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COP23 et changement climatique :
IM et FEMISE, acteurs académiques incontournables en Méditerranée

6 novembre 2017
Le Dr. Constantin Tsakas, Délégué général de l’Institut de la Méditerranée et secrétaire général du FEMISE. © DR
À quelques jours de sa participation à la COP23 de Bonn, le Dr. Constantin Tsakas, Délégué général de l’Institut de la Méditerranée et SG du FEMISE, présente en avant-première dans cet entretien un aperçu du processus évolutif mis en place pour enrichir la connaissance des enjeux climatiques en Méditerranée. L’objectif, auquel contribue l’Association ÉNERGIES 2050 : esquisser des pistes de réflexion et d’action pour l’avenir.

En Méditerranée les conséquences des changements climatiques seront toujours plus fortes qu’ailleurs. La réduction des émissions de gaz à effet de serre et la prise en compte des besoins en adaptation des pays riverains sont plus que jamais des nécessités.

C’est pourquoi, acteurs engagés dans la mise en œuvre du développement durable dans l’espace euro-méditerranéen, l’Institut de la Méditerranée (IM) et le FEMISE (Forum euroméditerranéen des Instituts de Sciences économiques) collaborent depuis deux ans avec l’Association ÉNERGIES 2050 sur des thématiques liées aux questions climatiques, environnementales et énergétiques.

Dans le cadre de leur partenariat, ces trois associations réalisent un rapport, actualisé sur base annuelle, sur les enjeux climatiques en Méditerranée, mettant en perspective les réalités économiques des pays de la rive Sud, et suggérant des pistes d’action et des recommandations politiques.
L’édition 2016, sous la direction d’ENERGIES 2050, a été présentée dans le cadre de la COP22 à Marrakech (disponible au téléchargement ici). Une version préliminaire (draft) de la prochaine édition (2017/18), co-écrite par les trois partenaires, sera présentée à la COP23 (Bonn, 9 Novembre 2017) lors d’un atelier commun afin d’y intégrer ultérieurement les échanges avec les acteurs présents.

Délégué général de l’Institut de la Méditerranée et secrétaire général du FEMISE, le Dr. Constantin Tsakas présente en avant-première dans notre entretien un aperçu des pistes de réflexions pour l’avenir.

Quelle sera la plus-value de cette édition 2017/2018 de votre rapport Climat ?

Dr. Constantin Tsakas – Cette édition explorera davantage les progrès effectués par les pays partenaires du Sud de la Méditerranée (PM) pour faire face aux menaces du changement climatique. Plus précisément, ce nouveau rapport permettra de les positionner vis-à-vis de l’Accord de Paris. Comme vous le savez, ce dernier engage tous les signataires à contenir le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », à atteindre la neutralité carbone, à coopérer dans le renforcement d’une « éducation au changement climatique »... Son caractère ouvert et évolutif permet de renforcer les engagements pour atténuer les effets du changement climatique au fil du temps. L’édition 2017/2018 du rapport permettra donc d’évaluer un peu mieux la cohérence des actions d’atténuation et d’adaptation passées et présentes des PM

Les pays partenaires du Sud de la Méditerranée (PM) sont-ils bien placés sur l’échelle internationale en ce qui concerne leurs efforts d’atténuation et d’adaptation ?

Dr. Constantin Tsakas – Des pays comme le Maroc sont nettement en avance en termes de politiques et d’actions. Le Maroc a été l’un des premiers pays de la région à signer et ratifier l’Accord de Paris.
Mais même avant cette date, ce pays avait déjà mis en place des lois sur la protection et la conservation de l’environnement, sur la lutte contre la pollution atmosphérique et sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement.
En outre, en 2008 le gouvernement avait mis en œuvre le « Plan Vert pour le Maroc » qui représentait une politique de long terme (2008-2020) axée sur la durabilité du secteur agricole.

D’autres pays comme la Tunisie, sont plus en retard mais semblent faire preuve d’une certaine volonté d’aller de l’avant. Avant de ratifier l’Accord de Paris (mars 2017), le gouvernement tunisien avait pris des initiatives pour limiter les effets du changement climatique sur le plan national. En termes de législation, la Tunisie était l’un des rares pays à reconnaître le changement climatique dans sa Constitution.

Cela dit, nombreux sont les pays qui semblent se réformer principalement sur papier, ou qui sont confrontés à des réticences liées aux intérêts économiques déjà établis. L’Accord de Paris et les lois sur la protection de l’environnement sont souvent perçus comme des obstacles à l’activité économique et les régimes politiques hésitent à adopter des réformes pro-environnementales. De façon générale, on note une nette différence entre ce qui a été convenu et les résultats obtenus. Par ailleurs, on observe une faible coopération entre les pays méditerranéens lors des grands sommets, ce qui signifie que même s’il existe parfois des initiatives nationales, elles sont condamnées à ne pas se traduire par une réponse régionale de taille.

Justement, comment remédier au manque de coordination des PM en matière de politique environnementale ?

Dr. Constantin Tsakas – Plusieurs programmes et institutions œuvrant en Méditerranée existent pour les aider dans le processus de mise en œuvre des politiques d’atténuation et de sensibilisation au changement climatique.

L’Union pour la Méditerranée (UpM) offre une vision générale pour un développement à faible émission de carbone. La Convention des Nations Unies pour la protection du milieu marin et des régions côtières de la Méditerranée (Convention de Barcelone) fournit un cadre juridique et institutionnel indispensable à une action concertée entre les pays MED.

Des réseaux méditerranéens d’experts (FEMISE, MedECC, ANIMA, Plan Bleu) peuvent également être mobilisés comme passerelles entre la communauté scientifique et les décideurs politiques des PM car ils ont un grand potentiel de diffusion d’études politiquement pertinentes. Enfin, des Fonds sont actifs dans la région et peuvent soutenir de manière significative la mise en place de projets climatiques.

Que souhaitez-vous accomplir avec la présence de l’Institut de la Méditerranée et du FEMISE, lors de cette COP23 de Bonn ?

Dr. Constantin Tsakas – La présence de l’Institut de la Méditerranée et du FEMISE lors de la COP23, grâce au partenariat avec ENERGIES 2050, nous permettra d’échanger avec les acteurs de la société civile, les représentants des secteurs public et privé et les experts territoriaux présents à cet événement.

Ces échanges entre académiques, opérationnels et opérateurs de tous genres permettront d’obtenir des retours sur les opportunités exceptionnelles que l’environnement présente en termes de croissance, d’investissement, de création d’emplois et de cohésion sociale. Les débats enrichiront le rapport que nous co-publierons avec notre partenaire ENERGIES 2050.

À la suite de la COP23, l’édition 2017-2018 du rapport « Les défis du changement climatique dans une Méditerranée en transition - De l’accord de Paris au défi de la mise en œuvre » sera ainsi finalisée, pour être ensuite présentée lors d’un événement de lancement organisé par l’Institut de la Méditerranée en partenariat avec ENERGIES 2050 et FEMISE – à Marseille, vers la fin du premier trimestre 2018.

Là aussi, une discussion autour des conclusions du rapport avec les acteurs territoriaux leur permettra de communiquer autour de leurs politiques environnementales.

Certaines de leurs recommandations pourront ensuite être illustrées dans le cadre de l’édition 2019, dans un processus qui reste avant tout évolutif. L’atelier de Marseille illustrera aussi la dynamique engendrée par nos trois associations et présentera les dernières recherches de nos réseaux respectifs sur les questions climatiques.

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AIFA 2017 - le 23 novembre à Paris
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