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Grégory Clemente, DG de Proparco : « L’Afrique est toujours notre priorité, et notre raison d’être est d’accompagner les acteurs locaux »

9 avril 2018
Grégory Clemente, Directeur général de Proparco, la filiale de l’AFD dédiée au secteur privé. © Alain Goulard
À quelques jours de la présentation du bilan 2017 du Groupe, avec Rémy Rioux, DG du Groupe Agence française de développement (AFD), Grégory Clemente, Directeur général de Proparco, la filiale de l’AFD dédiée au secteur privé, nous a accordé cet entretien exclusif. Son message central : l’Afrique reste plus que jamais la priorité !

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Propos recueillis par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris
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Quels sont les chiffres qui mesurent votre activité de soutien aux entreprises françaises en Afrique ?

Grégory Clemente - Nous accompagnons aujourd’hui plus de 450 clients dans 80 pays émergents ou en développement, dont une grande partie se trouve en Afrique. En moyenne sur les dernières années, environ 30% de nos projets impliquaient des entreprises françaises, soit en tant qu’intermédiaires financiers (fonds promus par des entreprises françaises, banques), intermédiaires industriels (agro-industrie, énergies renouvelables, etc.) ou fournisseurs, par exemple pour la construction des centrales solaires.

Selon quels critères décidez-vous de soutenir les entreprises qui vous sollicitent ?

Grégory Clemente - Ce sont avant tout la contribution aux objectifs de développement et la viabilité du projet qui détermineront si un financement sera apporté par Proparco.

Nous accompagnons et finançons l’ensemble des acteurs privés, de l’entrepreneur local au groupe bancaire régional, dès lors que leurs projets sont viables et qu’ils contribuent à la croissance et au développement durable. J’entends par là la création d’emplois, la lutte contre le changement climatique, l’accès aux biens et services essentiels, etc.

Donc, vous vous concentrez sur les secteurs-clés du déveleoppement ?

Grégory Clemente - Tout à fait, nous nous concentrons sur les infrastructures avec un focus sur les énergies renouvelables, sur l’agro-industrie, les institutions financières, la santé et l’éducation.

Je tiens à préciser que nous ne soutenons pas uniquement des entreprises, une grande partie de notre activité vise le renforcement du secteur financier. Notre modèle économique ne nous permet pas d’intervenir à grande échelle sur des projets nécessitant un financement inférieur à quelques millions d’euros. Nous soutenons donc en direct des PME ou des start-ups au cas par cas et les invitons plus généralement à se tourner vers les banques commerciales – auxquelles nous accordons des lignes de financement dédiées aux PME –, ou vers des fonds de capital-investissement ou de capital-risque, que nous soutenons également.

Proparco est depuis depuis toujours très impliquée en Afrique…D’ouest en Est, en passant par l’Afrique du Nord, quels exemples significatifs du financement Proparco citeriez-vous ?

Grégory Clemente - En effet, depuis la création de Proparco il y a quarante ans, l’Afrique est toujours notre priorité géographique. C’est donc sur ce continent que se trouvent un grand nombre de nos projets les plus emblématiques.
En Afrique de l’Ouest par exemple, nous avons joué un rôle prépondérant dans le financement des deux premières centrales solaires privées du Sénégal. Ces deux centrales de 30 MW couvrent aujourd’hui les besoins en énergie de 450 000 Sénégalais.
Ce projet illustre bien l’expertise française dans le financement et le développement des énergies renouvelables puisque l’on trouve aux côtés des acteurs sénégalais le fonds français Meridiam, Eiffage et la filiale d’Engie Solairedirect.

Proparco a également contribué activement au financement du plus grand complexe solaire au monde actuellement en construction à Benban, en Égypte. Avec la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale, et la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), nous avons travaillé pendant près de deux ans avec les autorités égyptiennes pour assurer la soutenabilité du premier programme de tarif de rachat garanti du pays.
Nous avons été les premiers à annoncer notre participation au financement de ce projet pharaonique. Au total, nous avons participé au financement de cinq centrales de ce complexe pour un montant total de 116 millions d’euros.

