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Arimiyao Tchagnao, Président de la CONAPP,
 veut organiser la montée en gamme de la presse et des journalistes du Togo

17 juin 2018
Arimiyao Tchagnao, Président du Conseil national des Patrons de Presse (CONAPP) du Togo (au centre) entouré de Sama Djobo Tetereou, directeur général du bi-hebdomadaire l’Éveil de la Nation (à gauche) et de son conseiller Fabrice Petchez, lors de leur échange avec des journalistes parisiens, vendredi 15 juin 2018 © AM/AfricaPresse.Paris
Élu en mai dernier avec une très belle majorité à la présidence du Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP) du Togo, Arimiyao Tchagnao a déjà entrepris une première tournée européenne, à Paris et à Bonn. Avec un objectif clair : trouver les soutiens professionnels et autres pour tirer vers le haut la qualité de la presse togolaise. À commencer par la qualification des journalistes. Rencontre, à Paris.

Certes, le foisonnement de la presse, parce qu’il est censé témoigner de la vivacité de la démocratie, est a priori une bonne chose. Mais trop, c’est trop, semble dire en filigrane le patron des patrons de presse togolais. En effet, relève-t-il, comment un petit pays au niveau de vie plus que modeste et d’à peine 7 millions d’habitants peut-il s’offrir jusqu’à 13 télévisions, 80 radios – dont 33 pour la seule capitale Lomé – 50 sites d’information et autres supports divers en papier, pour un total de 400 titres ? Poser la question, c’est déjà y répondre…

« Il y a une liberté d’expression au Togo », affirme donc Arimiyao Tchagnao. Mais il déplore aussitôt des dérapages car beaucoup de journalistes « ne sont pas formés… et qu’il suffit de 15 à 20 euros pour faire enregistrer un titre de presse ».

Bien sûr, au Togo comme ailleurs, certains supports sont proches du gouvernement, tandis que d’autres le sont de l’opposition, mais tous bénéficient d’un « bien commun » : « Il n’y a pas d’emprisonnement pour délit de presse au Togo. C’est un cas unique en Afrique de l’Ouest », précise Sama Djobo Tetereou, directeur général du bi-hebdomadaire l’Éveil de la Nation (à gauche sur la photo).
En revanche, il n’y a pas non plus de convention collective qui garantirait l’exercice serein de la profession, et la situation de précarité économique de très nombreux journalistes en fait des proies faciles pour la corruption. Autre lacune, que relève Fabrice Petchezi, conseiller du président du CONAPP : « Il n’y a aucun cadre légal pour la presse en ligne ».

Après l’énoncé de ces différents problèmes relatifs à la situation de la presse et à l’exercice de la profession de journalistes au Togo, le président Arimiyao Tchagnao a clairement affirmé son souhait de trouver parmi les professionnels français les formateurs avec lesquels enclencher dans les meilleurs délais un processus vertueux de montée en gamme de la qualification des journalistes. Dont acte… en espérant qu’il soit entendu par les éditeurs de presse et autres entités (écoles de journalisme…) pouvant s’impliquer dans la formation, ou pouvant contribuer à son financement (Quai d’Orsay, OIF…).

Que comprendre du blocage actuel
de la situation politique du Togo ?

Au-delà des questions professionnelles, la présence de cette délégation de la presse togolaise fournissait une « trop belle » occasion, certes, pour ne pas s’enquérir l’actualité quelque peu confuse de la vie politique togolaise, où le débat est vif autour de la question de la candidature du président Faure Gnassingbé à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2020.

S’exerçant à synthétiser pour leurs auditeurs plus de vingt ans d’histoire politique du Togo, Arimiyao Tchagnao et ses collaborateurs ont notamment rappelé que « depuis toujours l’opposition courait après la limitation des mandats à deux, et l’élection à deux tours. Or, à la suite d’une importante manifestation organisée par l’opposition le 19 août 2017, le gouvernement lui a donné gain de cause », par un projet de loi présenté dès septembre 2017.
Mais aujourd’hui, l’opposition – ou en tout cas une partie de celle-ci – revendique le retour à la Constitution de 1992, laquelle prévoyait (déjà) la limitation à deux mandats… et ainsi le président Faure Gnassingbé ne pourrait pas se présenter en 2020, étant déjà en train d’accomplir un troisième mandat…

Si l’on voit clairement l’objectif des tenants de ce retour à la Constitution de 1992, il n’en reste pas moins que la Constitution actuelle, modifiée en 2002, est le seul cadre légal de la vie publique du Togo, et dans lequel se sont d’ailleurs déroulées plusieurs élections, tant législatives que présidentielles (2005, 2010 et 2015).

Aujourd’hui, tout le monde ou presque – gouvernement et opposition – se dit d’accord pour qu’à l’avenir la limite des deux mandats soit respectée. Certains, en revanche, ne veulent pas que le président actuel puisse se représenter. Mais, quelles que soient les considérations politiques, on ne saurait ignorer que cette option ouvrirait la voie à une monstruosité juridique en abolissant le principe universel de non-rétroactivité de la loi…

Englués dans cette situation plus que confuse, les Togolais ont fait appel aux bonnes œuvres de l’Union africaine, laquelle a délégué la mission de facilitateur à la Cedeao. Celle-ci réussira-t-elle à sortir le Togo de l’impasse ? « Il y a peu de chances que ce soit le cas à temps pour les législatives prévues en août prochain, mais pourquoi pas quelques mois plus tard… Et en tout cas ce n’est pas impossible d’ici à la présidentielle de 2020 », estiment les patrons de presse de passage à Paris. Et, philosophes, ils concluent leur propos par un dicton africain : « Celui qui mange la main du gorille doit ensuite faire bien attention à sa propre main ! »

Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris