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#ForumAfrique2020 - Helle Rasmussen (Directrice Ventes Afrique de Bolloré Logistics) : « Il faut fluidifier les corridors de transport transfrontaliers » en vue de la ZLECA

11 février 2020
De gauche à droite : Helle Rasmussen, Directrice Ventes et Marketing Afrique de Bolloré Transport & Logistics, Michaël Ruet, Directeur Business Development d’Air France, Mehdi Caillis, Directeur Afrique/Moyen-Orient de Poma, Arnaud Fleury, journaliste modérateur, Patrick Sevaistre, Président de la Commission Affaires européennes du CIAN. © BRF
Comment améliorer les échanges et les investissements intercontinentaux pour en faire des facteurs d’intégration régionale, alors que la Zone de libre-échange continentale africaine se met en place le 1er juillet ? C’est la question posée lors du Forum Afrique 2020, vendredi 7 février à Paris, aux grands opérateurs économiques présents en Afrique. Leurs témoignages sont éloquents. « C’est notre rôle et notre devoir d’investir là-bas », affirme la responsable Afrique de Bolloré Transport & Logistics.

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Bruno Fanucchi, AfricaPresse.Paris
@PresseAfrica

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En « vieux routier » de l’Afrique, Patrick Sevaistre, président de la Commission Affaires européennes du Conseil français des investisseurs en Afrique, rappelle d’emblée que le Continent connaît déjà six grandes organisations régionales comme l’UMA (Union du Maghreb arabe), la CEDEAO pour l’Afrique de l’Ouest, la CEMAC pour l’Afrique centrale, la Communauté té d’Afrique de l’Est ou la SADC et... une quinzaine d’organisations sous-régionales. Toutes vont devoir mieux travailler ensemble si l’on veut que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) , qui doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain, ne demeure pas une coquille vide. Et que, bien au contraire, elle favorise l’intégration régionale comme « moteur du développement du commerce et des investissements intercontinentaux », thème de la seconde table ronde organisée à Paris, vendredi 7 février, dans le cadre du Forum Afrique 2020, par le groupe de presse Le MOCI et le CIAN.
Les choses ne sont pas si simples puisque tous les pays africains ont « la possibilité d’adhérer à plusieurs zones » qui se chevauchent géographiquement ou sont même parfois concurrentes, ce qui constitue – selon l’expression bien connue – un véritable « plat de spaghetti », parfois bien difficile à digérer !
C’est « le problème de l’épaisseur des frontières » que constituent les normes et les infrastructures différentes, qui freinent le commerce d’État à État en Afrique, poursuit Patrick Sevaistre. Pour mieux se faire comprendre, cet expert en donne un exemple concret : « Un container circulant entre Douala et N’Djamena coûte cinq à six fois plus cher et met trois fois plus de temps que le même container navigant entre Shanghai et Douala ! ». Une totale aberration, tout le monde en conviendra.

« La ZLECA prendra beaucoup de temps, mais le processus est irréversible »

L’autre grand problème qui se pose pour améliorer l’intégration régionale et faire fonctionner demain la ZLECA, c’est la définition du « Made in Africa ». En d’autres termes : à partir de quelle proportion de valeur ajoutée un produit fabriqué dans un pays comme le Maroc pourra-t-il être en quelque sorte labellisé « africain  » pour être mieux et davantage exporté en Europe ou ailleurs ? « C’est là que la palabre commence », observe Patrick Sevaistre. A son avis, la mise en œuvre de la ZLECA « prendra beaucoup de temps », même si «  le processus est irréversible ».
De grandes entreprises françaises – et non des moindres – s’efforcent cependant de tenir compte de cette réalité dans leur approche commerciale des marchés africains pour être plus performantes et apporter leurs pierres à cette intégration régionale - une nécessité aux yeux de tous - et tenter ainsi de réduire les coûts commerciaux de ces échanges inter-frontaliers. Leurs représentants vont en témoigner au cours de ce panel animé par le journaliste Arnaud Fleury.

