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Vincent REINA, Président de la CCFA (Paris) : « Il faut vraiment que l’entreprise France soit beaucoup plus présente à l’export ! »

13 avril 2019
Vincent REINA, Président de la Chambre de Commerce Franco-Arabe (CCFA), entouré de Ruben Nizard économiste chargé de l’Afrique à la Coface, et de Lionel Barbaroux, Responsable Financements exports à Bpifrance, lors de la matinale de travail du 20 mars, au siège de la CCFA, à Paris. © AM/AP.P
Organisée à Paris par la Chambre de Commerce Franco-Arabe (CCFA) sous la présidence effective de Vincent REINA, une récente matinale de travail autour de la Coface et de Bpifrance, sur le thème « Anticiper les risques, financer et couvrir ses exportations et ses investissements dans les pays du monde arabe » a permis de dresser un panorama de la situation économique de la zone MENA, ainsi que de faire connaître le dispositif considérable mis en place par Bpifrance pour accompagner PME et ETI à l’international.

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par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Intervenant le premier, Ruben Nizard économiste chargé de l’Afrique à la Coface, a brièvement rappelé les généralités de la perception de la zone MENA, marquée par une forte hétérogénéité des trajectoires économiques, avec des risques globalement élevés exposés aux chocs exogènes, notamment sur les matières premières, c’est-à-dire essentiellement le pétrole, dont neuf pays de la zone sont exportateurs.
Autant dire que l’effondrement du prix du baril, passé de quelque 110 dollars en 2014 à moins de 30 dollars en 2016, a constitué un véritable tsunami économique, aggravé encore par la montée en puissance déstabilisatrice du gaz de schiste américain. Et si aujourd’hui le prix du brent est remonté autour de 70 dollars (après avoir frôlé les 50 dollars en janvier), l’objectif du retour aux 110 dollars de 2014 paraît encore bien lointain.

Des réformes pour diversifier de l’économie

Effet positif, toutefois : le choc de 2014 a conduit plusieurs pays dépendants de la rente pétrolière à mettre en place « une politique d’ajustement budgétaire, traduite notamment par l’introduction d’une TVA dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, ou encore la suppression de plusieurs subventions très coûteuses pour les finances publiques. Cela a permis d’améliorer un peu les équilibres budgétaires globaux et de libérer de la dépense d’investissement en capital pour soutenir les secteurs d’activité hors hydrocarbures, et aller ainsi vers la diversification de l’économie », relève Ruben Nizard. Une démarche qui s’appuie parfois sur de grands événements à fort potentiel structurant des activités, par exemple l’Exposition universelle de Dubaï, aux Émirats arabes unis en 2020, ou encore la Coupe du monde de football, au Qatar, en 2022.

Un risque social et politique fort

Reste qu’au regard de la carte trimestrielle (T4 2018) des évaluations de risques par la COFACE, 11 pays de la région figurent parmi les 20 pays au mode les plus « risqués », et avec des scores très élevés, de 88 % pour la Syrie, à 63 % pour Djibouti.

Quatre pays seulement bénéficient d’une note de niveau A, dont trois du Proche-Orient – A3 pour les E.A.U et le Koweit, A4 pour le Qatar – tandis qu’au Maghreb le Maroc fait figure d’exception, avec A4, et alors même que ses pays voisins sont mal ou très mal notés : C pour la Tunisie et l’Algérie – où la question de la 5e candidature de l’ex-président Bouteflikha aura été le déclencheur de l’insurrection populaire que l’on sait –, D pour la Mauritanie, et bien sûr la note la plus basse pour la Libye, E. 

Le Maroc, un cas d’exception

Tandis que la « situation de la Tunisie demeure précaire » et que l’Égypte paraisse « en voie de stabilisation, bien que des difficultés y subsistent », le Maroc fait en effet figure d’exception, car la croissance de son PIB hors agriculture continue de progresser, de même que ses exportations.

