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Anne-Louise MESADIEU, Ambassadeur de l’Île-de-France : « Promouvoir une Francophonie agissante, tel est le sens de mon engagement »

28 mai 2026
Anne-Louise MESADIEU, Ambassadeur de l'Île-de-France : « Promouvoir une Francophonie agissante, tel est le sens de mon engagement »
Anne-Louise MESADIEU, Ambassadeur de la Région Île-de-France. Photo © DR
On la connaît généralement pour ses fonctions de Présidente du Fonds de soutien au cinéma de la Région Ile-de-France, mais Anne-Louise Mesadieu, Ambassadeur et Déléguée spéciale chargée des Relations diplomatiques de l’IDF, est aussi très active dans des diverses actions de partenariat avec plusieurs territoires africains. Tour d’horizon.

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Propos recueillis par Denis Deschamps pour AfricaPresse.paris (APP)

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APP – Voulez-vous tout d’abord nous donner le détail de votre parcours ?

Anne-Louise MESADIEU – De formation juridique et passionnée de philosophie, je suis née à Port-au-Prince, la capitale, et j’habite à Chaville dans les Hauts- de-Seine (92) depuis près de quarante ans. Après un baccalauréat littéraire, je me suis de fait orienter vers le Droit, Université René Descartes Paris V.

Mon parcours est aussi atypique que ponctué de belles rencontres humaines. Élue Miss Haïti de France en 1998, je me suis retrouvée à animer plusieurs émissions de radio sur Tropiques FM, Espace FM, Fréquences Paris Plurielles, et J’ai joué dans deux ou trois films, dont le 1er rôle féminin dans Royal Bonbon de Charles Najman en 2001, d’où peut-être ma passion pour le cinéma.

Puis je me suis engagée en politique auprès de Jean-Jacques Guillet et Valérie Pécresse, après avoir travaillé aux conseils départementaux des Hauts-de-Seine (92) et des Yvelines (78), présidés respectivement à l‘époque par Charles Pasqua et Pierre Bédier.

Élue à Chaville depuis 2009, j’y étais Adjointe à la culture, chargée du « Forum des savoirs » des « Soirées philo », que j’ai impulsées, ainsi que du « Café du Forum », jusqu’aux élections municipales de mars dernier.

APP – Vous êtes Conseillère régionale d’Île-de-France, avec le titre d’ambassadrice et déléguée spéciale, chargée des relations diplomatiques. Quel rôle le Conseil régional d’Île-de-France joue-t-il dans le monde francophone ?

Anne-Louise MESADIEU – La Région Île-de-France est une région-monde, ce qui explique que nous avons des coopérations avec de nombreux pays : Vietnam, Côte d’Ivoire, Arménie, Maroc, Madagascar... Élue depuis 2015, aux côtes de la Présidente, Valérie Pécresse, je siège au titre de la région dans de nombreuses instances, comme l’AIRF (Association internationale des régions francophones), dont la prochaine Assemblée générale se tiendra à Abidjan (Côte d’Ivoire), en juin 2026, en présence de Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la francophonie, et l’OFQJ (Office Franco-Québécois pour la Jeunesse).

Mon périmètre d’activité est en fait assez large. Après avoir présidé la Commission culture, les résidences d’écrivains en Île-de-France, j’ai été nommée déléguée spéciale en charge du développement solidaire de nos zones de coopération. Aussi, depuis 2023, je suis Ambassadrice de la région, chargée des relations diplomatiques, en lien avec Stéphane Beaudet (Président de l’AMIF - Association des maires d’Île-de-France) sur le pôle international et du développement solidaire de la région, et je continue à présider notre Fonds régional de soutien au cinéma.

S’agissant des résidences d’écrivains et également de plasticiens, je précise que cela rentre dans la politique que nous menons depuis 2018 pour promouvoir la Francophonie, comme en témoigne d’ailleurs le rapport présenté au CESER en avril dernier.

Parmi les écrivains ayant obtenu une bourse à l’écriture – limitée à dix mois –, je citerai ainsi le sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021, et Yahia Belaskri, qui a obtenu le prix des Cinq continents de la Francophonie, à l’occasion des soixante-dix ans de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie).

