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Rencontres d’affaires franco-congolaises à la CCI Paris Île-de-France

Didier Mavouenzela, Président de la CCIAM de Pointe-Noire : « Le vrai challenge pour le Congo et l’Afrique, c’est d’industrialiser nos modes de vie »

23 mars 2018
Da gauche à droite, les personnalités ayant participé aux Rencontres d’affaires franco-congolaises co-organisées vendredi 23 mars à Paris avec la CCI Paris Ile-de-France : Philippe Solignac, vice-Président de la CCI Parus IDF ; SE Paul Maloukou, Ministre conseiller de l’Ambassade du Congo en France ; Didier Mavouenzela, président de la Chambre de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Métiers de Pointe-Noire ; mme Estelle Gillot-Vallet, Responsable du Service Afrique, Proche et Moyen Orient de la CCI Paris IDF. © AM/AfricaPresse.Paris
Lors des Rencontres d’affaires franco-congolaises co-organisées vendredi 23 mars à Paris avec la CCI Paris Ile-de-France, le président de la Chambre de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Métiers de Pointe-Noire, capitale économique du Congo, a longuement détaillé les atouts dont dispose son pays pour accueillir investisseurs et chefs d’entreprise français. Selon Didier Mavouenzela, beaucoup d’opportunités sont à saisir au Congo, notamment dans les industries de transformation agroalimentaire et en matière de formation.

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Propos recueillis par Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris
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Quels sont les atouts que le Congo peut faire valoir pour inciter les chefs d’entreprise et les investisseurs français à s’intéresser à votre pays ?

Didier Mavouenzela – Ces atouts sont liés à notre géographie car celle-ci offre au Congo un avantage comparatif par rapport aux autres pays : un réseau hydrographique dense avec les opportunités que cela génère, l’existence de nombreuses terres arables et donc de l’agroalimentaire, de la pêche continentale, mais aussi l’exploitation forestière ainsi qu’un sous-sol riche.

Mais le vrai challenge pour le Congo, et plus largement pour l’Afrique, c’est d’industrialiser nos modes de vie. Aujourd’hui ceux-ci sont encore artisanaux ; il faut arriver à les industrialiser et nous avons beaucoup de marge car tout ce que nous consommons est fait de manière artisanale.
Par exemple nous n’avons pas d’équipements de transformation des produits agricoles et cela constitue un véritable frein.

L’avenir de l’Afrique, c’est l’industrialisation, en commençant par nos modes de vie et de consommation. Et là, nous bénéficions d’un avantage culturel par rapport à d’autres. C’est comme cela que l’Afrique va se développer : en créant d’abord des entreprises locales pour industrialiser nos modes de vie, nos habitudes de consommation, et ensuite en exportant puisque nous disposons d’une forte diaspora africaine en Europe et partout dans le monde, ce qui nous ouvre des opportunités pour approvisionner ces marchés avec nos produits tropicaux.

Quelles sont les industries de transformation prioritaires à développer ?

Didier Mavouenzela – Ce sont les industries qui concernent nos habitudes alimentaires. Il faut transformer tous les produits que nous consommons : le manioc, les fruits et légumes, etc., ainsi que la préparation de mets africains plus élaborés.

Mais l’un des premiers problèmes n’est-il pas la conservation des produits agricoles ?

Didier Mavouenzela – Vous avez raison, c’est le premier problème. Aujourd’hui, 10 % des produits agricoles récoltés vont à la poubelle car les invendus ne sont pas transformés ou conservés.

Une vue de la salle des participants aux Rencontres d’affaires franco-congolaises, co-organisées vendredi 23 mars 2018 à Paris par la CCI Paris Ile-de-France et la Chambre de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Métiers de Pointe-Noire, capitale économique du Congo. © AM/AfricaPresse.Paris

Vous avez évoqué la « centricité » du Congo par rapport à l’ensemble de l’Afrique centrale, mais n’y a-t-il pas encore trop de barrières de toutes sortes qui freinent le commerce entre tous ces pays ?

Didier Mavouenzela – Oui, il y a encore beaucoup de barrières. C’est pourquoi je salue la signature du traité créant une zone de libre-échange (1). Cependant, signer un accord est un fait, mais le rendre maintenant exécutoire, c’est autre chose. Nous espérons que toutes ces barrières soient levées, notamment les barrières non tarifaires et administratives qui empêchent le développement du commerce en Afrique. Et nous comptons bien nous battre pour cela.

