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LE DOSSIER DU 1er FORUM AMBITION AFRICA (Paris-Bercy, 22-23 octobre)

Mossadeck Bally, PDG du Groupe Azalaï : « En Afrique, les entreprises françaises doivent se remettre en cause ! »

26 octobre 2018
Le Malien Mossadeck Bally, président fondateur de la chaîne hôtelière panafricaine Azalaï.
© Benjamin Reverdit
Patron de la chaîne hôtelière Azalaï, qu’il a créée il y a près de 25 ans en rachetant le Grand Hôtel de Bamako, le Malien Mossadeck Bally est un exemple de réussite entrepreneuriale en Afrique. À ses amis français comme africains, ce chef d’entreprise a tenu un langage de vérité, participant à plusieurs tables rondes, et autant de fois applaudi au cours du premier grand Forum Ambition Africa qui s’est tenu à Paris-Bercy, dans les locaux du ministère français de l’Économie et des Finances. Interview exclusive.

Propos recueillis par Bruno FANUCCHI, AfricaPresse.Paris

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Qu’avez-vous retenu de ces deux jours passés au Forum Ambition Africa, à Paris-Bercy ?

Mossadeck Bally – Je remercie d’abord Business France de m’avoir invité à cette conférence Ambition Africa qui a pour but et ambition de rapprocher un peu plus le monde économique africain et les prospects pour faire passer des messages d’opportunités à nos amis français.

Nous avons malheureusement vu les entreprises françaises quitter le Continent, il y a une vingtaine années, laissant la place aux pays émergents ou à des entrepreneurs africains. Aujourd’hui, il y a de la place pour tout le monde, car les besoins sont immenses.
Nous avons une classe d’entrepreneurs africains modernes et bien formés qui deviennent des champions, qui ont des projets structurés de grande envergure. Il y a aussi des économies émergentes qui s’intéressent à nous et sont très présentes sur le Continent comme les économies de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Turquie…
Ce que j’ai retenu des ces deux journées, c’est qu’il y a beaucoup d’intérêt pour le Continent.

C’est le moment d’investir en Afrique ?

Mossadeck Bally – Les entreprises françaises avaient un avantage par rapport à ces économies émergentes du fait qu’en Afrique francophone l’on partage une histoire et une langue. Si elles souhaitent revenir aujourd’hui, il y a de la place pour elles, mais qu’elles sachent que le Continent a changé.
Je pense que nos amis français ont compris que leur repli d’il y a une vingtaine d’années a été une erreur stratégique.

Ici, à Bercy, j’ai vu beaucoup d’officiels, de ministres, de chefs d’entreprise, de consultants… Je sens beaucoup d’intérêt à nouveau pour l’Afrique et – je dirai - c’est tant mieux parce que les défis sont énormes. Il faut développer ce Continent. L’Afrique, ce n’est pas un problème, mais c’est plutôt une opportunité et nos amis français commencent maintenant à le comprendre.
C’est pourquoi ce forrum Ambition Africa de Business France est une excellente intiative, bien organisée et avec un niveau de représentation appréciable. Ce qui permet de nouer des contacts et d’attirer – je l’espère – plus d’investissements français sur le Continent. C’est donc une initiative à encourager. La prochaine édition devrait peut-être se faire dans un pays africain.

« L’Afrique représente une véritable
opportunité économique »

« Les Français doivent se remettre en cause », avez-vous lâché en séance plénière. Est-ce à dire que nos entrepreneurs vous paraissent trop frileux, timorés, hésitants ?

Mossadeck Bally – Les Français sont dans leur zone de confort et ils ne veulent pas en sortir. Les entreprises françaises ont quitté le Continent il y a une vingtaine d’années et ce fut une erreur stratégique. On a vu les banques se retirer – sauf la Société Générale –, UAP s’en aller alors qu’elle avait une position dominante dans le secteur des assurances dans quasiment tous nos pays. Je dirais : tant mieux pour nous autres les Africains car, aujourd’hui, les champions des assurances sont des Africains tels que Sunu, NSIA, Aviva au Cameroun, etc.

Le retrait des entreprises françaises a laissé la place à des champions africains, mais aussi à des entreprises venant des économies émergentes qui ont vu le filon et s’y sont engouffrées sans a priori : les Chinois, les Indiens, les Brésiliens, les Turcs et même des Européens du Sud comme les Portugais dans le BTP qui gagnent beaucoup de marchés sur le Continent, ou les Espagnols. Et désormais des Européens de l’Est.

