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#CAPP MAROC-AFRIQUE / Youssef ROUISSI, DGA Attijariwafa bank : « L’acquisition de Barclays Egypt constitue une première étape de notre développement » en Afrique anglophone

13 juin 2019
Youssef ROUISSI, directeur général adjoint (DGA) en charge de la Banque de Financement et d’Investissement du Groupe Attijariwafa bank lors de l’une de ses interventions pendant la conférence « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », organisée le 11 juin 2019 à Paris par le CAPP* et AfricaPresse.Paris. En arrière-plan, Étienne GIROS (g.), Président délégué du CIAN, et Lionel ZINSOU (d.), ancien Premier ministre du Bénin. © Frédéric REGLAIN.
À l’occasion de sa participation au panel de haut niveau de la conférence « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », organisée le 11 juin dans la capitale française par le CAPP* et AfricaPresse.Paris, Youssef ROUISSI, directeur général adjoint en charge de la Banque de Financement et d’Investissement du groupe Attijariwafa bank, nous a accordé cet entretien exclusif. Il détaille pour nos lecteurs la stratégie de croissance de ce groupe qui progresse rapidement en Afrique francophone, et commence à s’implanter dans les pays anglophones et lusophones. Un groupe aux valeurs d’« exigence, responsabilité et engagement », qui s’attache d’abord à « bancariser » les populations africaines et à leur « permettre d’accéder au crédit et à l’épargne ». Les bases, en somme, du développement.

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Propos recueillis par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Quel est le déploiement de vos implantations sur le Continent ?

Youssef ROUISSI - Permettez-moi tout d’abord de rappeler que le groupe Attijariwafa bank, fondé en 1904, accompagne depuis plus d’un siècle le développement économique du Maroc et a su diversifier ses métiers et géographies de présence pour devenir le premier groupe bancaire et financier panafricain (hors Afrique du Sud). Avec 10 millions de clients dans 26 pays, le groupe Attijariwafa bank dispose de 20 125 collaborateurs et du premier réseau bancaire en Afrique avec 4 930 agences dont 1 367 agences dans le Maghreb (hors Maroc), en Afrique subsaharienne et en Égypte.

Avec notre modèle de banque universelle, et nos positions de leadership dans la banque de détail, la banque de financement et d’investissement, la banque transactionnelle ou encore les services financiers spécialisés, nous accompagnons l’ensemble des segments de clientèle dans nos pays de présence en vue de la satisfaction de leurs besoins : TPE, PME, grandes entreprises, particuliers, diasporas…

Depuis 2005, le groupe Attijariwafa bank est engagé dans une stratégie de développement international visant à édifier un groupe bancaire et financier panafricain, au service de ses clients et partenaires dans ses différentes régions de présence. Au cours de la période 2005-2016, nous avons ainsi pu acquérir 14 banques dans 14 pays africains du Maghreb et d’Afrique subsaharienne francophone.

A présent, nous abordons la deuxième phase de notre plan de développement, qui vise les pays d’Afrique anglophone et lusophone, avec pour objectifs d’explorer de nouveaux territoires et d’élargir encore davantage les opportunités d’affaires pour les opérateurs économiques nationaux et internationaux. À cet égard, notre entrée sur le marché égyptien, effective depuis 2017 à travers l’acquisition de Barclays Egypt désormais Attijariwafa bank Egypt, constitue une première étape.

Quelle est la vision panafricaine de AWB ? Celle d’« une Afrique qui croit en elle-même et doit plus travailler pour elle-même » ?

Youssef ROUISSI - La vision ayant présidé à un tel développement est de contribuer à long terme au développement socio-économique de notre continent, dans un contexte où les défis y sont considérables aussi bien sur les plans démographique, industriel, urbanistique qu’en matière d’infrastructures ou d’environnement.

Aussi, nous réalisons des investissements massifs dans l’extension de nos réseaux de distribution, le marketing, l’innovation produits et la formation du capital humain, afin de « bancariser » les populations et leur permettre d’accéder au crédit et à l’épargne, dans un contexte africain où les taux de bancarisation se situent à des niveaux limités entre 10 et 20%.

Nous sommes également fortement engagés dans la structuration, l’arrangement et le financement de plusieurs projets majeurs dans le domaine des infrastructures, en capitalisant sur notre expérience marocaine et en partenariat avec diverses institutions locales ou internationales. Nous accordons une attention particulière au financement de l’industrie et des PME, dans un objectif d’enrichissement de la valeur ajoutée locale en substitution aux importations, avec plus d’effets bénéfiques sur l’emploi et le tissu socio-économique local.

