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Jean-Louis Guigou, cofondateur La Verticale AME : « Changer le narratif et les outils des Européens pour rétablir la confiance avec l’Afrique »

13 juin 2021
Jean-Louis Guigou, cofondateur La Verticale AME : « Changer le narratif et les outils des Européens pour rétablir la confiance avec l'Afrique »
Jean-Louis Guigou, Fondateur de l’Ipemed, co-fondateur de la Fondation La Verticale AME. © AM/APP
La compétition entre les acteurs globaux et les États qui veulent étendre leur empreinte en Afrique s’exprime désormais aussi par la concurrence des « narratifs » à l’adresse des dirigeants et populations. Mais les outils de l’action restent à élaborer, notamment un modèle africain de ZES (Zone économique spéciale), qui pourrait être co-construit avec l’Europe.

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Une contribution de Jean-Louis Guigou,
Fondateur de l’Ipemed,
Cofondateur de la Fondation La Verticale AME
(Afrique - Méditerranée - Europe)
avec Paulette Pommier, Experte internationale
en développement économique régional

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La confiance ne se décrète pas. Elle se construit lentement et exige en Afrique un nouveau discours et des outils nouveaux.
Le narratif des Chinois en Afrique est simple et très performant : « Vous avez été exploités par les Européens ? Nous aussi. Vous voulez changer l’ordre du monde ? Nous aussi etc… » Ce discours tiers-mondiste est compréhensible par les élites, les entrepreneurs mais aussi les peuples africains.

Face à ce discours, le narratif des Européens reste encore hésitant mais il progresse. Après la « nouvelle alliance » de Jean-Claude Juncker s’est affirmée la volonté de la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de ne plus travailler « pour » l’Afrique, mais « avec » les Africains. Idem vec la vision d’un « grand axe Europe – Afrique » selon Emmanuel Macron.

Toutes ces expressions dénotent un réel changement de narratif, mais il manque une vision à long terme, un diagnostic partagé, un projet collectif… et surtout des outils nouveaux pour concrétiser ce changement de relations entre les Européens et les Africains.

Or les Chinois ont créé deux outils nouveaux et performants en Afrique : des prêts massifs et rapides et des Zones Économiques Spéciales, les fameuses ZES qui ont permis à la Chine en quarante ans (1980-2020) de devenir la première puissance manufacturière au monde.

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Les ZES, Zones économiques
spéciales chinoises en Afrique

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Ces ZES, les Chinois veulent les implanter en Afrique et les proposent aux chefs d’État africains. Ce sont de vastes espaces clôturés comme des camps militaires, fortement protégés, où ils concentrent des investissements directs étrangers, l’offre d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, et les moyens de produire (bâtiments, routes, eau, énergie, internet, transport, etc.).

Ces ZES attirent aussi les investissements étrangers en leur proposant des exonérations fiscales, mais leur imposent en retour d’exporter la quasi-totalité de leur production pour faire rentrer des devises. Tous les responsables africains qui veulent transformer sur place leurs matières premières, s’industrialiser, créer des emplois et de la valeur, utilisent cet outils que sont les ZES.

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Jean-Louis GUIGOU sera contributeur expert au webinaire du CAPP,
le MARDI 15 JUIN de 10 h 30 à 12 h 30 (H Paris)

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RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTION : CLIQUER ICI

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Une étude Ipemed / La Verticale AME détaille
le fonctionnement des ZES en Afrique

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IPEMED, dans le cadre d’une coopération euro-africaine que constitue la Fondation La Verticale Africa-Med-Europa (AME), en coopération étroite avec Africa Economic Zones Organization (AEZO) de Tanger, a étudié des ZES en Afrique, pays par pays, notant avec précision les motifs de succès et les causes d’échec. Cet inventaire est conforté par des interviewes approfondies qui se déroulent actuellement, en juin 2021.

Il ressort de ce travail (véritable étude-animation) que :

Le recours aux ZES en Afrique est une nécessité pour accélérer l’industrialisation, créer des emplois et de la valeur en combinant dans ces espaces productifs le maximum d’économies externes avec des avantages fiscaux et réglementaires permettant d’attirer les investisseurs étrangers qui ont besoin de sécurité.

Mais, force est de constater que les ZES en Afrique ressemblent peu aux ZES chinoises.

En Chine, l’appel à l’investissement direct étranger et aux entreprises étrangères n’était encouragé, dans une phase transitoire, que comme un moyen d’accéder à un moindre coût à l’excellence technologique et organisationnelle étrangère.

En Afrique, nombreuses sont les ZES qui semblent autant répondre au plan du gouvernement chinois d’aménager le réseau des nouvelles routes de la soie qu’à un plan national de développement industriel. On n’y retrouve pas en particulier l’imbrication étroite des entreprises étrangères avec un tissu d’entreprises nationales. Peu de ces ZES semblent être de véritables pépinières d’entreprises.

Les expériences actuelles des ZES, surtout à l’initiative des Chinois, ont toutefois le mérite d’exister. Elles sont appréciées. Elles bénéficient de l’ingénierie chinoise en infrastructures de communication, d’énergie, ingénierie financière, soutien diplomatique, accès à des financements externes. Mais des inquiétudes s’expriment (statut des salariés, pollution, corruption, financement) et commencent à se cristalliser.

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Un modèle africain de ZES
à co-construire avec l’Europe

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Quel rôle pour l’Europe ? les Européens pourraient contribuer à l’élaboration d’un modèle africain de ZES plus inclusif, plus sécurisé, plus respectueux de l’environnement, plus souverain. Mais aussi un modèle qui ne fasse pas que l’industrialisation de l’Afrique, sous l’égide de la stratégie chinoise, s’accomplisse au prix de la désindustrialisation de l’Europe. Elle doit être vigilante.

Cette vigilance acquise, les Européens pourraient et devraient se donner un objectif : soutenir les efforts des Africains dans la définition de leur stratégie de développement industriel, stratégie incluant mais ne se limitant pas à la création de ZES.

Pour soutenir les efforts des responsables africains, il faut éviter que ne se constitue dans le domaine de l’ingénierie des ZES un quasi-monopole chinois. L’Europe pourrait aider à la création de consortiums européens, de consortiums africains, de consortiums mixtes africains et européens. Non pas pour contrer le dynamisme chinois, mais pour être mis au service d’un développement équilibré des différentes parties du monde.

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Webinaire du CAPP, MARDI 15 JUIN de 10 h 30 à 12 h 15 (H Paris) : « L’état de la coopération économique Europe-Afrique et comment la dynamiser »

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