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LESFIS DE L’ALGÉRIE

Pr Abderrahmane MEBTOUL : « Le développement de Algérie implique la réforme du système politique » (1/3)

8 août 2018
Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des Universités, économiste, expert international (Algérie)
Revisitant ses travaux pluridisciplinaires produits au fil des décennies (1) le Pr Abderrahmane MEBTOUL nous en livre ici une version actualisée, axée sur les défis du moment et du proche avenir, auxquels l’Algérie devra faire face. Dans ce volet 1/3 d’un riche triptyque que nous publierons intégralement, il met en lumière la nécessité d’un nouveau contrat politique et social entre la Nation et l’État algériens.

Tribune libre, par Abderrahmane MEBTOUL,
Professeur des Universités, économiste, expert international (Algérie) 
 

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De la dialectique entre le Politique et l’Économique résulte que tout projet est forcément porté par des forces sociales, souvent avec des intérêts différents. En démocratie, les urnes tranchent sur les projets de société et a minorité politique se soumet à la volonté de la majorité tout en demeurant une force de proposition…

Comment ne pas rappeler ici que par le passé (1), j’ai eu l’honneur de coordonner plusieurs ouvrages pluridisciplinaires, ayant abordé les réformes politiques, sociales et économiques, fruit d’un travail collectif à la rédaction desquels ont contribué des collègues spécialistes en anthropologie, en économie et en sciences politiques des universités d’Oran et d’Alger.

Ces travaux sont aujourd’hui d’une brulante actualité et objet de cette présente contribution réactualisée, qui s’inscrit en partie dans la tradition déjà bien établie des travaux de transitologie traitant des expériences des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc socialiste, analysant les différentes politiques élaborées et exécutées en guise de réponses aux grands défis internes et mondiaux.

En Algérie, une transition qui se traîne en longueur

 
Pour l’Algérie, la gestion volontariste depuis l’indépendance, les enjeux de pouvoir internes, la crise économique, sociale et culturelle, et enfin les contraintes externes de plus en plus pesantes ont abouti à des changements, menés parfois à la hussarde, qui ont révélé une réalité bien amère : l’absence dramatique d’une véritable stratégie nationale d’adaptation à ce phénomène total et inexorable qu’est la mondialisation.

La conjonction de facteurs endogènes et exogènes et l’intervention massive –parfois directe et par moment insidieuse – d’acteurs internes et externes a abouti à une transition qui se traîne en longueur depuis des décennies et non pas seulement pour la période actuelle. 

Comme rappelé ci-dessus, l’économie est fondamentalement politique, comme nous l’ont enseigné ses fondateurs, notamment Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx, Joseph Schumpeter et plus près de nous les prix Nobel en sciences économiques attribués aux institutionnalistes entre 2000 et 2017.

Les réformes, fondement de la transition socio-économique, renvoient à la refondation de l’État qui implique de saisir les tendances réelles de la société algérienne face aux mutations, tant internes que mondiales. Les exigences d’un État fort de sa droiture et de son droit, si elles constituent un outil vital pour la cohésion nationale et le destin de la nation, ne doivent pas occulter les besoins d’autonomie de pouvoirs locaux qui doivent être restructurés en fonction de leur histoire anthropologique et non en fonction des nécessités électoralistes ou clientélistes.

La cohésion de ces espaces et leur implication dans la gestion de leurs intérêts et de leurs territorialités respectives enclencherait alors une dynamique de complétions positives et rendrait la maîtrise des groupes plus facile pour la centralité politique nationale.

L’autonomie des pouvoirs locaux ne signifie pas autonomie de gouvernement, mais un renforcement de la bonne gouvernance en fortifiant le rôle de la société civile, que seules des actions d’intérêt commun doivent légitimer, et non le soutien de l’État.

Un nouveau contrat politique et social 

entre la Nation et l’État

La refondation de l’État, pour ne pas dire sa fondation comme entité civile, passe nécessairement par une mutation profonde de la fonction sociale de la politique. La fin de l’État de la mamelle, puis de la légitimité révolutionnaire, signifie surtout que le pouvoir bienfaisant – ou de bienfaisances inaugurées comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politiques, et qui efface tout esprit de citoyenneté active – doit céder la place à un pouvoir juste. C’est la norme du droit qui reprend sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté nationale. 

Le passage de l’État de « soutien » à l’État de justice est de mon point de vue un pari politique majeur, car il implique tout simplement un nouveau contrat social et politique entre la Nation et l’État.

En finir avec les privilèges…

L’Algérie ne peut revenir à elle même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, de loyauté et d’innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de promotion sociale.

