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« L’Afrique, c’est maintenant ! » : à Paris, le campus Afrique du BIG 2019 décrypte les atouts de la Zone de libre-échange africaine (ZLECA)

13 octobre 2019
Au BIG, à Paris-Bercy le 10 octobre, le campus Afrique a fait salle comble toute la journée. © C.F.
Paris-Bercy a accueilli le 10 octobre la Ve édition du BIG (Bpifrance Inno Génération), plus grand rassemblement d’affaires d’Europe. Les ateliers du campus Afrique, dédiés à la Zone de libre-échange africaine (ZLECA), n’ont pas désempli de toute la journée. Un intérêt qui démontre l’importance accordée au partenariat avec le continent africain en pleine mutation.

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Un article de Carmen FÉVILIYE pour Africapresse.Paris (AP.P)
@FeeFeviliye @PresseAfrica

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« L’Afrique, c’est maintenant ! L’avenir ne peut se construire sans elle. »
C’est ce que le campus Afrique a voulu démontrer, donnant les clés pour se lancer et se prémunir des obstacles. Cinq ateliers animés notamment par Le MOCI, Le CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique), Le MEDEF International et DPI (Development partners international), qui ont mis en avant les forces et les faiblesses du continent africain longtemps marginalisé : profiter des zones de libre-échange africaines pour développer des stratégies transfrontalières ; retour d’expérience : la grande maturité des fintechs en Afrique ; les risques politiques et économiques en Afrique : focus sur trois pays en pleine croissance ; croissance démographique en Afrique : quelles opportunités pour les entrepreneurs ; investir en Afrique : déconstruire les stéréotypes et parler des réalités. Des échanges sur les retours d’expériences, les clés pour se lancer et aborder avec confiance le marché africain, incitant créateurs d’entreprises, startuppers, TPE, PME, grands groupes, chercheurs, étudiants, etc., à « aller se faire voir ailleurs », en Afrique, développer leurs business et rencontrer les acteurs qui réinventent ce continent.

La ZLECA, zone de libre-échange continentale
africaine, un nouvel Eldorado très convoité

Profiter des zones de libre-échange africaines pour développer des stratégies transfrontalières. Un exposé de 30 minutes sur la question, orchestré par Christine Gilguy, rédactrice en chef du MOCI et par Patrick Sevaistre membre du comité directeur du CIAN, consultant spécialisé dans les politiques publiques et le développement du secteur privé en Afrique.

Patrick Sevaistre a présenté les communautés économiques africaines existantes avant de mettre en avant la réforme de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA). Lancée le 7 juillet 2019, la ZLECA entrera en vigueur en juillet 2020, pour sortir le continent de la marginalisation du commerce mondial – l’Afrique ne réalise que 2,4 % des exportations mondiales.

Cette réforme tant attendue donnera-t-elle une nouvelle impulsion au commerce africain, s’interroge Christine Gilguy, relevant l’enjeu de la ZLECA dans un continent qui est foncièrement « une terre de commerce de longue date, pour l’essentiel un commerce informel ».

À cela s’ajoutent les difficultés liées à l’existence de blocs sous-régionaux qui freinent le libre-échange. Patrick Sevaistre a cité les droits de douane élevés, la libre circulation des personnes qui reste virtuelle, l’appartenance des pays à deux ou trois communautés différentes, avant de relever : « Le défi, c’est de baisser les droits de douane, alors que chaque pays devra garder 10 % des produits de ligne tarifaire qui ne seront pas libéralisés, pour protéger ses produits qu’il estimera sensibles ».

Dépasser les blocs communautaires 
pour attirer plus d’IDE

« L’Afrique est le continent qui échange le moins avec lui-même » affirme Patrick Sevaistre. Avec 30 % de pays enclavés, le continent ne comptabilise que 15 % d’échanges interafricains.
Autre difficulté, les États sont organisés en six blocs régionaux à des niveaux d’intégration différents, ce qui affecte le libre-échange intracontinental : l’Union du Maghreb arabe ; la Communauté des États d’Afrique centrale, composée de dix pays (CEAC) ; le Comesa, marché commun Est et Austral, qui va de la Tunisie à l’Afrique du Sud ; la Cedeao, représentant quinze pays de l’Afrique de l’Ouest avec huit monnaies différentes ; la communauté d’Afrique de l’Est avec six pays et la SADC, la zone australe de seize pays, qui est la plus intégrée, avec le plus d’échanges avec elle-même.

L’enjeu majeur de la ZLECA est de favoriser les investissements et en particulier attirer les capitaux étrangers (IDE). Pour y parvenir, bien des défis sont à relever : synchroniser les blocs régionaux, réduire les coûts tarifaires, définir les règles d’origine commune, diversifier les économies, créer les infrastructures, protéger les industries naissantes et considérer les accords existants.
Les analyses tendent à démontrer « que cette zone portera le commerce à 23 % au lieu des 16 % actuels », une promesse qui fait de la ZLECA « une solution pour les entreprises, la petite taille des marchés étant un obstacle pour les investissements. La zone de libre-échange va dans le bon sens. C’est une formidable opportunité pour les entreprises françaises et leurs partenaires nationaux » affirme Patrick Sevaistre en guise de conclusion.