Mais certains groupes français ne sont-ils pas déjà de retour ?

Mossadeck Bally – Oui, je me réjouis de constater qu’il y a un commencement de retour. On voit des grands réseaux bancaires – Société Générale et BNP – qui se renforcent sur le Continent ; on voit Allianz, qui a racheté UAP, renforcer ses positions de manière très importante… Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à manifester un grand intérêt pour l’Afrique. Par exemple, Marriott, Hilton, tous les grands groupes étaient au Forum sur les investissements hôteliers en Afrique de Nairobi, début octobre, car ils veulent démultiplier leurs implantations d’hôtels sur le Continent.

Sébastien Bazin, le PDG du Groupe AccorHotels (dont l’avion n’a pas pu atterrir à Nairobi, lors du Forum hôtelier qui se déroulait dans la capitale kenyane, ndlr) a envoyé un message à tous les participants du forum pour dire que « l’Afrique, c’est aujourd’hui la priorité numéro 1 ». Et avec le gouvernement du Qatar, ils ont mis en place un Fonds d’investissement d’un milliard de dollars pour acheter des hôtels sur le Continent…
C’est la preuve que l’Afrique représente une véritable opportunité économique. C’est pourquoi les Français doivent sortir de leur zone de confort.

Séance inaugurale du grand Forum Ambition Africa, lundi matin 22 octobre à Paris-Bercy, au ministère de l’Économie et des Finances, avec les allocutions de : Christophe LECOURTIER, Directeur Général de Business France, opérateur de l’événement ; Agnès PANNIER-RUNACHER, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie et des Finances ; Jean-Baptiste LEMOYNE, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères ; Rémy RIOUX, Directeur Général de l’Agence Française de Développement (AFD) ; Sambou WAGUE, Ministre de l’Energie et de l’Eau du Mali ; Amadou KONE, Ministre des transports de la République de Côte d’Ivoire. © AM/AfricaPresse.Paris

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Et vous parlez d’expérience…

Mossadeck Bally – J’ai en effet personnellement demandé plusieurs fois à des consultants français ou des entreprises françaises de venir au Mali, et on m’a toujours répondu : « Non. On a des restrictions. C’est trop dangereux ! »… Vous appelez en revanche un Portugais ou un Turc, le soir même il est dans l’avion ! Il vient et fait le travail. Les entreprises françaises doivent remettre en cause leur politique africaine si elles veulent vraiment venir développer des affaires et prendre des parts de marché.
En vingt ans, l’Afrique a réellement changé : aujourd’hui, des entrepreneurs africains totalement décomplexés, bien formés et dynamiques, ont grossi et prennent des parts de marché. Il y a une diaspora africaine bien formée, qui a du savoir-faire et du savoir-être, qui rentre de plus en plus sur le Continent. Ce n’est plus l’Afrique de papa !

Quel est aujourd’hui le principal challenge pour « cette Afrique qui n’est plus celle de papa », comme vous dites ?

Mossadeck Bally – Le challenge majeur auquel sont confrontés tous les pays africains, c’est l’emploi. Il y a 30 millions de jeunes de plus par an sur le marché de l’emploi sur le Continent et il faut leur trouver du travail. Je sors d’un panel où l’on a parlé de la formation : je suis un grand avocat de la formation pratique, technique et professionnelle, la formation courte parce que nos économies sont des économies basiques qui ont besoin de plus de personnes formées aux métiers.

Je pense que les États, les financeurs, les entreprises, les industriels doivent tous concentrer leurs efforts pour former les jeunes Africains à être employables immédiatement, sans délai. C’est comme cela que nous allons pouvoir absorber ces millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Le plus gros challenge aujourd’hui, c’est de créer des emplois. Et qui crée des emplois ? Ce sont les entreprises qui créent les emplois, ce ne sont pas les États.

Votre originalité est aussi d’avoir ouvert une école hôtelière pour assurer la formation de vos personnels. Pourquoi une telle initiative ?

Mossadeck Bally – On s’est vite rendu compte en effet que si l’on voulait soutenir notre développement, il fallait que nous-mêmes nous nous occupions de former les jeunes. Ce qui n’est malheureusement pas fait par nos États. D’où cette initiative de créer une École de formation par alternance avec un cycle court d’un an.

