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#WIASummit-Analyse / Anne Bioulac,
dirigeante Roland Berger Paris : « Les entrepreneures d’Afrique donnent à nous toutes une leçon de vie ! »

2 juillet 2019
Dirigeante au bureau Roland Berger de Paris, Anne Bioulac a présenté aux participantes du Sommet Women in Africa de Marrakech (27-28 juin) l’étude « L’entrepreneuriat en Afrique : une voie vers l’émancipation des femmes ? ». © AM/AP.P
Pour la deuxième année consécutive, Roland Berger et Women in Africa Philanthropy ont joint leurs expertises pour conduire une étude sur l’entrepreneuriat fé­minin en Afrique, réalisée avec le soutien de Société Générale. Quelles sont les motivations des Africaines entrepreneures ? Quels sont les freins à leur déve­loppement et comment y remédier ? Dirigeante au bureau Roland Berger de Paris, Anne Bioulac nous livre ici son décryptage.

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En direct de Marrakech
Un article d’Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Anne Bioulac, senior partenaire et codirectrice du bureau de Paris de Roland Berger, a animé lors du sommet WIA 2019 de Marrakech (27-28 juin) la session dédiée à ce thème de l’entrepreneuriat féminin.

Présentant l’étude « L’entrepreneuriat en Afrique : une voie vers l’émancipation des femmes ? » rendue publique à cette occasion, Anne Bioulac a relevé d’emblée une différence fondamentale dans la motivation d’entreprendre : alors que les hommes cherchent surtout à devenir leur propre patron et à acquérir leur indépendance, 84 % des femmes déclarent vouloir entreprendre avec une volonté profonde de « changer le monde » et leur environnement.

Deuxième chiffre, tout aussi inattendu : le continent africain enregistre le taux le plus élevé au monde de femmes entrepreneures (24 %), devançant largement tous les autres continents, y compris les plus « business friendly », comme l’Amérique du Nord (12 %) et l’Asie du sud-est/Pacifique (11 %), et bien sûr le Moyen-Orient (9 %) ainsi que la « vieille » Europe (6 %).

Alors, évidemment, on croit penser avec bon sens en se disant que si les Africaines entreprennent autant, c’est parce qu’elles ne trouvent pas d’emploi… Eh bien non, nous révèle Anne Bioulac, mettant à mal cette assertion controuvée : « À l’inverse de plus de 30 % des hommes sondés, qui déclarent avoir monté leur start-up parce qu’ils ne trouvaient pas de travail, seules 9 % des femmes citent le chômage, et donc la nécessité, comme facteur déterminant dans leur décision de se lancer… »

Surprenant, certes ! Mais il faut aussi savoir, ajoute Anne Bioulac lors de l’entretien qu’elle nous a accordé, que « même si elles ont surtout évolué dans l’économie informelle, les femmes africaines ont toujours été entreprenantes. La différence, c’est qu’aujourd’hui on met des mots sur cette réalité, avec un regard qui commence à changer, qui devient plus positif. »

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Anne Bioulac, dirigeante au bureau Roland Berger de Paris, durant sa présentation de l’étude « L’entrepreneuriat en Afrique : une voie vers l’émancipation des femmes ? » devant les participantes du Sommet Women in Africa 2019 de Marrakech (27-28 juin) © AM/AP.P

Des handicaps nombreux

Bien sûr, devenir entrepreneure en Afrique n’est pas un « long fleuve tranquille », car les handicaps que les femmes ont à surmonter sont nombreux et se manifestent dès l’enfance : le taux d’alphabétisa­tion des garçons est 1,3 fois plus important que celui des filles en moyenne ; les hommes sont également 1,9 et 2,5 fois plus enclins à avoir suivi un enseignement secondaire et post-bac que leurs homologues féminins.

Parmi les autres handicaps, mais concernant aussi bien les hommes que les femmes : l’Afrique compte 36 fois moins d’incuba­teurs et d’accélérateurs que l’Amérique du Nord et 17 fois moins que l’Europe, alors que la population d’entrepre­neurs est beaucoup plus importante.

Sur le plan financier, les garanties et les taux élevés requis par les banques pour consentir un prêt freinent nécessairement le financement bancaire, apprend-on encore dans l’étude.
Pour autant, le financement du capital-risque technologique y connaît une croissance rapide, passant d’un taux de croissance an­nuel de 53 % en 2017 à 108 % en 2018, atteignant ainsi 1,63 milliard de dollars.
Mais là, c’est clairement au bénéfice des hommes, car « seulement 27 % des femmes entrepreneures exercent des métiers liés à la technologie. C’est un taux faible, et ce sera l’un des enjeux d’avenir que de l’augmenter », commente Anne Bioulac.

Les axes d’une action positive

« Curiosité » inattendue que l’étude met au jour : à l’exception notable des pays d’Afrique du Nord, de culture très majoritairement musulmane, la maternité n’est pas un frein à l’entrepreneuriat et dans 19 pays, le taux de corrélation entre celui de la fécondité et celui de l’accès à l’emploi s’élève jusqu’à 73 % !

Reste que la nécessité d’améliorer l’éducation des filles et des femmes relève de l’évidence, au vu de la situation décrite ci-dessus. Un autre axe d’action serait de renforcer les structures professionnelles d’accompagnement – « On ne compte qu’environ 200 incubateurs en Afrique, dont 50 % situés au Nigeria et en Afrique du sud », relève Anne Bioulac.

Sans surprise, 78 % des femmes interrogées confirment que le processus d’accès au financement doit être simplifié. Selon elles, les gouverne­ments devraient lancer de nouvelles poli­tiques économiques et industrielles pour soutenir les entrepreneur(e)s.

La simplification des procédures administratives et la durée totale des processus s’affirment comme un autre souhait, de même que le développement des infrastruc­tures de télécommunications est considéré essentiel pour encourager l’entrepreneuriat féminin – de fait, le coefficient de corré­lation entre la facilité à créer des affaires et la couverture du réseau 3G atteignait 54 % en 2018.

Ultime handicap à surmonter, et ce n’est pas le moindre : renforcer la confiance en soi, malgré les indifférences, hostilités ou défiances ambiantes – voire les dénis : « 36 % seulement des hommes estiment que les femmes sont désavanta­gées, contre 70 % des femmes », relève Anne Bioulac.

Et d’ajouter : « Dans l’ensemble, les indicateurs sont à pleurer ! Mais par leur volonté, leur créativité, leur ambition, les entrepreneures d’Afrique réussissent à surmonter leur environnement si peu clément. Ce sont des “femmes fortes”. À nous toutes, elles donnent une formidable leçon de vie ! »

Prochaine étape, prochain rendez-vous : l’étude qui sera livrée au Sommet WIA de 2020 aura ciblé… les hommes ! nous confie Anne Bioulac.
Non pas pour leur dresser des procès ou étriller leur machisme, non ! Mais pour les inciter à avancer ensemble, sous la bannière d’un slogan fédérateur : « Les Hommes avec les Femmes ! ».

À bon entendeur…

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Une vue de la salle des conférences plénières du Sommet #WIA2019, au Beldi Country Club de Marrakech. © AM/AP.P

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