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SEM Joël RAULT, Ambassadeur de Maurice à Paris : « Le plus grand risque pour l’avenir est de ne pas être en Afrique »

27 avril 2026
SEM Joël RAULT, Ambassadeur de Maurice à Paris : « Le plus grand risque pour l'avenir est de ne pas être en Afrique »
SEM Joël RAOULT, Ambassadeur de l’Île Maurice à Paris. Photo © DR.
Dans deux semaines, les 11 et 12 mai, Nairobi accueillera le Sommet #AfricaForward, premier sommet Afrique-France à se tenir dans un pays anglophone. L’occasion de mesurer comment l’Île Maurice, nation à la fois anglophone et francophone, s’est imposée comme un hub économique et financier de référence pour les affaires sur le continent africain.

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Entretien par Denis DESCHAMPS,
pour AFRICAPRESSE.Paris (APP)
@DjuliusD @africa_presse

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SEM Joël Rault, Ambassadeur de Maurice à Paris, nous expose les ressorts de cette réussite : stabilité politique, lisibilité réglementaire, et une attractivité pleinement assumée.

APP - Pouvez-vous tout d’abord nous faire part de votre parcours, qui est assez particulier pour un diplomate ?

SEM Joël Rault – Mon parcours est en effet atypique. J’ai exercé les fonctions d’Ambassadeur de Maurice à Paris à deux reprises — une première fois à partir de 2014, une seconde à partir de septembre 2025 — ce qui est assez rare dans le monde diplomatique.

Entre ces deux mandats, j’ai eu une trajectoire délibérément tournée vers l’action économique. J’avais débuté ma carrière en enseignant le droit fiscal international à la faculté de droit de La Réunion, où j’ai développé une expertise sur les liens entre l’Inde, l’Afrique et Maurice.

De retour à Maurice en 2005, j’ai participé à la refonte de la législation touristique comme directeur de la Tourism Authority, avant d’être nommé conseiller du ministre du Tourisme, puis du ministre des Finances, entre 2008 et 2012. J’ai notamment contribué à l’élaboration de trois lois de finances, dont l’une posait les trois principes fondateurs de la stratégie africaine de Maurice : Maurice est africain ; Maurice n’est pas sur le continent ; Maurice agit comme facilitateur au service du continent.

En 2017, après mon premier mandat d’Ambassadeur, j’ai fondé à Paris Hermes Advisory, une plateforme de conseil stratégique accompagnant des investisseurs désireux d’opérer en Afrique ou en France : veille, implantation, représentation, développement des affaires. Le succès de cette activité m’a conduit à rejoindre le cabinet Franklin jusqu’en juin 2025, avant de reprendre mes fonctions d’Ambassadeur.
C’est cette combinaison – droit, politique, entrepreneuriat, diplomatie – qui fait, je crois, la singularité de mon profil et l’utilité que je peux avoir dans un poste comme celui-ci.

APP - Dans la perspective du Sommet de Nairobi en mai 2026, en quoi pouvez-vous nous dire que Maurice a quelque chose en plus dans la relation entre la France et l’Afrique ?

SEM Joël Rault – Maurice occupe une position véritablement unique et ce à plusieurs titres.
Tout d’abord, ce n’est pas seulement un lieu où l’on investit ; c’est aussi un lieu à partir duquel on structure, on sécurise et on projette l’investissement.

Maurice offre un modèle économique libéral qui repose sur trois piliers concrets. Premièrement, la liberté totale de circulation des capitaux : aucun contrôle des changes, une bourse attractive, des mouvements financiers fluides avec les grands centres bancaires mondiaux.

Deuxièmement, un statut de zone franche non géographiquement délimité – Maurice est membre de la SADC, de la COMESA et de la ZLECAf entre autres – garantissant la libre circulation des marchandises.

Troisièmement, une politique d’ouverture aux personnes : depuis 2010, les ressortissants de la grande majorité des pays africains bénéficient d’une exemption de visa pour entrer à Maurice.

