Fadimatou Noutchemo : « L’expertise française et européenne sont un levier stratégique pour le décollage de l’aviation africaine »
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Une contribution de Fadimatou NOUTCHEMO
Présidente de la Young African Aviation Professional Association
Professionnelle de l’aviation et actrice engagée pour le développement
du transport aérien en Afrique
Membre de l’Observatoire français de l’Aviation Durable
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Il est aujourd’hui plus facile, plus rapide et parfois moins coûteux pour un Africain de voyager vers l’Europe que de relier deux capitales africaines. Cette situation constitue un frein majeur à l’intégration économique africaine, à la mobilité des talents, au tourisme, aux échanges universitaires, aux investissements et même à l’organisation de grands sommets internationaux comme celui que nous venons de vivre au Kenya.
Si des rencontres internationales réunissant des centaines de décideurs, investisseurs, diplomates et entrepreneurs peuvent encore avoir lieu en Afrique, c’est aussi grâce au rôle structurant joué depuis plusieurs décennies par les partenaires européens – et particulièrement la France – dans le développement des infrastructures, de la formation, des standards de sécurité et de la coopération aéronautique sur le continent.
La France, à travers ses institutions, ses écoles, ses entreprises, son expertise technique et sa diplomatie économique, a contribué à former plusieurs générations de professionnels africains de l’aviation. Des pilotes aux ingénieurs, des contrôleurs aériens aux managers du transport aérien, nombreux sont les cadres africains qui ont bénéficié de cette coopération fondée sur la transmission du savoir et l’excellence opérationnelle.
Au-delà de la technologie et des infrastructures, l’un des plus grands apports de cette coopération reste l’éducation et la compréhension mutuelle. Former des jeunes Africains aux standards internationaux, accompagner les autorités de l’aviation civile, renforcer les capacités locales et favoriser les échanges académiques permettent aujourd’hui de bâtir une aviation africaine plus crédible, plus sûre et plus compétitive.
Mais cette ambition ne pourra réussir sans une prise de conscience forte des États africains eux-mêmes.
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Un outil stratégique
de développement économique
Alors que les compagnies aériennes africaines évoluent dans un environnement extrêmement fragile – coût du carburant élevé, faibles flottes, difficultés d’accès au financement, infrastructures limitées – beaucoup de gouvernements continuent malheureusement d’augmenter les taxes et redevances aériennes au lieu de soutenir leurs transporteurs nationaux et régionaux.
L’aviation ne doit plus être considérée uniquement comme une source immédiate de revenus fiscaux. Elle est avant tout un outil stratégique de développement économique, d’intégration régionale et de souveraineté.
Sans connectivité aérienne efficace, il ne peut y avoir ni véritable Zone de libre-échange africaine, ni développement touristique ambitieux, ni accélération des échanges intra-africains.
L’Afrique doit désormais construire une coopération gagnant-gagnant plus pragmatique avec l’Europe et particulièrement avec la France : une coopération fondée sur le transfert de compétences, le développement industriel, la formation des jeunes, l’innovation, la maintenance aéronautique, les infrastructures, la transition écologique et la mobilité des talents.
L’avenir du transport aérien africain dépendra de notre capacité collective à transformer les discours diplomatiques en actions concrètes. Les sommets internationaux ne doivent pas être uniquement des espaces de discussion, mais des plateformes d’engagement et d’exécution.
L’Afrique possède le potentiel humain, démographique et économique pour devenir l’un des plus grands marchés aéronautiques du XXIe siècle. Mais pour réussir ce décollage, nous devons investir dans nos compagnies aériennes, alléger les contraintes qui freinent leur croissance et renforcer les partenariats stratégiques qui favorisent réellement le développement du continent.
Le ciel africain ne manque pas d’opportunités. Il a simplement besoin d’une vision commune, d’un leadership courageux et d’une coopération internationale intelligente pour enfin prendre toute son altitude.
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