La compétence n’est nullement synonyme de postes dans la hiérarchie informelle, ni un positionnement dans la perception d’une rente ; elle se suffit à elle-même et son efficacité et sa légitimité se vérifient surtout dans la pertinence des idées et la symbolique positive qu’elle ancre dans les corps et les acteurs sociaux. 

La compétence n’est pas uniquement fondée sur un diplôme, elle est aussi une conscience et une substance qui nourrissent les institutions et construisent les bases du savoir afin d’avoir un impact réel sur la dynamique sociale globale, et cela afin de réaliser les aspirations d’une Algérie arrimée à la modernité tout en préservant son authenticité. 

La refondation de l’État ne saurait se limiter à une réorganisation technique de l’autorité et des pouvoirs. La gouvernance est une question d’intelligence et de légitimité réelle et non fictive. Cela implique des réaménagements dans l’organisation du pouvoir devant poser la problématique stratégique du futur rôle de l’État largement influencé par les effets de la mondialisation dans le développement économique et social, notamment à travers une réelle décentralisation.

De la commune « providence » à la commune « entreprise »

Cellule de base par excellence, la commune algérienne a été régie par des textes qui ne sont plus d’actualité, autrement dit obsolètes. « L’objectif central de la démarche est de transformer la commune « providence » en commune « entreprise ». Cela suppose que toutes les composantes de la société et les acteurs de la vie économique, sociale et culturelle, soient impliqués, sans exclusive, dans le processus décisionnel qui engage la configuration de l’image de l’Algérie de demain qui devra progressivement s’éloigner du spectre de l’exclusion, de la marginalisation et de toutes les attitudes négatives qui hypothèquent la cohésion sociale.

L’implication du citoyen dans le processus décisionnel qui engage l’avenir des générations futures, est une manière pour l’État, de marquer sa volonté de justice et de réhabiliter sa crédibilité en donnant un sens positif à son rôle de régulateur et d’arbitre de la demande sociale. L’image de la commune-manager repose sur la nécessité de faire plus et mieux avec des ressources restreintes.

Il n’y aurait donc plus de place pour le gaspillage et le droit à l’erreur, ce qui exclut obligatoirement le pilotage à vue au profit d’actions fiabilisées par des perspectives de long terme d’une part, et d’autre part les arbitrages cohérents qu’implique la rigueur de l’acte de gestion.

Cela nous conduit à aborder les fondements politico-institutionnels démocratiques, et la refonte du système partisan et la société civile, qui seront l’objet du second volet de cette contribution.

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1 - À cette époque, j’avais donné plusieurs conférences aux universités de Annaba, de Tizi Ouzou, de Sid Bel Abbès et d’Oran avant de clôturer à l’École nationale d’administration d’Alger (ENA) et ensuite d’autres conférences entre 2007 et 2017, cela afin d’expliquer notre démarche fondée sur l’alternance démocratique tenant compte de notre authenticité, et une économie diversifiée hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales avec l’avènement de la quatrième révolution économique mondiale 2020-2030.

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LES 3 VOLETS DE CETTE TRIBUNE :

- Pr A. MEBTOUL (1/3) : « Le développement de Algérie implique la réforme du système politique »

- Pr A. MEBTOUL (2/3) : « Il est urgent d’adapter nos partis politiques algériens, pour la majorité liés à des intérêts de rente »

- Pr A. MEBTOUL (3/3) : « Pas de développement pour l’Algérie sans vison stratégique 
de la transition à une économie hors hydrocarbures »

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NOS AUTRES ARTICLESCENTS DU Pr A. MEBTOUL :

- Pr Abderrahmane Mebtoul (Algérie) : « Il faut poser les véritables problèmes sur les flux migratoires venant d’Afrique » (1/2) https://bit.ly/2tJBXKJ

- Pr A. Mebtoul : « Les dirigeants africains doivent avoir une autre vision de la politique de l’immigration » (2/2) https://bit.ly/2Natzgi

- Pr Abderrahmane Mebtoul (Algérie) : « Pour un dialogue de tolérance entre le monde musulman et l’Occident » http://bit.ly/2GaOzmc

- Pr A. Mebtoul : les multiples raisons de « l’urgence d’un co-partenariat gagnant-gagnant entre la France et l’Algérie » http://bit.ly/2BzTcjO

- Pr A. Mebtoul : « Quel est l’apport des entrepreneurs du FCE à la dynamisation du secteur productif algérien ? » http://bit.ly/2umisqI

- Pr. A. Mebtoul - Comment développer la coopération entre l’Algérie et la France du président Macron ? par le http://bit.ly/2q60Nnu

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