La relation entre la France et Maurice est particulièrement forte, à la fois par son épaisseur historique, sa proximité culturelle et la qualité du dialogue économique qui unit nos deux pays. La France demeure pour Maurice un partenaire stratégique majeur.
Cette relation privilégiée nous a permis de développer une compréhension fine du fonctionnement français, qu’il soit financier, économique, commercial ou réglementaire. À cela s’ajoute l’expertise reconnue de Maurice en matière de centres financiers et d’investissements transfrontaliers.
C’est précisément cette double maîtrise qui nous permet d’apporter une valeur ajoutée singulière : faciliter les opérations, en sécuriser les montages, en fluidifier l’exécution et contribuer à une création de valeur durable, aussi bien pour la France que pour les économies africaines.

APP - Pourquoi donc est-ce mieux avec Maurice ?

SEM Joël Rault – Parce que Maurice a appris, par nécessité, à transformer ses contraintes en atouts.
Après l’indépendance en 1968, tout laissait craindre que la monoculture sucrière condamne le pays à la stagnation. Maurice a fait le choix inverse : diversification vers le tourisme, puis vers le textile – sur le modèle taïwanais –, puis vers les services financiers, et aujourd’hui vers les biotechnologies ou encore la santé.

À chaque étape, ce sont des outils juridiques, financiers et numériques solides qui ont soutenu cette transformation.
Le résultat : un pays de 2 000 km² qui dispose d’une infrastructure institutionnelle comparable à celle de places financières bien plus grandes. Des accords de non-double imposition avec de nombreux États africains, des traités de protection des investissements, des clauses d’arbitrage via notre Chambre nationale ou la CCI, des exemptions douanières négociées – Maurice a bâti, pierre après pierre, un cadre qui sécurise et facilite les investissements dans les deux sens.
Dans un contexte mondial incertain, cette robustesse est un avantage compétitif réel, que la France comme les investisseurs africains ont tout intérêt à utiliser.

APP - Maurice est ainsi un modèle à la fois pour la France et pour l’Afrique ?

SEM Joël Rault – Je le crois sincèrement, et le Sommet de Nairobi en est une bonne illustration.
Pour la France, Maurice peut être un vecteur précieux de d’investissement sur le continent africain en s’appuyant sur Maurice comme plateforme de confiance.
Pour le continent africain, Maurice se positionne comme ce que j’appellerais volontiers un facilitateur de premier rang : une place qui applique des standards KYC et de due diligence rigoureux, qui permet de structurer les investissements dans un cadre juridique fiable, et qui offre une neutralité appréciée dans les relations commerciales et financières internationales.

Ce rôle de filtre et de pont, nous l’exerçons avec nos partenaires du continent dans des secteurs aussi divers que la finance, le tourisme, l’agro-industrie, le textile, les océans ou la santé.
C’est dans cet esprit que nous abordons le Sommet de Nairobi avec optimisme : non comme spectateurs, mais comme acteurs d’une relation Afrique-France que Maurice peut contribuer à rendre plus fluide, plus concrète et plus durable.

APP - Pour conclure sur Maurice et l’Afrique ?

SEM Joël Rault – L’Afrique est le continent de l’avenir – ses ressources, sa jeunesse, l’émergence rapide d’une classe moyenne en font un espace d’une vitalité sans équivalent. Ses 54 pays sont divers, ils avancent à des rythmes différents et avec des priorités propres, ce qui est une réalité qu’il faut aborder avec souplesse plutôt qu’avec des schémas uniformes.

Dans cet ensemble, Maurice a un rôle spécifique à jouer : celui d’une île-pont, ancrée dans l’océan Indien, reliée à l’Europe par l’histoire et aux institutions, reliée à l’Afrique par la géographie, la culture et des décennies de partenariats économiques. C’est dans cette logique de co-développement régional que nous entendons nous inscrire, au service d’un océan Indien stable, prospère et ouvert.

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RÉSERVEZ LA DATE

La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra en deuxième quinzaine du mois de mai

Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Plus d’informations prochainement.

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