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Pr Abderrahmane Mebtoul : « Non à la sinistrose sur l’avenir de l’Algérie !
 Oui au partenariat gagnant-gagnant avec la France ! »

16 novembre 2018
Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités, expert international en management stratégique. © DR/APP
Les incertitudes de l’époque sont très prégnantes, mais l’Algérie peut surmonter les difficultés actuelles si elle sait renouveler sa gouvernance, abandonnant « la domination bureaucratique pour faire place à la démarche opérationnelle économique ». Sa diaspora et sa complémentarité avec la France constituent des atouts prometteurs, à condition toutefois de co-construire un partenariat d’égal à égal, et gagnant-gagnant. Tour d’horizon d’une vision d’avenir, côté algérien.

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Une tribune libre du Dr Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international en management stratégique

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Selon différentes sources d’information rapportées par la presse, à la veille de l’élection présidentielle d’avril 2019, bon nombre d’acteurs politiques algériens semblent courtiser la France, oubliant que le destin de l’Algérie doit reposer avant tout sur les Algériennes et les Algériens.

Cependant il ne faut pas occulter les relations entre l’Algérie et la France pour un devenir solidaire. Nos deux pays doivent avoir une vision commune de leur devenir, et ce afin de contribuer ensemble à la stabilité régionale, conditionnée par un véritable co-développement. S’il ne s’agit nullement d’occulter la mémoire, indispensable pour consolider des relations durables entre l’Algérie et la France, il s’agit bien, en ce monde impitoyable où toute nation qui n’avance pas recule, de préparer l’avenir, ensemble et dans le respect mutuel.

Pour ma part, au cours de différentes rencontres avec d’importantes personnalités politiques et économiques françaises, j’ai souligné que l’Algérie entend ne pas être considérée comme un simple marché. Et c’est dans ce cadre que doit se déployer un co-partenariat, loin de tout préjugé et esprit de domination, tenant compte à la fois des profondes mutations géostratégiques au niveau de la région et de la quatrième révolution économique mondiale.

Les frontières de Schengen de demain :
au sud du Maghreb et à l’est du Moyen-Orient

Au niveau mondial, nous assistons à l’évolution d’une vision purement matérielle, caractérisée par des organisations hiérarchiques rigides, à un nouveau mode d’accumulation fondé sur la maîtrise des connaissances, des nouvelles technologiques et des organisations souples en réseaux comme une toile d’araignée à travers le monde, avec des chaînes mondiales de production segmentées où l’investissement, en avantages comparatifs, se réalise au sein de sous-segments de ces chaînes.

Comme le note justement mon ami Jean-Louis Guigou, président de l’Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen, à Paris), il faut faire comprendre que, dans l’intérêt tant des Français que des Algériens – et plus globalement des Maghrébins et des Européens, ainsi que de toutes les populations sud-méditerranéennes –, les frontières du marché commun de demain, les frontières de Schengen de demain, les frontières de la protection sociale de demain, les frontières des exigences environnementales de demain... doivent être au sud du Maroc, au sud de la Tunisie et de l’Algérie, et à l’est du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et de la Turquie, passant par une paix durable au Moyen-Orient, les populations juives et arabes ayant une histoire millénaire de cohabitation pacifique.

Plus précisément, l’Algérie et la France présentent l’une et l’autre des atouts et des potentialités pour la promotion d’activités diverses, et cette expérience peut être un exemple de ce partenariat global devenant l’axe privilégié du rééquilibrage du sud de l’Europe, par l’amplification et le resserrement des liens et des échanges sous différentes formes.

La France, 1er fournisseur européen de l’Algérie,
et l’Italie 1er client

Les relations économiques entre la France et l’Algérie se maintiennent à un niveau important, comme l’attestent le bilan officiel 2017 et les huit premiers mois de l’année 2018 du commerce extérieur de l’Algérie.
Au cours de l’année 2017, les échanges extérieurs de l’Algérie restent toujours polarisés sur nos partenaires traditionnels. Les pays de L’OCDE occupent les parts les plus importantes avec près de 57 % de nos importations et 77,06 % de nos exportations.

Les pays de l’Union Européenne sont toujours les principaux partenaires de l’Algérie, avec les proportions respectives de 44,03 % des importations et de 58,37 % des exportations. Par rapport à l’année 2016, les importations en provenance de l’UE ont enregistré une baisse de 9,95 % passant de 22,47 milliards de dollars US en 2016, à 20,24 Md$ en 2017. En revanche, les exportations de l’Algérie vers ces pays sont passées de 17,22 milliards de dollars en 2016 à 20,29 Md$ en 2017, soit une hausse de 17,83 %

À l’intérieur de cette région économique, le principal client est l’Italie, qui absorbe près de 16 %, suivie par la France avec 12,92 % et l’Espagne, 11,92 %. Pour les principaux fournisseurs, la France occupe le premier rang des pays de L’UE avec 9,35 % suivie par l’Italie et l’Allemagne avec une proportion de 8,17 % et de 6,99 % du total des importations de l’Algérie au courant de l’année 2017.