Le cadre juridique congolais pour attirer les investisseurs français – ou la diaspora guinéenne et africaine – vous paraît-il aujourd’hui suffisamment incitatif ?

Didier Mavouenzela – Non, je pense qu’on peut encore faire mieux, comme donner des facilités aux opérateurs. Mais il faut savoir que le cadre actuel est commun à 17 États, qu’il est déjà attractif et permet de travailler. Le problème, ce n’est pas tellement le cadre, c’est l’application. C’est pourquoi nous mettons davantage l’accent sur ce point, car les administratifs en charge de mettre en œuvre la loi doivent l’appliquer correctement, sinon cela peut créer des freins pour les entreprises.

Quelles sont vos espérances dans le domaine numérique pour les entreprises congolaises ?

Didier Mavouenzela – Chaque entreprise congolaise doit intégrer le numérique dans sa gestion, dans son organisation, dans sa production. C’est comme cela qu’elles vont passer un cap et gagner des points de croissance. Il faut donc de la pédagogie pour expliquer à chaque entreprise à quoi sert le numérique, mais il faut aussi un encouragement de l’État, comme peut-être la possibilité de défiscaliser tous les investissements dans le domaine du numérique.

Pourquoi la CCIAM de Pointe-Noire a-t-elle investi dans la numérisation d’un Centre de formation mécanique automobile ?

Didier Mavouenzela – Nous aurions pu le faire dans un autre secteur, mais il est vrai que nous avons saisi une opportunité : l’un de nos partenaires disposait d’équipements, et cela nous a facilité la tâche. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui au Congo, nous avons besoin de formation dans tous les domaines.
Ce Centre de formation mécanique a été créé il y a dix ans avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Seine-Saint-Denis. Nous avons voulu le faire évoluer pour qu’il devienne un Centre national du numérique automobile, parce que c’est l’avenir : demain – et peut-être même déjà aujourd’hui – les mécaniciens qui ne sauront pas diagnostiquer ne pourront pas travailler sur les véhicules actuels et futurs.

Le Congo a connu, vous l’avez rappelé au cours de la conférence, un régime marxiste pendant trente ans. Quel retour d’expérience en avez-vous tiré aujourd’hui, et que demandez-vous au secteur privé ?

Didier Mavouenzela – Le marxisme fait partie de notre histoire qui, comme la géographie, a un impact sur l’économie de chaque pays. Le fait que nous ayons été marxistes explique que nous n’avions pas, ou très peu, d’entrepreneurs. N’entreprenait que celui qui n’avait pas réussi à l’école !

Cela nous a causé beaucoup de retard. Là où les autres pays africains sont déjà avancés, nous commençons seulement maintenant parce que, avec le marxisme, l’initiative privée n’était pas soutenue. Aujourd’hui, nous voulons rattraper ce retard et nous demandons au secteur privé de se secouer, de se mobiliser. Et surtout, nous voulons sensibiliser la nouvelle génération à l’entrepreneuriat.

Nous mettons un point d’honneur à aller dans les écoles pour parler aux jeunes, car ils doivent se mettre déjà en tête qu’après leurs études, ils peuvent créer eux-mêmes leur propre emploi en devenant entrepreneur. C’est le combat que nous voulons mener : pour les jeunes et les entreprises.

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(1) Mercredi 21 mars, lors d’une réunion de l’Union africaine (UA) à Kigali (Rwanda), 44 pays africains – dont des poids lourds comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Maroc, l’Algérie et l’Égypte – ont signé un accord historique qui crée une zone de libre-échange continentale (ZLEC) où les droits de douane devraient être supprimés sur 90 % des produits d’ici cinq à dix ans, et représenter à terme un marché de 1,2 milliard de consommateurs.
Les onze pays africains non-signataires souhaitent davantage de garanties avant de s’engager : c’est notamment le cas du Nigeria, mais aussi entre autres du Bénin, de l’Érythrée, du Burundi, de la Namibie et de la Sierra Leone. Les signataires disposent à présent 180 jours pour ratifier le traité.

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