Enfin, nous œuvrons également pour accompagner les opérateurs économiques dans la découverte de nouveaux territoires d’investissement, à travers nos activités de trade finance, de fusions acquisitions et de marchés de capitaux, et en faisant pleinement les effets de réseaux au sein de notre groupe.

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Durant l’une des interventions de Youssef ROUISSI, vue de l’historique salle Lumière de l’Hôtel de l’Industrie – où fut projeté le premier film de l’histoire du cinéma –, qui accueillait la conférence de haut niveau « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », organisée mardi 11 juin à Paris par le CAPP* et AfricaPresse.Paris. © Frédéric Reglain

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Quels sont vos critères de financement de projets ou d’implantation dans tel ou tel pays ? Au fond, quels sont vos choix stratégiques ?

Youssef ROUISSI - Comme je l’ai évoqué précédemment, nos choix stratégiques en matière de financement reflètent notre engagement en tant qu’acteur bancaire panafricain, en faveur du développement de chacun de nos pays de présence. Aussi, nous veillons à accompagner l’ensemble des segments de clientèle de particuliers, professionnels, TPE, PME et grandes entreprises dans la réalisation de leurs projets.

À titre d’illustration, le groupe Attijariwafa bank dispose d’une expérience forte et reconnue dans le domaine des financements de projets, avec un rôle d’arrangeur et chef de file dans plusieurs projets majeurs énergétiques ou d’infrastructures en Afrique.

Plus de 2000 MW de projets éoliens sont financés ou en cours de financement par notre groupe. Nous avons accompagné la République de Côte d’Ivoire dans le projet de réhabilitation de la Baie de Cocody à Abidjan en vue de la levée de fonds concessionnels d’un montant de 280 millions USD. Nous avons également pris part au financement du projet Nachtigal au Cameroun, relatif à la construction d’une centrale hydroélectrique en BOT de 420 MW d’un montant de 729 Mrds FCFA, ou encore, au programme de financement de Telecom Egypt d’un montant de 500 millions USD.

S’agissant des critères d’implantation à l’international, ils prennent en compte un ensemble de facteurs liés au cadre socio-économique, réglementaire, concurrentiel et à l’attractivité du marché bancaire, mais aussi, à la capacité de disposer d’un contrôle majoritaire de nos acquisitions afin d’être en mesure de déployer les plans de transformation et de synergies requis.

En quoi consiste votre Club Afrique Développement dédié aux entreprises qui a récemment créé sa 10e antenne en Égypte, comme AfricaPresse.Paris l’a rapporté ici même ?

Youssef ROUISSI - En 2010, nous avons pris l’initiative - sous l’impulsion de notre actionnaire de référence, le Fonds d’investissements privé panafricain Al Mada - de mettre en place le Forum International Afrique Développement qui se veut être une plate-forme d’échange et d’investissement au service des opérateurs économiques africains et internationaux, et dont la finalité est d’accélérer la coopération sud-sud et l’intégration régionale, conditions essentielles pour réaliser une croissance durable. L’édition 2019 de notre Forum annuel a ainsi réuni à Casablanca plus de 2 000 opérateurs économiques de 34 pays africains, donnant lieu à plusieurs projets prometteurs.

Forts du succès rencontré par le Forum auprès des communautés d’affaires, nous avons également procédé à la création du Club Afrique Développement qui vise à prolonger les échanges entre opérateurs économiques à travers un réseau qualifié de plus de 3.000 chefs d’entreprises dans l’ensemble de nos pays et régions de présence : Europe, Maghreb, Afrique de l’ouest, Afrique centrale, Afrique de l’est.

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L’équipe du CAD Égypte lors de la cérémonie de lancement, au Caire le 12 mai 2019. Au centre, le Président Directeur Général du groupe Attijariwafa bank, Mohammed El Kettani et Mme Mouna Kadiri, Directrice du Club Afrique Développement (veste rouge). © DR AWB-CAD

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Nous avons conçu ce Club comme un accélérateur d’opportunités en adressant certains besoins-clés exprimés par nos clients en termes d’information et de mises en relation sur les territoires africains. Aussi, le Club Afrique Développement procure, à travers sa plate-forme digitale, une information qualifiée sur les différents marchés, des formations et conférences ciblées, mais aussi, organise des visites sur le terrain et des mises en relation personnalisées.

