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XIVe RHN France-Maroc / Planifier, impliquer, transporter : le triptyque indispensable au développement durable et inclusif des territoires

21 décembre 2019
De gauche à droite : Meriem Riadi (modératrice), membre du Comex 40 du Medef ; Amine El HajHouj, directeur général de la société d’aménagement de Zenata (filiale de la Caisse de dépôt et de gestion) ; Annelise Avril, directrice générale de Suez Consulting ; Agnès Romatet-Espagne, directrice générale adjointe en charge de l’International à la SNCF. © JLA
Planification intégrée dépassant les logiques sectorielles, implication des acteurs économiques locaux, infrastructures de transport performantes : telles sont quelques-unes des conditions à remplir pour mettre en place un développement équilibré, durable et inclusif des territoires. C’est ce qu’il est ressorti d’une intéressante table ronde du forum économique de la XIVe Rencontre de Haut Niveau France-Maroc, jeudi 19 décembre, à la station F, à Paris.

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Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris
@jlalcaide1 | @PresseAfrica

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Comment les entreprises peuvent-elles contribuer à un développement équilibré, durable et inclusif des territoires ? Tel était l’objet de l’une des tables rondes du forum économique de la XIVe Rencontre de Haut Niveau France-Maroc. Cette manifestation, co-organisée par le Medef International et la Confédération générale des Entreprises du Maroc (CGEM), s’est déroulée jeudi 19 décembre, à Paris à la station F, sur le thème : « France-Maroc : innovons ensemble ! Pour un nouvel élan économique et social », devant plus de 300 chefs d’entreprise français et marocains.
Pour y répondre, trois experts : Amine El Hajhouj, directeur général de la société d’aménagement de Zenata (filiale de la Caisse de dépôt et de gestion) ; Annelise Avril, directrice générale de Suez Consulting ; Agnès Romatet-Espagne, directrice générale adjointe en charge de l’International à la SNCF.

Deux facteurs de succès

Pour soutenir un développement durable et inclusif des territoires, il y a « deux facteurs de succès : une planification intégrée qui dépasse les logiques sectorielles, et une implication des acteurs économiques locaux », a expliqué Annelise Avril dont la filiale marocaine du groupe Suez, Lydec, est présente dans le secteur de l’eau, de l’assainissement, de l’environnement, de la gestion des déchets et de l’électricité. À Casablanca, Lydec compte plus d’un million de clients tandis que la société gère également les déchets dans des villes comme Tanger, Tétouan ou Oujda.

Approche très globale

Et Annelise Avril de citer deux exemples. « Le premier, a-t-elle raconté, c’est un projet en cours avec la Société d’aménagement et de développement de Mazagan. Nous développons une feuille de route de smart city sur ce territoire, avec une approche très globale, intégrant à la fois des problématiques énergétiques, de mobilité, d’environnement. Elle permet de se projeter à l’échelle d’un territoire avec une vision à 360 degrés de ses usages, ses contraintes en associant l’ensemble des acteurs ».

Éviter de plaquer des logiques peu réplicables

Cette association des acteurs, « c’est également très important pour éviter de plaquer des logiques peu réplicables d’un territoire à l’autre », a insisté Annelise Avril. C’est le deuxième exemple, celui de la réhabilitation d’un centre de déchets à Meknès en 2014. «  Il y avait une composante environnementale très forte puisque on a intégré le traitement des lixiviats à la récupération du biogaz, a rappelé Annelise Avril.

Mais en termes de composantes sociales et d’inclusion, on a intégré sous forme de coopérative les anciens chiffonniers qui intervenaient sur le site. Ce sont désormais 180 trieurs qui interviennent sur le site, dans des conditions très structurées, pérennes et sécurisées ».[Voir aussi notre entretien avec Pierre-Yves Pouliquen, DG Afrique, MO et Inde de SUEZ : « Le traitement des déchets est l’une des urgences de l’Afrique »]

Terrains d’expérimentation

Pour autant, dans d’autres cas, il faut aussi « prévoir des terrains d’expérimentation, des mécanismes et des dispositifs permettant de faire émerger des projets pour les accompagner et les faire grandir », a poursuivi la dirigeante de Suez Consulting. Tel le Casablanca City Lab, une initiative engagée par Lydec avec le Centre de recherche économique HEM

« Cela a permis de faire émerger quatre projets pour favoriser un développement inclusif de Casablanca, a expliqué Annelise Avril, avec des problématiques assez diverses : transport scolaire connecté, recyclage de vêtements usagés, une plateforme digitale de coursiers avec une réduction des émissions de CO2 », etc. Des projets qui permettent de « faire grandir l’économie locale avec des solutions très adaptées » aux territoires et permettent même de stimuler l’innovation à l’échelle locale.

Des investissements de quelque 50 milliards d’euros

Pour sa part, Amine El Hajhouj a rappelé que depuis 2011, le Maroc s’est lancé dans une politique de régionalisation, divisant le royaume en 12 régions, lesquelles ont élaboré chacune un plan de développement régional. « Au total, ce sont des investissements à hauteur de quelque 50 milliards d’euros qui sont prévus, dont le cinquième, soit près 10 milliards d’euros, doit être engagé d’ici à 2021 », a-t-il pointé avant de resituer le projet d’écocité que mène Zenata, la filiale de la CDG qu’il dirige.