En contrepartie de la bourse qu’ils obtiennent, les écrivains bénéficiaires doivent faire des présentations itinérantes dans le cadre d’ateliers localisés et maillant l’île de France, afin de favoriser l’accès à la culture pour tous.

S’agissant du Fonds de soutien cinéma, nous soutenons jusqu’à 150 films par an : de l’aide à l’écriture de scénario jusqu’à la post- production – fictions, documentaires, animations - avec un budget qui avoisine les 25 millions d’euros.

La présidente de région Valérie Pécresse a également ouvert à l’international ce Fonds, ainsi que celui à destination des jeunes talents émergents (FoRTE) qui sont des jeunes (18-30 ans) de nos zones de coopération. Ainsi, des jeunes malgaches, vietnamiens, québécois ont pu bénéficier de quatre mois de création en France, grâce à ce dispositif qui leur permet notamment de présenter leurs réalisations lors des « 24 heures de la création » que nous organisons chaque année à Bastille.

APP – Et l’Afrique ? En quoi est-elle concernée par vos activités pour la Région ?

Anne-Louise MESADIEU – La Région est présente dans plusieurs territoires. Par exemple, le Département de Rufisque au Sénégal, où notre coopération porte sur la gestion des déchets, la culture, la gouvernance locale et les lycées ; et Abidjan, en Côte d’Ivoire, avec un financement FICOL pour le développement durable, la gestion des déchets, la gouvernance locale.

La Région Île-de-France a conçu par ailleurs avec quatre de ses collectivités partenaires (région de Casablanca-Settat, Rufisque, le District autonome d’Abidjan, Commune urbaine d’Antananarivo) le projet Econnect – Territoires Numériques en Transitions, dont l’objectif est de renforcer la transition numérique de ces partenaires de l’Île-de-France et de leur écosystème en développant des actions structurantes dans ce domaine.

Projet multi-territorial, il vise également le partage d’expériences et la consolidation collective de processus de réussite. À noter que la Région a obtenu un cofinancement de 1 300 000 € de l’AFD (FICOL) pour ce projet d’une durée de trois ans, dont le budget total est de 2 172 769 €.

J’ai pu également me rendre au Bénin avec l’AIRF et en ai profité pour inviter une créatrice de mode à venir présenter ses créations à la région île de France lors d’un défilé. La région collabore enfin avec Madagascar, sur des sujets liés à l’urbanisme, la sécurité, l’égalité homme-femme et la culture (avec le musée de la Photographie à Tananarive).

APP – Et qu’en est-il de Haïti, votre terre natale ?

Anne-Louise MESADIEU – J’avoue mon émotion quand je parle de Haïti, tant la déception, la tristesse et l’incompréhension sont grandes.

La première république noire victorieuse de l’armée napoléonienne peine hélas, depuis 1804, à se remettre debout, non seulement du fait de la rançon de la dette payée à la France pour avoir pris son indépendance, mais également du fait des gouvernants haïtiens eux-mêmes, qui sont trop souvent dépourvus de sens politique, privilégiant leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général.

Cela fait près de six ans que je ne m’y suis malheureusement pas rendue mais je reste très attachée à ma terre natale : c’est pourquoi je veille à promouvoir la culture haïtienne, au travers notamment de concerts, d’expositions, de conférences, d’hommages rendus à Toussaint-Louverture au Panthéon en 2023 ou à Tony Bloncourt, fusillé le 9 mars 1942 au Mont Valérien par les nazis pour faits de résistance.

J’envisage par ailleurs de reprendre mes activités associatives dédiées à l’aide aux enfants des rues à Haïti que j’organisais chaque année avec l’aide de nombreuses institutions et personnalités françaises, que j’avais été contrainte de suspendre en raison de l’insécurité croissante depuis l’assassinat du Président haïtien Jovenel Moïse.

Je rappelle enfin que la France compte environ 200 000 haïtiens d ‘origine, qui constituent une diaspora politisée mais aussi culturelle, dont sont issus de nombreux auteurs majeurs.

On ne saurait donc parler de francophonie sans citer Haïti et, au-delà de la langue que nous avons en partage, ce sont les valeurs qu’il m’incombe, qu’il nous incombe à tous de défendre.

Promouvoir une Francophonie agissante, axée autour des « valeurs républicaines » tel est pour conclure, le sens de mon engagement pour la Francophonie, qui ne saurait être qu’un mot.

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