Le succès rencontré par cette plate-forme se mesure aux nombreuses opérations d’investissements et d’échanges initiées par les opérateurs économiques, ce qui nous rend déterminés à poursuivre cette trajectoire en faveur de l’intégration africaine du continent.

Quelles sont les valeurs qui vous tiennent à cœur et sont au fondement même de votre groupe bancaire ?

Youssef ROUISSI - Nous veillons à développer toutes nos activités avec exigence, responsabilité et engagement. Ainsi, à travers la Fondation Attijariwafa bank, nous sommes fortement engagés dans le domaine de l’éducation et de l’accompagnement des jeunes, mais aussi, dans le domaine culturel à travers une stratégie de mécénat actif.

Conscients des enjeux-clés en matière de responsabilité sociale et de préservation de l’environnement, nous sommes également la 1re banque commerciale en Afrique et au MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord, dans son acronyme anglo-saxon, N.D.L.R.), et la 7e banque commerciale à l’échelle mondiale à bénéficier de l’accréditation par le Green Climate Fund (Fonds vert des Nations Unies) en vue de contribuer aux projets environnementaux et de développement durable en Afrique, ce qui vient reconnaître l’engagement et les références de notre groupe dans ce domaine.

Enfin, l’engagement à long terme constitue également un pilier de nos stratégies. Au delà des difficultés conjoncturelles dans un pays donné, nous maintenons et consolidons nos activités bancaires et notre rôle de partenaire économique à long terme.

Quelle triangulation est-il possible de mettre en œuvre entre la France le Maroc et le Continent africain ?

Youssef ROUISSI - La partenariat économique franco-marocain est un partenariat d’exception, de par la profondeur des liens historiques et les succès enregistrés de part et d’autre dans de nombreux secteurs d’activité, comme en témoigne la co-localisation franco marocaine réussie dans des domaines tels que l’automobile ou l’aéronautique.

Forts de ces acquis, il serait opportun de doter notre partenariat économique d’une nouvelle dimension en le projetant dans un espace géographique élargi France – Maroc – Afrique subsaharienne afin de saisir de nouvelles opportunités.
Les expériences combinées des entreprises françaises, marocaines et subsahariennes peuvent en effet déboucher sur des partenariats innovants et créateurs de valeur, et ce d’autant plus que le potentiel entrepreneurial de l’Afrique est considérable.

Pour finir, quelle est la question que je ne vous ai pas posée mais à laquelle vous aimeriez répondre… ?

Youssef ROUISSI - Vingt-neuf millions de jeunes entreront sur le marché du travail chaque année d’ici 2030, et dès 2034, l’Afrique devrait compter la 1re population active mondiale avec 1,1 milliard de personnes, supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde. 24 millions d’habitants devraient rejoindre chaque année les villes africaines, un niveau 4 fois supérieur à la moyenne mondiale, et 187 millions de personnes supplémentaires vivront dans les villes africaines au cours de la prochaine décennie.
Face à un défi d’une telle magnitude, les modèles d’emploi salariaux publics ou privés ne sauraient suffire. L’entrepreneuriat et notamment le digital peuvent constituer une source d’opportunités pour le continent, et permettre de réaliser les sauts requis en termes de productivité, de modernisation du tissu productif, d’inclusion et d’équilibre socio-économique durable. A cet égard, l’éducation, la formation professionnelle, et la culture du risque seront des conditions-clés du succès.
En tant que groupe bancaire et financier, nous sommes particulièrement attentifs à la problématique de l’inclusion financière, et veillons à déployer plusieurs actions dans ce sens.
Nous avons ainsi développé un modèle de Low Income Banking à travers notre filiale spécialisée Wafacash qui adresse les besoins des populations à faibles revenus, à travers un réseau de proximité adapté en termes de format, d’emplacements et d’horaires, et une offre simplifiée permettant de recruter des clients non bancarisés. Ce modèle rencontre un grand succès au Maroc et se déploie favorablement dans nos pays de présence en Afrique subsaharienne.
Nous avons également mis en place des programmes d’appui spécifiques aux très petites entreprises (TPE), à travers l’initiative Moukawalati (Mon entreprise) qui consiste à accueillir les porteurs de projets dans des centres spécialisés et leur prodiguer à titre gracieux une formation adaptée pour la gestion de leur entreprise. Des modèles spécifiques de scoring ont été également développés afin de permettre un financement rapide et adapté des TPE, tout en combinant ce financement avec une offre d’assurance et de prévoyance idoine.

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