Durant les huit premiers mois 2018, l’Italie a été le principal client de l’Algérie, avec une part de 13,90 % des ventes algériennes à l’étranger suivie par l’Espagne 12,03 % et la France 12,67 %. La Chine, notre principal fournisseur durant les huit mois de l’année 2018, a expédié 16,01 % de nos importations, suivie par la France 10,14 % et l’Italie 8,03 %.

Les pays de l’OCDE (hors UE) viennent en deuxième position avec une part de 12,93 % des importations de l’Algérie en provenance de ces pays, et de 18,69 % des exportations de l’Algérie vers ces pays. Les pays de « l’Asie », dont principalement la Chine, affichent une légère augmentation de près de 12,66 % passant de 13,91 milliards de dollars à 15,67 pour les mêmes périodes considérées.
Le volume des échanges avec les pays du Maghreb (U.M.A) a enregistré une légère baisse de prés de 1 % par rapport à l’année 2016, passant de 1,87 milliard de dollars à 1,85 milliard de dollars en 2017.
Les montants des échanges de l’Algérie avec l’Afrique sont dérisoires : 238 millions de dollars à l’importation en 2016, et 186 M$ en 2017.

La diaspora, élément essentiel
du rapprochement
entre l’Algérie et la France

Dans ce contexte, les échanges entre l’Algérie et la France peuvent être intensifiés dans tous les domaines : agriculture, industrie, services, tourisme et éducation, sans oublier la coopération dans le domaine militaire, où l’Algérie peut être un acteur actif, comme le montrent ses efforts en vue de la stabilisation de la région.

Par ailleurs, n’oublions pas le nombre de résidents d’origine algérienne en France, qui dépasseraient les 4 millions, dont 2 millions de binationaux. Quel que soit son nombre exact, la diaspora représente un élément essentiel du rapprochement entre l’Algérie et la France, car elle recèle d’importantes potentialités intellectuelles, économiques et financières.
La promotion des relations entre l’Algérie et sa communauté émigrée doit mobiliser à divers stades d’intervention l’initiative de l’ensemble des parties concernées, à savoir le gouvernement, les missions diplomatiques, les universités, les entrepreneurs et la société civile.
En ce moment de tensions géostratégiques au niveau de la région, avec notamment le terrorisme, la consolidation des grands ensembles, les enjeux de la mondialisation, le rapprochement entre de nos deux pays est nécessaire pour une intensification de la coopération entre la France et l’Algérie via l’Europe, à la mesure du poids de l’histoire qui nous lie.

Éviter la sinistrose, rénover la gouvernance,

engager des réformes structurelles

Mais les étrangers ne feront pas les réformes à notre place : l’Algérie sera ce que les Algériennes et les Algériens voudront qu’elle soit, en supposant que les réformes structurelles indispensables se fassent, si elle veut éviter sa marginalisation et le retour au FMI à l’échéance 2022, l’Algérie peut surmonter les difficultés actuelles et être un acteur actif au sein de la région méditerranéenne et africaine.

Il faut éviter toute sinistrose dans la vision de l’Algérie, car la situation est différente de celle de 1986 : la dette extérieure, inférieure à 4 milliards de dollars, et des réserves de change de 109 milliards de dollars au 1er février 2017, offrent un répit de trois années. L’Algérie peut surmonter les difficultés actuelles.

Pourtant, la réussite du partenariat industriel, national et international, n’est pas réalisable sans une gouvernance centrale et locale rénovée, une vision cohérente se fondant sur des réformes structurelles tant politiques, sociales, économiques – dont le marché financier, le foncier, le marché du travail et surtout la réforme du système socio-éducatif, pilier de tout processus de développement à l’aube de la quatrième révolution technologique.

Les tactiques doivent s’insérer au sein de l’objectif stratégique de maximiser le bien-être social de tous les Algériens. Face aux nombreux nouveaux défis qui attendent notre pays afin de le hisser au rang de pays émergent, à moyen et long termes, l’Algérie se doit d’engager des réformes structurelles supposant un large front social interne de mobilisation, tolérant les différentes sensibilités. Pour cela, la domination de la démarche bureaucratique devra faire place à la démarche opérationnelle économique, avec des impacts économiques et sociaux positifs à terme.

L’Algérie et la France,
deux acteurs aux liens incontournables


En résumé, l’intensification de la coopération ne sera possible - tout en n’oubliant pas le devoir de mémoire - que si l’Algérie et la France ont une approche réaliste du co-partenariat, un partenariat gagnant-gagnant loin du mercantilisme et de l’esprit de domination, et une vision commune de leur devenir. L’Algérie et la France sont des acteurs incontournables pour la stabilité de la région, et toute déstabilisation de l’Algérie aurait des répercussions géostratégiques négatives sur l’ensemble de la région méditerranéenne et africaine, comme je l’ai souligné avec force dans mon interview donnée le 28 décembre 2016 aux États-Unis, à l’American Herald Tribune. Et bien entendu sous réserve que l’Algérie approfondisse l’État de droit et la démocratisation de la société, et qu’elle réoriente sa politique économique afin de réaliser un développement durable.