Des résultats encourageants portés au crédit du plan d’accélération industrielle, mais à relativiser, car même avec une croissance autour 3 % en 2018, le Royaume reste loin des 6 %, taux idéal qui lui permettrait de résorber le chômage et d’obtenir un développement inclusif.

Les Marocains en sont conscients, et ont entrepris de réfléchir à un nouveau modèle économique, démarche inspirée d’ailleurs par le roi Mohammed VI lui-même, dans un discours fondateur du 13 octobre 2017 : « Aujourd’hui, les Marocains ont besoin d’un développement équilibré et équitable, garant de la dignité de tous, générateur de revenus et d’emplois, notamment au profit des jeunes » avait notamment déclaré le souverain.

Inquiétude pour l’Algérie

Bien avant que le peuple algérien n’engage son mouvement insurrectionnel, et indépendamment de cela, la trajectoire de long terme de l’économie algérienne avait de quoi inquiéter, conduisant certains économistes, tel le professeur Abderrahmane Mebtoul, à lancer plusieurs alertes au cours de ces derères années.

En effet, aujourd’hui encore, le pays n’a pas su engager réellement la diversification de son économie, toujours très dépendante des hydrocarbures, qui représentent quelque 92 % des recettes d’exportation, alors que dans le même temps son fonds de régulation, ex-grosse cagnotte issue des super-recettes pétrolières et qui lui servait à équilibrer son budget, « a fondu, passant de 195 milliards de dollars en 2015 à 80 Md USD maintenant » précise Ruben Nizard.
Une vulnérabilité qui va croissant, accentuée par une hausse du chômage (autour de 30 %) des jeunes de 15 à 24 ans, et la mise en pratique, depuis la fin de 2017, de « la planche à billets du financement non conventionnel » dont l’aboutissement logique devrait conduire à l’impasse d’une inflation hors contrôle… Ainsi l’Algérie figure-t-elle en 2018 dans le top 15 des pays les plus risqués au monde, avec un indice de 64 %.

Bpifrance, notre chevalier blanc de l’export

Se lancer – tout comme se maintenir – dans la compétition internationale, en particulier dans la région MENA, n’est certes pas une promenade tranquille, les participants à cette instructive matinale organisée par la CCFA ont eu l’occasion d’en avoir pleine conscience. Mais, sera-t-on tenté de dire… heureusement qu’il y a Bpifrance, notre chevalier blanc de l’export !

Depuis le 1er janvier 2017 en effet, et à la volonté gouvernementale, un « guichet unique » au service des entreprises candidates à l’export a été établi autour la nouvelle filiale Bpifrance Assurance Export qui assure, au nom de l’État et sous son contrôle, l’activité export des entreprises, et a notamment pris la suite de la Coface dans sa mission d’assurance à l’export, rappelle Lionel Barbaroux, Responsable Financements exports à Bpifrance.

« L’objectif de la fusion était d’enrichir la gamme des possibilités présentées aux PME et ETI, avec financement et garanties », explique-t-il, précisant que tous les métiers et tous les pays de la région sont éligibles, à la seule exception du Yémen.

Bien sûr, en sa qualité de banque publique, Bpifrance ne finance – ou ne cautionne le financement – que des entreprises françaises. Les chiffres sont éloquents : en 2018, 85 000 entreprises ont été accompagnées, et 30 milliards d’euros ont été mobilisés pour elles, répartis ainsi : 19 Md€ de financements directs, 2 Md€ d’investissement en capital, 8,7 Md€ de crédits bancaires garantis.

« Ce que nous faisons, développe Lionel Barbaroux, c’est d’assurer un continuum pour accompagner les entreprises dans leurs projets de développement à l’international », depuis l’assurance prospection jusqu’au crédit export (au fournisseur comme à l’acheteur, ce qui permettra à l’entreprise française de finaliser sa vente), voire des prises de participations minoritaires dans des filiales, en passant par l’assurance investissements et la mise à disposition de VIE, ou encore l’octroi de prêts Croissance International ainsi que de garanties de prêts accordés par des banques françaises… et même le risque de change est assumé, avec 27 nouvelles devises couvertes depuis 2018, lesquelles s’ajoutent aux 10 devises couvertes historiquement (Dollar, Yen, Livre, Franc suisse…).

