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Aziz Rabbah, ministre marocain de l’Énergie : « Nous voulons intégrer la CEDEAO car l’Ouest africain a besoin d’être beaucoup plus fort »

21 mars 2018
Aziz Rabbah, ministre marocain de l’Énergie, des Mines et du Développement durable. © Bruno Fanucchi
Ministre marocain de l’Énergie, des Mines et du Développement durable, Aziz Rabbah partage dans cet entretien son appréciation du IVe Forum de Dakhla, qui vient de se tenir du 15 au 20 mars. De nombreuses personnalités politiques et décideurs économiques y ont participé, venant de plus d’une centaine de pays, dont 49 africains sur 54. Un succès qui témoigne de l’attractivité économique du Royaume, estime le ministre, qui détaille aussi les raisons pour lesquelles le Maroc veut intégrer la Cedeao.

Propos recueillis à Dakhla par Bruno Fanucchi

Organisée par le Forum Crans Montana, cette quatrième édition était consacrée cette année au développement de la coopération Sud-Sud. Que faut-il en retenir ?

Aziz Rabbah – Tout le monde veut venir à Dakhla parce qu’il y a ici, au Maroc, une grande stabilité politique et une attractivité économique certaine, dont témoigne le succès du Forum. Mais précisément, c’est Dakhla et sa région qui en bénéficient, car ce Forum est précisément organisé pour que Dakhla soit encore plus attractive. Nous avons ainsi décidé, avec Monsieur le Premier ministre, d’être présents ici, d’exprimer notre point de vue, de rencontrer les décideurs qui y sont venus et de leur présente bien sûr nos plans, nos programmes, notre stratégie et notre façon de considérer la coopération.

C’est une coopération africaine sud-sud et “win-win”, mais pas en termes commerciaux : le Maroc ne parle jamais seulement en termes de commercial, car cela ne suffit pas. C’est un gagnant-gagnant stratégique en termes de sécurité, de prospérité et d’unité des pays, de création d’un climat favorable pour l’épanouissement de la population africaine, qui peut dépasser de loin le gain commercial : on peut gagner moins en termes commercial et financier, mais l’on peut gagner plus en termes de sécurité et de prospérité… D’où la nécessité d’aller vers ce type d’événements qui doivent être décentralisés. On peut aussi régionaliser, thématiser et sectoriser ce type de forums pour trouver des réponses aux différentes questions africaines.

Sur le plan économique, quelles sont vos attentes concrètes à l’issue du Forum ?

Aziz Rabbah – Mon attente est de voir des co-entreprises se concrétiser dans tous les secteurs : entre les hommes et les femmes d’affaires, entre les acteurs de la presse africaine, du tourisme africain, entre les acteurs culturels et intellectuels. Ce sera ma grande fierté de voir toutes ces co-entreprises se concrétiser à l’échelle africaine, et que tout le monde en soit ainsi gagnant.

Après l’Union africaine, le Maroc s’apprête à rejoindre la CEDEAO, Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest. Avec quel objectif ?

Aziz Rabbah – Nous considérons que, même à l’échelle africaine, nous avons besoin d’un libre-échange équitable. C’est-à-dire d’un libre-échange qui élimine d’abord les frontières, réduit la partie technique et logistique qui manque à l’économie africaine. D’où la nécessité d’améliorer davantage la logistique aérienne, maritime, terrestre entre les pays africains.

On a bien sûr besoin d’une circulation très fluide des services, des produits et des solutions à l’échelle africaine. Parce qu’on a commencé à voir des solutions africaines qui émergent, et il nous faut les tester et les lancer à l’échelle africaine au lieu de les mener à bien de manière très restreinte dans chaque pays.

Nous avons de belles expériences, que ce soit dans le monde rural ou urbain, pour l’économie comme pour le social, et nous avons besoin de véhiculer et promouvoir ces solutions à l’échelle du Continent. D’où la nécessité d’éliminer les blocages entre les pays africains, que ces blocages soient politiques, économiques ou douaniers.

Maintenant, nous voulons intégrer la CEDEAO parce que nous considérons que l’Ouest africain a besoin d’être beaucoup plus fort et que nous avons besoin d’aller beaucoup plus loin en termes de connectivité, de richesses, de partage d’expériences… Peut-être rencontrerons-nous quelques problèmes ou blocages, mais nous allons vers une adhésion progressive.
Si l’on ne peut pas obtenir plus d’adhésion et un échange plus libre et efficace entre les pays africains, on peut au moins sectoriser l’échange. Je vous donne un exemple, parce que j’en suis responsable : pour la création des mines et le développement de la valeur ajoutée minière, on peut avoir une certaine liberté. Pour l’agriculture, on peut aussi avoir une certaine liberté. C’est-à-dire que l’on peut aussi bien établir un libre-échange global qu’un libre-échange sectoriel. Notre ingénierie doit pouvoir nous présenter nous présente des solutions en ce sens.

Quels sont les potentiels de la région de Dakhla par rapport aux autres régions du Maroc ?

Aziz Rabbah – Avec le vaste programme qui a été lancé par Sa Majesté Mohamed VI pour toute la zone du Sud et les 74 ou 77 milliards de dirhams sur 5 ans pour cette première phase qui englobe les infrastructures de mobilité terrestre, maritime et aérienne, mais également la logistique, l’agriculture, la pêche, les mines, les phosphates, le tourisme, la culture, le social, le développement urbain, je crois que du Nord au Sud les régions s’imposent comme des entités très compétitives et vont se concurrencer entre elles. Et c’est cela l’objectif de la régionalisation : chaque région doit avoir sa propre vocation, doit s’imposer comme compétiteur, doit créer sa propre valeur ajoutée, doit attirer ses investisseurs, doit convaincre le monde par une forte mobilisation de tous les acteurs… et je crois que l’on pourra réussir à concrétiser cette ambition.

D’où la nécessité pour la région de Dakhla d’aller plus loin. Je crois qu’elle développer davantage nos activités, comme le tourisme, l’agriculture, la pêche, l’énergie, les mines. Il y a aussi le hub qui doit être ouvert aux pays africains. Voici un exemple : quand certains frères ou hommes d’affaires américains voyagent vers l’Afrique, ils passent par des aéroports de transit comme Casablanca, Le Caire ou Nairobi. Mais si l’on passait demain par Dakhla ou d’autres hubs qui sont très proches, on gagnerait beaucoup de temps et de flexibilité pour les Africains et les affaires.

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