur la photo : Emmanuel Noutary, Délégué général de Anima Investment Network, représentant sa Présidente Mme Wafaa Sobhy, vice-Présidente de l’OCEMO ; Bernard Belletante, Directeur Général de l’École Euromed Management de Marseille, vice-Président de l’OCEMO ; le Pr Jean-Louis Reiffers, Président des Conseils scientifiques de l’Institut de la Méditerranée et du FEMISE, vice-Président de l’OCEMO ; Philippe de Fontaine Vive, VP de la BEI, « patron » de la FEMIP et co-Président nord de l’OCEMO ; Henry Roux-Alezais, ancien Président de la CCI Marseille-Provence, vice-Président de l’OCEMO. © LeJMED.fr - avril 2011

LeJMED.fr - Professeur, en quoi l’OCEMO, qui vient de tenir son Conseil d’administration en son siège de la Villa Valmer à Marseille, est-il en capacité aujourd’hui de renforcer l’impact des institutions de recherche euro-méditerranéennes ?

Pr Jean-Louis Reiffers - Les institutions en question, essentiellement issues des réseaux du FEMISE et d’ANIMA, participent à l’OCEMO parce qu’elles entrevoient le bénéfice d’une approche intégrée dans le traitement des problèmes de la région.
Aujourd’hui, l’expertise a tendance à n’être sollicitée que sur certains aspects verticaux, à travers le prisme d’une approche académique ou de bureaux d’études. La réussite de l’OCEMO passera au contraire par l’association des dimensions macroéconomiques, sociales, microéconomiques, territoriales, humaines, infrastructurelles et financières.
En fédérant plusieurs centaines d’organisations, l’OCEMO élargit considérablement leur diffusion et renforce la portée transversale des travaux. Il doit permettre également de jouer le rôle d’usine à projets intégrés.


LeJMED.fr - Vous vous êtes fixés plusieurs objectifs, dont celui de consolider la perspective régionale. En quoi est-elle à ce jour défaillante ?

Pr Jean-Louis Reiffers - L’économie mondiale s’articule autour de grandes régions. Pour exister sur un plan économique et donc social, lesdites régions doivent s’intégrer progressivement, en élargissant et en renforçant leurs relations entre elles.
Cette évolution est perceptible dans l’Union européenne et elle prend forme en Méditerranée où les pays du Golfe jouent un rôle croissant, où la Turquie s’inscrit comme un espace intermédiaire avec l’Asie centrale, où le Maghreb renforce ses relations avec l’Afrique sub-saharienne.

Le cadre retenu par l’OCEMO prend en compte l’espace ainsi décrit, des 43 pays de l’UpM aux pays du Golfe. Cet espace doit être le lieu d’une référence permanente, durablement inscrite dans nos échanges entre instituts et opérateurs. A partir de là, l’OCEMO aura à démontrer que l’interdépendance régionale est une réalité à structurer, à mieux penser, pour l’inscrire à l’échelle du monde.


LeJMED.fr - L’un des enseignements du Printemps arabe est la mise à nu du décalage entre les diagnostics économiques et leur incapacité à améliorer le sort des gens. Comment veiller à ce que les évolutions économiques, que les analystes jugeraient bonnes, ne se transforment en mirage, une fois touché le sol de la réalité ?

Pr Jean-Louis Reiffers - Les contraintes de la mondialisation ont poussé les économistes à ne mesurer que les gains potentiels de PIB dans les pays en voie de développement. Tous les modèles théorisés ont évité de poser la question essentielle : derrière un point de PIB gagné, qu’est-ce qui change dans la vie concrète des gens ?

Cette césure entre économie et social est un des motifs de désenchantement dans la construction de ce territoire. Le printemps arabe démontre que le développement économique ne peut s’inscrire dans la durée dans un contexte d’absence de droits élémentaires, d’épanouissement d’une classe moyenne et d’absence de futur professionnel pour les jeunes.


LeJMED.fr - La jeunesse, justement, là est la priorité de l’OCEMO

Pr Jean-Louis Reiffers - Nous sommes dans la région du monde où, en proportion de la population totale, la jeunesse est la plus nombreuse. L’ambition prospective de l’OCEMO aboutira si les attentes de la jeunesse sont réellement prises en compte.
À l’instar des critères de rentabilité, nous définirons les critères d’impact sur la jeunesse des politiques mises en œuvre. Nous affinerons ces critères au point de mieux cerner l’impact sur l’avenir des jeunes filles. A partir de ce recensement des aspirations de la jeunesse, nous serons mieux à même de cibler des opérations capables d’y répondre.

Propos recueillis par Stéphane MENU pour LeJMED.fr

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Sur le même sujet :
- L’emploi des jeunes, première priorité de l’Office de Coopération économique de la Méditerranée et de l’Orient (OCEMO)

Sites de référence :
- Site du FEMISE (Forum euroméditerranéen des instituts de sciences économiques)
- Site de l’Institut de la Méditerranée
- Site d’ANIMA

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