Équilibrer l’est et l’ouest de Casablanca

Il s’agit d’un projet urbain d’à peu près 2 000 hectares, implanté au nord-est de Casablanca, la région « la plus riche du pays » (27 % du PIB marocain), avec un front maritime de 7 km, et « parcourue par l’autoroute Casablanca Rabat, la plus importante du royaume », a noté Amine El Hajhouj. Pour la région du Grand Casablanca, cette écocité va permettre « d’équilibrer l’est de Casablanca, une zone industrielle dégradée et déstructurée, et l’ouest plus nanti, plus riche ».

Elle va aussi offrir un logement à la « classe moyenne qui ne trouve pas chaussure à son pied » et « créer des activités de forte valeur ajoutée, avec emplois durables ». Au total, il s’agit d’un projet à près 2 milliards d’euros d’investissement, dont 1 milliard pour la première phase, financée à 30 % par l’Agence française de développement (AFD).

Trois axes importants

Le projet de Zenata a trois axes « importants  », a exposé Amine El Hajhouj. Tout d’abord « un axe social, car il s’agit d’une zone pleine de bidonvilles (10 % du territoire), dont nous avons recasé 10 000 ménages ainsi que 200 industriels ». Ensuite un « axe environnemental ». « Le projet comprend 30 % d’espaces verts, soit 19 m2 par habitant, quand l’OMS exige 10 m², a-t-il dit. Côté mobilité nous développons le tramway, le RER et bien-sûr, des corridors de “marchabilité”  ».

Trois locomotives

Le dernier axe touche à l’économie et à la création d’emplois. « Dans ce domaine, nous avons trois locomotives, a détaillé Amine El Hajhouj, avec un pôle santé ; un pôle commercial (avec l’implantation d’Ikea) ; et un pôle formation. Ce dernier comportera une université médicale et une antenne de l’école française des Arts et Métiers, qui installera en 2022 son neuvième campus au Maroc et créera des passerelles importantes avec le monde industriel franco-marocain (notamment Peugeot et Renault, ndlr), puisque " son objectif est de former à terme 6 000 ingénieurs par an ».

Sans transports point de salut

Tout cela est bien beau, mais sans transports point de salut, a avancé Agnès Romatet-Espagne. « S’il n’y a pas de transport, il n’y a pas de développement économique », a-t-elle martelé. Pour la directrice générale adjointe en charge de l’International à la SNCF, il est aujourd’hui essentiel de « bien mesurer », avec « une vision grand angle », les impacts de la création d’une ligne de chemin de fer, par exemple, car trop souvent les calculs économiques réalisés de manière étriquée « laissent penser que l’investissement ou le jeu n’en valent pas la chandelle ».

Accès à des services publics essentiels

Outre l’impact économique, a développé Agnès Romatet-Espagne, « il faut mesurer non seulement l’impact en termes d’aménagement du territoire, mais aussi de cohésion sociale : un transport public, spécialement de masse, apporte un accès à des services publics essentiels, à l’hôpital, à l’université, à la culture, à tous les services de la collectivité. Et, cela ne se mesure pas bien aujourd’hui et ça n’a pas de prix ».

Filière dédiée entièrement au ferroviaire

Par ailleurs, a poursuivi Agnès Romatet-Espagne, il y a autre « chose que l’on ne mesure pas bien » : les impacts de nature différente que l’on peut observer tout le long de la vie d’un projet. « Prenons le cas de la LGV Rabat-Casablanca, a-t-elle précisé. Il y a bien-sûr des impacts au moment de la construction du projet. Ils sont colossaux, comme par exemple la mobilisation des filières d’ingénierie, ou la création d’une filière dédiée entièrement au ferroviaire, en créant des carrières qui produisent du ballast, des rails, des traverses. Le Maroc a ainsi créé un écosystème complet autour la LGV », baptisée Al Boraq (Pégase en français, ndlr).

3 millions de voyageurs

Mais il faut aussi mesurer des impacts plus immédiats : avec la mise en service de cette LGV, on a constaté « une forte diminution des accidents de la route mortels », une « accélération du transport de passagers, avec de gens qui, autrement, n’auraient pas voyagé, ou voyagent davantage », sans oublier un accroissement du tourisme, des activités nouvelles créées, etc. Depuis la mise en service d’Al Boraq à la fin de novembre 2018, la LGV a transporté 3 millions de voyageurs et a fait gagner 2,5 milliards de dirhams à la collectivité.

« Le coût de ne pas faire »

Mais mesurer l’impact économique d’une politique des transports, a conclu Agnès Romatet-Espagne, « c’est aussi aussi mesurer le coût de ne pas faire : quand on n’a pas de transports publics, quel en est le coût ? Si l’on n’avait pas aujourd’hui à Paris, le RER A, la ligne de train la plus fréquentée en Europe, il faudrait que l’on construise sous Paris deux fois 14 voies d’autoroutes pour remplacer la capacité de transport du RER A »...

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