Course d’obstacles pour un champion olympique

Directrice Ventes et Marketing Afrique de Bolloré Transport et Logistics, Helle Rasmussen (d’origine danoise) rappelle, dans un français impeccable, que « le niveau d’investissement (de Bolloré) en Afrique depuis dix ans est de 300 millions d’euros par an, pour un chiffre d’affaires de plus de 500 millions d’euros ». Ce qui traduit bien l’engagement lourd et constant du Groupe Bolloré, souvent décrié par tous ceux qui ne font rien, dans cette partie du monde, où « c’est notre rôle et notre devoir d’investir ».
« On a beau s’appeler Bolloré (…), desservir un client en Afrique est une véritable course d’obstacles pour un champion olympique. On manque parfois de souffle, mais on continue et on y croit  », martèle-t-elle, en donnant l’exemple qu’elle connaît bien du port de Lagos (Nigeria) complètement congestionné d’où les containers mettent parfois plus de trois mois à sortir... !

Créer demain de vrais hubs logistique

D’où la nécessité de « fluidifier les corridors de transport transfrontaliers africains qui sont autant de freins et de coûts colossaux pour les acteurs économiques des pays enclavés  », comme pour les projets miniers au Mali ou au Burkina.
« Notre stratégie est claire. On est positionné sur toutes les installations portuaires et aéroportuaires, sans oublier le transport terrestre et ferroviaire ; le but est pour nous de mutualiser et combiner l’ensemble de nos opérations pour mieux servir nos clients et les consommateurs. On a une volonté et une nécessité de rapprocher les ports des grandes villes des pays enclavés. Aujourd’hui, on opère ainsi 35 ports secs dans des pays enclavés avec des opérations logistiques complexes », souligne Helle Rasmussen avant de conclure : « Avec la mise en place de cette zone de libre-échange, on espère pouvoir créer demain de vrais hubs logistiques dans les régions ».

« Air France est un partenaire stratégique du Continent »

Responsable Afrique/Moyen-Orient de la société Poma, spécialisée dans le transport par câble, Mehdi Caillis voit le Continent africain comme un ensemble et notre principal relais de croissance. « D’Alger au Cap et de Dakar à Djibouti, c’est potentiellement une zone de libre-échange une formidable zone d’opportunités », se réjouit-il. Déjà bien implantée en Afrique du Nord (Algérie, Maroc et une filiale en Egypte), la société veut « rebondir sur la partie sub-saharienne du Continent » dans beaucoup de pays « où l’on a observé des possibilités car la mobilité dans les villes est aujourd’hui un enjeu de taille ».
Il ne faut cependant pas se limiter à l’Afrique francophone, se plaît-il à souligner en substance car « l’Afrique de l’Est anglophone peut être un vivier de croissance très rapide ». « Sur l’ensemble du Continent en général, où 50 % de la population est urbanisée, observe-t-il, les besoins sont immenses, concrets et réels, mais il faut trouver les financements » pour mener à bien ces projets concrets de développement.
Directeur Business Development d’Air France, Michaël Ruet rappelle pour sa part qu’Air France est bien évidemment un « partenaire stratégique » du Continent avec 55 destinations africaines desservies, dont 39 en Afrique sub-saharienne, ce qui représente un siège sur cinq des vols long courrier de la compagnie tricolore. Elle entend d’ailleurs « rester un acteur majeur du transport aérien » en Afrique qui encore très insuffisant. « Il représente, à ce jour, moins de 3 % du transport aérien mondial pour 17 % de la population ». C’est dire que la marge de progression dans ce secteur en fort développement est extrêmement importante.
Avec 20 % de parts de marché, « Air France transportait en 2016 quelque 75 millions de passagers en Afrique ; les projections à 20 ans devraient permettre de multiplier ce chiffre par trois pour atteindre les 240 millions aux environs de 2035, prévoit-il. Mais une question se pose : comment cette demande peut-elle bénéficier à l’économie africaine ? »

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