Les tensions actuelles entre l’Algérie et la France ne sont que passagères, selon les informations que j’ai recueillies auprès d’importantes personnalités de l’Hexagone. Il s’agit d’entreprendre ensemble dans le cadre du respect mutuel. C’est dans ce cadre que doit rentrer un partenariat gagnant-gagnant entre l’Algérie et la France, loin de tout préjugé et esprit de domination.
Enfin, relevons que depuis plus d’une année, selon certains analystes internationaux et nationaux, l’Algérie serait au bord de l’effondrement économique, avec des incidences sociales et politiques.

Les mêmes alertent les gouvernements du pourtour méditerranéen, et notamment la France, sur le risque que des milliers d’Algériens débarquent chez eux, dans un flux bien plus important que ce que l’on a connu jusqu’ici.
Toujours selon eux, les années 2019 à 2022 pourraient marquer le début du délitement de l’État algérien… Comme je l’ai démontré en 2016-2017 dans deux interviews à deux organes de presse étrangers importants dont l’American Herald Tribune (États-Unis) et la tribune.fr (France), je ne saurais partager ce pessimisme ambiant.

Aujourd’hui, pour éviter les impacts dramatiques semblables à ceux de la crise de 1986, consécutive à la chute brutale du cours des hydrocarbures, de profondes réformes structurelles s’imposent, et non pas de simples replâtrages conjoncturels. À ce titre, face tant aux nouvelles mutations locales que mondiales, et afin de démentir ce scénario catastrophe, la mobilisation de toutes les Algériennes et Algériens sans exclusive, ainsi que l’élaboration d’une vision cohérente au sein d’une planification stratégique, deviennent un impératif de sortie de crise.

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Quelques références des contributions
du Professeur Abderrahmane Mebtoul


Entreveues :


- à l’American Herald Tribune du 11 août 2018 « Dr Abderrahmane Mebtoul : “Algeria Still Faces Significant Challenges », 13 pages.

- au site économique français la tribune.fr, mai 2017 : « Comment développer la coopération entre l’Algérie et la France du président Macron ? » :

- au site MENA-Forum, août 2018 : « Algeria, in an unfinished transition period »

Contributions :

- à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) : « La coopération Europe/Maghreb face aux enjeux géostratégiques » (55 pages, 4 avril 2011) et « La problématique de la sphère informelle au Maghreb (IFRI, 28 pages, 3 décembre 2013). 

- sur le site www.AfricaPresse.Paris, juin 2018 : « Il faut poser les véritables problèmes sur les flux migratoires venant d’Afrique » (1/2)
et :
« Les dirigeants africains doivent avoir une autre vision de la politique de l’immigration » (2/2)

- Intervention du Professeur Abderrahmane Mebtoul, invité d’honneur de Jean-Pierre Chevènement, président de l’Association Algérie-France et de la fondation Res Publica, qui a organisé une rencontre avec d’importantes personnalités des deux rives de la Méditerranée, en partenariat avec l‘Union européenne le 17 février 2014 à Paris au Sénat français, sur le thème : « Le Maghreb et l’Afrique face aux enjeux géostratégiques mondiales »

- Conférence, donnée le 7 avril 2016 à La Villa Méditerranée de Marseille, sur le thème «  Le partenariat gagnant-gagnant et le dialogue des cultures dans le cadre de la coopération Algérie-France, facteur de stabilité de la région africaine et euro méditerranéenne  » en présence de nombreuses personnalités politiques et économiques, d’experts internationaux et du personnel diplomatique du consulat général d’Algérie à Marseille.

-  Sur les mutations géostratégiques militaires, politiques sociales et économiques, voir la Revue IEMed 2017 (Barcelone, Espagne), contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul à un important collectif analysant la sécurité, le politique, l’économique, le social et le culturel de la région méditerranéenne, sur le thème « Impact de la baisse du cours des hydrocarbures sur les équilibres macro-financiers et macro-sociaux de l’économie algérienne : urgence d’une nouvelle politique économique ».

Le rapport vient de paraitre, sous la direction du professeur Senen Florensa, ancien diplomate et ministre espagnol, Président de l’Annuaire IEMed (516 pages), préfacé par Johannes Hahn Commissaire européen à la politique de voisinage aux négociations d’élargissement. Ont contribué 51 personnalités internationales (ministres, diplomates, politiques, militaires, économistes, sociologues, historiens et écrivains) des deux rives de la Méditerranée.

Les travaux sont organisés en huit chapitres interdépendants : 1. Le conflit arabo-israélien revisité - 2. Les défis à venir de l’Union européenne - 3. L’avenir de l’Islam - 4. (Dé)Radicalisation et sécurité, et leurs effets sur la région méditerranéenne - 5. Bilan et partenariat des pays méditerranéens / Union européenne. Balkans occidentaux, Maghreb, Moyen-Orient et Turquie, les autres acteurs - 6. Secteurs stratégiques (sécurité et politique) - 7. Économie et territoires - 8. Société et culture.

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