Autant de produits visant à sécuriser les investissements des entreprises à l’international, et potentiellement à les financer, ainsi les entreprises n’ont pas à ponctionner leur propre. « Cerise sur le gâteau » : les entreprises peuvent être indemnisées jusqu’à 50 % de leurs pertes en cas d’échec, par exemple de l’implantation d’une filiale, ou encore dans le cas d’une dépossession par nationalisation… « parce que votre entreprise marche trop bien » et stimule les convoitises.

Une vue de l’assistance durant l’exposé de Jean-Christophe Batlle, directeur Afrique de la Coface. © AM/AP.P

70 Md€ d’encours garanti
sur les projets internationaux

Depuis l’en dernier, Bpifrance a créé un fonds d’investissement abondé à 200 M€, qui permet d’accompagner une entreprise française à l’international dès la phase de prospection, en continuant par le financement des acheteurs, et jusqu’à leur rachat éventuel, ou une prise de majorité, via un co-investissement de Bpifrance au côté de l’entreprise française, jusqu’à 20 % du capital qui serait acquis et dans la limite d’un apport de 10 millions d’euros.
« C’est le dernier maillon de la chaîne, qui permet d’aller acheter soit un partenaire, soit votre concurrent, et pousser vraiment jusqu’au bout la logique d’une implantation réussie sur le long terme », commente Lionel Barbaroux.

« Aujourd’hui, l’encours garanti sur tous les projets internationaux par Bpifrance Assurance Export représente 70 milliards d’euros. Même les grands groupes viennent s’assurer chez nous… » observe-t-il, avant de répondre au Président Vincent Reina que oui, bien sûr, les PME et ETI restent les récipiendaires visées en priorité, grâce à l’obligation qui est faite par la DG Trésor de leur réserver les deux tiers des attributions de fonds, en nombre.
« Tous nos services sont décentralisés en régions, au plus près des entreprises et, en lien avec Business France, Bpifrance est en mouvement pour renforcer beaucoup son action à l’international, en organisant des missions ciblées avec les entreprises » précise-il encore.

Et les résultats ?

Alors… au terme de cette intervention qui aura permis d’apprendre ou de préciser de nombreux points, on reste un moment suspendu avec une question toute simple… celle-là même que le Président Vincent Reina posera en d’autres termes : au regard de ces importants moyens mis en œuvre, « quel est le résultat pour notre commerce extérieur ? »

« Maintenant c’est plus dynamique, mais ce qui ne va pas, c’est que je ne trouve pas la corrélation avec l’évolution de nos exportations, en tout cas sur notre zone des 22 pays de la CCFA, affirme Vincent Reina. Et cela m’inquiète !
Bien sûr je suis favorable à ce que nous soyons tous – public, privé, institutions comme la nôtre – mobilisés pour accompagner et aider au maximum. Mais nous n’avancerons vraiment sur ces questions que s’il y a une prise de conscience de toutes nos structures de la nécessité de travailler tous ensemble pour que nos entreprises françaises – et nos PME en priorité – retrouvent la possibilité d’être présentes à l’exportation.

Il faut vraiment que l’entreprise France soit beaucoup plus présente à l’exportation ! » affirme-t-il. Et de conclure citant en contre-exemple « attristant » le cas des six ports de plaisance récemment construits par les Chinois à Djibouti… car aucune entreprise française n’avait présenté de projet en réponse à l’appel d’offres, alors même qu’un savoir-faire français existe et est reconnu sur ce créneau.
« Mince alors ! C’est un constat qui m’énerve, pour dire les choses franchement ! » s’exclame Vincent Reina, avant d’inviter les participants à persévérer et à ne pas hésiter à solliciter les services de la CCFA.

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