On prend les jeunes du niveau BEPC et, après un concours, on choisit les meilleurs pour leur donner une formation en alternance : six mois à l’école avec une formation générale et les techniques de base du métier de l’hôtellerie et six mois de stage en entreprise : dans les hôtels et même chez nos concurrents. Nos jeunes viennent effet en stage aussi bien dans nos hôtels qu’au Radisson, au Sheraton, chez les hôteliers indépendants, chez les restaurateurs en ville, au salon Business de l’aéroport, chez Servair et même dans les missions diplomatiques. C’est concret.

Faites-vous, dans vos hôtels et écoles, la promotion des femmes ?

Mossadeck Bally – À l’École hôtelière aujourd’hui, on compte plus de jeunes filles que de jeunes garçons ! Moi, quand j’ai commencé en 1994, surtout au Mali, pays très traditionaliste et musulman de surcroît, comme au Niger, c’était très mal vu que des femme travaillent dans un hôtel. On considérait que c’étaient des filles de petite vertu.
Cela a bien changé et je m’en réjouis. C’est une très belle réussite et aujourd’hui, si l’on prend en compte l’ensemble de nos dix unités hôtelières, je pense que l’on a autant de femmes que d’hommes comme directeurs d’hôtels. Aujourd’hui, les femmes tiennent une véritable place dans ce secteur et elles sont irremplaçables.

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TOUS NOS ARTICLES (17) SUR LE THÈME ET L’ÉVÉNEMENT
du 1er FORUM AMBITION AFRICA
(Paris-Bercy, 22-23 octobre 2018)

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AmbitionAfrica - Amadou KONE, ministre ivoirien des Transports :
« Il faut que les entreprises françaises prennent bien plus de risques ! »

AmbitionAfrica – Kabirou Mbodje, PDG de WARI :
« Notre plate-forme digitale se veut une porte d’entrée incontournable en Afrique »

Ambition Africa - Yvonne Mburu, membre du CPA et CEO de Nexakili :
« Il faut renforcer le système de santé africain dans sa globalité »

AmbitionAfrica - Mossadeck Bally, PDG du Groupe Azalaï :
« En Afrique, les entreprises françaises doivent se remettre en cause ! »

Ambition Africa - Mossadeck Bally, PDG du Groupe Azalaï (2/2) : « Nous sommes fiers d’être un groupe panafricain d’origine malienne »

Ambition Africa - Frédéric ROSSI, DGD de Business France (1/3) :
« La création de la Team France Export est une innovation historique ! »

AmbitionAfrica - Frédéric ROSSI, DG délégué de Business France (2/3) :
« Business France et Bpifrance vont lancer ensemble
un accélérateur d’entreprises à l’international »

Ambition Africa - Frédéric ROSSI, DGD Business France (3/3) :
« Après Ambition Africa, on ne lâchera rien ! »

Ambition Africa - Christophe LECOURTIER, DG de Business France :
« Ambition Africa deviendra l’événement entrepreneurial de référence entre la France et l’Afrique ! »

Ambition Africa - Ylias Akbaraly, PDG Groupe SIPROMAD (Madagascar) :
« Notre bureau de Paris représentera toutes nos activités avec nos partenaires internationaux »

Ambition Africa - Paul BOURDILLON, DGA SUEZ Afrique, Inde et MO (1/2) :
« Le développement inclusif est véritablement au cœur des activités de SUEZ en Afrique »

Ambition Africa - Paul BOURDILLON, DGA de Suez Afrique, Inde et MO (2/2) : « En Afrique, il faut financer à la fois la construction
et l’exploitation des infrastructures »

Ambition Africa - Vincent Stempin, DG de MÜPRO, TPE exportatrice en Afrique : « Nous avons identifié un potentiel important en Côte d’Ivoire »

#AmbitionAfrica - @Pedro__Novo, Directeur Export Bpifrance :
« Notre Fonds franco-africain vise à fertiliser PME et co-entreprises »

- Pierre-Yves Pouliquen, DG Afrique, MO et Inde de SUEZ :
« Le traitement des déchets est l’une des urgences de l’Afrique » (1/3)

- Pierre-Yves Pouliquen, DG Afrique, Moyen Orient et Inde de SUEZ : « L’Afrique nous oblige à réinventer nos modèles d’action et d’inclusion » (2/3)

Pierre-Yves Pouliquen, DG Afrique, MO et Inde de SUEZ :
« Nous travaillons en Afrique avec la même exigence technique et humaine qu’en France » (3/3)

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Une des affiches de promotion de l’événement Ambition Africa, à Paris, à proximité du ministère de l’Économie et des Finances. © AM/APP

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