Focus sur les pays émergents
et les secteurs porteurs

Les ateliers qui ont suivi ont mis l’accent sur les pays émergents : l’Éthiopie, avec des opportunités dans la construction et les télécoms, mais le pays reste fermé et il est difficile pour les entreprises étrangères d’en tirer des bénéfices. Sa faiblesse : faible taux de l’exportation, ce qui occasionne des difficultés de paiement.
En revanche le Sénégal, grâce aux secteurs de la construction et du commerce, s’affirme comme une terre d’opportunités en Afrique de l’Ouest.
Le Nigeria : « un géant au potentiel considérable », où l’énergie renouvelable est à bas coût mais le développement durable reste au stade embryonnaire et le pays n’a pas encore ratifié la ZLECA.
Le Kenya est un marché « pro business » pour développer les affaires en Afrique de l’Est, notamment dans les start-up.
L’émergence du Rwanda et du Ghana a été mise en évidence.

Un auditoire très attentif… © C.F.

L’Afrique du Nord s’affirme également émergente si l’on veut bien se projeter sur le moyen-long terme, et ne pas s’en tenir aux soubresauts d’une actualité parfois chaotique. Globalement, la situation de l’entrepreneuriat évolue, avec des levées de fonds dépassant les 500 millions de dollars, et il apparaît qe pour favoriser l’investissement international, des outils comme la prime à l’investissement et l’ouverture aux fonds d’investissement sont à privilégier.
Plus en détail, il apparaît que l’économie du Maroc est assez prospère et diversifiée, mais son marché difficile à pénétrer.
L’Égypte connaît une reprise grâce au gaz, au tourisme, aux projets d’infrastructures en zones économiques spéciales, aux projets de construction comme celle de la nouvelle capitale administrative. Mais le déficit des comptes extérieurs rend le pays vulnérable.
La Tunisie, selon le rapport de la Banque mondiale du 9 octobre, ne devrait pas dépasser 1,9 % de croissance en 2019, mais celle-ci commencerait à se redresser progressivement dès 2020 si les réformes économiques sont mises en œuvre.
L’Algérie souffre quant à elle de la baisse du prix et des recettes générées par les hydrocarbures, qui représentent toujours quelque 92 % de ses exportations, ainsi que l’incertitude politique.
Toutes zones comprises, les pays les plus fragiles restent la RDC, le Mozambique, l’Éthiopie et l’Égypte du fait de pressions socio-économiques et politiques majeures.

Cependant, considérées par secteurs, les opportunités d’affaires en Afrique s’affirment nombreuses, nouvelles et diversifiées : l’énergie solaire, l’électrification, l’agrobusiness, le numérique, la bancarisation par le mobile, les biens agricoles, les infrastructures, l’éducation, la santé, le transport, la communication, l’habitat… se développeront fortement, en particulier dans les villes.

Évaluation du risque et difficulté
  de trouver des partenaires locaux

Un tour d’horizon des risques d’investissement en Afrique a révélé que les ressources dépendent notamment du risque de non-paiement, de l’accroissement de la dette et des divergences au sein d’un même pays. La solution : l’investisseur doit s’intégrer. Mais la difficulté reste de trouver des partenaires locaux.

Du point de vue de l’évaluation des risques, force est de constater, par exemple, qu’en Afrique centrale, les pays de la Cemac continuent de subir l’impact de la crise du pétrole car presque toutes les recettes des pays sont issues du pétrole. L’Afrique du Sud, depuis cinq années, n’a pas augmenté de plus de 1 % sa croissance, situation due notamment à la dégradation du climat de confiance et à la chute du prix des matières premières. Un déficit qui touche tous les pays de l’Afrique australe. Mais l’Éthiopie, le Sénégal et le Kenya atteignent un niveau de croissance supérieur à 5 %.

La banque mobile pallie
le faible taux de bancarisation

Selon Lionel Baraban, CEO de Famoco, « L’Afrique est le deuxième marché mondial du mobile, devant l’Asie et l’Europe. Le taux de bancarisation reste faible sur le continent, mais l’Afrique – où l’on recense 300 à 400 fintechs – est très avancée dans le domaine du paiement sur mobile, avec des technologies créées sur place et qui reviennent aujourd’hui en Europe ».

Ainsi, lors de l’atelier dédié à cette thématique et organisé par Medef International, il est apparu que « (…) par sa faible bancarisation, l’Afrique est un continent où les fintechs ont trouvé un terreau de développement original et spécifique ».

C’est le cas au Kenya, où 20 millions de personnes utilisent les services de paiement mobile M-Pesa, par lequel transite le tiers du PIB du pays.
Au Sénégal, avec une équipe essentiellement africaine, Intouch se déploie de manière panafricaine avec le partenariat du Groupe Total.

On observe en revanche que le secteur ne compte pas beaucoup d’investisseurs africains – même si le Kenya et l’Afrique du Sud se démarquent – et l’on note une levée de fonds d’1 milliard de dollars seulement les fintechs africaines, soit l’équivalent des fonds captés par les seules fintechs françaises… Les start-up africaines sont donc en grande majorité financées par des capitaux européens. « Un danger, car elles peuvent échapper aux Africains », alerte Lionel Baraban. 

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