Et en Afrique de l’Est, que les entrepreneurs français découvrent avec de plus en plus d’intérêt ?

Grégory Clemente - La coopérative pour le développement du thé kenyan – KTDA – est également un très bon exemple de notre engagement pour le développement en Afrique. Nous accompagnons cette coopérative, qui regroupe 600 000 petits producteurs kenyans, depuis 2001. Les différents prêts accordés à KTDA ont permis la construction de nouvelles usines de production et de mini-centrales hydrauliques pour couvrir une partie des besoins énergétiques de ces usines. L’impact de ces financements est ici aussi majeur puisque chacun d’entre eux a bénéficié à des dizaines de milliers de producteurs.

Vous affichez des ambitions toujours croissantes pour l’Afrique, quels moyens mobilisez-vous pour les réaliser ?

Grégory Clemente - Nous mettons en œuvre depuis début 2017 une nouvelle stratégie, particulièrement ambitieuse puisque notre objectif est de doubler nos engagements annuels et tripler nos impacts pour le développement, d’ici à 2020. Pour y parvenir, nous avons renforcé et réorganisé nos équipes afin d’être en mesure d’adapter continuellement notre offre aux besoins du secteur privé dans les pays émergents et en développement.

Cela se traduit notamment par la mise en place de nouveaux produits financiers. Par exemple, nous avons effectué en 2017 notre première opération de trade finance avec 4 filiales d’Ecobank en Afrique de l’Ouest.

Cela passe également par une augmentation significative de nos engagements sous forme de fonds propres ou de quasi fonds propres, qui répond à une forte demande sur le continent africain. Nous visons d’y consacrer 25% de notre activité d’ici à 2020, c’est-à-dire 500 millions d’euros chaque année.
Cela se traduit enfin par un accompagnement accru de nos clients sur les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance, facteurs de réussite et de résilience pour les entreprises.

On entend souvent dire que les Français doivent travailler plus en équipe pour l’export. Cela signifierait quoi, concrètement, pour Proparco ?

Grégory Clemente - La raison d’être de Proparco est d’accompagner les acteurs locaux. Les entreprises que nous accompagnons doivent être immatriculées dans nos pays d’intervention, il s’agit donc principalement d’entreprises locales, même si l’on compte aussi parmi nos clients des filiales d’entreprises françaises. Notre mission et nos critères d’intervention nous distinguent donc des acteurs français dédiés à l’export. Mais les synergies sont nombreuses.

Proparco finance des secteurs clés pour le développement sur lesquels des filiales d’entreprises françaises ont une véritable valeur ajoutée à faire valoir, je pense notamment au secteur des énergies renouvelables. On observe en effet dans nos pays d’intervention une véritable demande d’expertise, de conseil et de savoir-faire français. Le développement et la promotion des intérêts français ne sont donc absolument pas incompatibles, bien au contraire !

Quels sont vos partenaires institutionnels de prédilection ?

Grégory Clemente - Proparco travaille depuis de nombreuses années avec l’ensemble des acteurs français tournés vers l’international. Par exemple, le partenariat entre Proparco et BPIfrance sur le fonds Averroès, destiné au développement du capital investissement en Afrique, date de 2003 ! La troisième génération de ce fonds a d’ailleurs été lancée en 2016.

Le rapprochement entre notre maison mère et la Caisse des Dépôts et Consignations, concrétisé notamment par la création d’un véhicule commun d’investissement dans les infrastructures, et l’intégration prochaine d’Expertise France dans le groupe AFD sont quelques-unes des initiatives qui renforcent l’écosystème français tout en servant le développement. L’AFD joue d’ailleurs un rôle fondamental en œuvrant auprès des autorités à l’amélioration de l’environnement des affaires.

Au final, ces échanges profitent à tous en maximisant les chances pour les entreprises françaises d’être pertinentes sur les géographies d’intervention du groupe tout en permettant à Proparco de mieux connaître ses marchés et d’adapter son offre aux besoins de ses clients.

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