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#WIASummit-Entretien / Bruno METTLING, Président ORANGE Afrique et Moyen-Orient : « En Afrique, l’Europe doit soutenir des projets d’entreprises »

28 juin 2019
Bruno Mettling pose pour la photo-souvenir avec des membres de son panel. À sa gauche, Lilia Hachem Naas, Directrice du bureau de la CEA-ONU pour l’Afrique du Nord. À sa droite, Cathia Lawson Hall, Présidente du Comité d’audit de Société Générale, et Yewande Sadiku, Secrétaire exécutive de la Commission nigériane de promotion de l’investissement. © AM/AP.P
Participant à la plénière d’ouverture du Sommet Women in Africa (Marrakech, 27-28 juin) dédiée à la relation euro-africaine, Bruno METTLING – l’un des très rares panélistes masculins – a porté l’accent sur l’éducation numérique et la nécessaire construction d’un partenariat équilibré entre les deux continents. Dans cet entretien exclusif, il précise ces deux thèmes.

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Propos recueillis à Marrakech par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Plusieurs intervenantes ont déploré le caractère très déséquilibré des relations Europe-Afrique. Votre avis ?

Bruno METTLING - Ici, à ce IIIe sommet de Women in Africa, on nous pose la question de savoir comment l’Europe et l’Afrique peuvent enclencher un nouveau modèle de développement. Ma première réponse relève de l’évidence : quand je vois comment certaines attitudes prédatrices perdurent, il est clair qu’il faut en finir, nous tourner vers la construction, ensemble, d’une relation partenariale équilibrée.

Il faut aussi comprendre que l’Afrique n’est plus enfermée dans une relation quasi-exclusive avec l’Europe, comme c’était le cas autrefois. La Chine, mais aussi beaucoup d’autres grandes nations sont là. Elles nous bousculent et nous obligent à repenser nos relations économiques.
En une quinzaine d’années, les entreprises françaises ont perdu la moitié de leurs parts de marché en Afrique… car, collectivement, nous n’avons pas saisi cette nouvelle demande d’un partenariat plus équilibré qui émergeait.

Pourtant Orange prospère brillamment en Afrique…

Bruno METTLING – Le cas d’Orange est différent. Nous sommes l’une des rares entreprises à avoir fait le choix très particulier d’être à la fois présents et pleinement investis à la fois en Europe et en Afrique, où d’ailleurs, ce sont nos cadres issus du Continent qui font tourner nos filiales, et servent avec une grande réussite, nos 120 millions de clients africains.

« Bouger », dites-vous… par exemple à l’occasion du renouvellement des accords de Cotonou 2, le premier arrivant à échéance en février 2020 ?

Bruno METTILING - C’est en effet un moment important, qui déterminera globalement, pour quinze ou vingt ans, les rapports globaux entre nos deux continents.

Au Medef International, [Bruno Mettling en est le Président du conseil des Chefs d’entreprise France-Afrique de l’Ouest, ndlr] nous avons apporté notre contribution aux débats en cours, en plaidant notamment pour un rôle plus significatif à attribuer aux opérateurs privés dans le prochain accord. D’une part parce que chacun sait bien que les États ne peuvent pas tout faire tout seuls, à commencer par les investissements d’infrastructures, d’où notre plaidoyer pour les PPP. Et d’autre part parce que nous pensons qu’il faut maintenant établir une règle du jeu plus efficiente : en Afrique, l’Europe doit soutenir des projets d’entreprises et non plus seulement des programmes publics.

Hélas, pour l’instant on est encore très loin du compte de ce qu’il faudrait bien faire. Savez-vous par exemple qu’une part importante des 30 milliards d’euros du Fonds Européen de Développement [qui est l’instrument principal de l’aide communautaire au développement des pays ACP, ndlr] sur la période 2014-2020, n’a toujours pas été utilisée ? Je dis que l’on n’est pas loin de l’inacceptable.

Quelles seraient les actions prioritaires à engager en Afrique ?

Bruno METTLING – Selon moi, la priorité absolue va à l’éducation ! Oui, la forte croissance démographique de l’Afrique est une chance, mais à la condition que l’on sache éduquer cette jeunesse. Cela n’est possible que si on a massivement recours au support du numérique ! Car si l’on reste dans le modèle traditionnel, il faudrait construire chaque année un million de classes pour satisfaire les besoins à venir en Afrique, compte tenu de sa démographie. C’est hors de portée… Il faut donc changer notre manière de penser, et adopter les outils numériques, dans l’éducation, mais aussi la santé, l’énergie, l’administration. Ce sera d’autant plus possible qu’aujourd’hui déjà la moitié des Africains a accès à un téléphone mobile, alors même qu’un tiers seulement d’entre eux dispose de l’eau et de l’électricité.

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Séance de dédicaces pour l’auteur à succès du jour. © AM/AP.P

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Vous avez publié récemment un essai, « Booming Africa – Le temps de l’Afrique digitale »*, que vous avez d’ailleurs offert aux participantes du IIIe Sommet WIA. Vu le titre, on devine qu’il s’agit d’un plaidoyer pour le numérique, n’est-ce pas ?

Bruno METTLING - Oui, c’est un plaidoyer porté par de nombreux exemples de réalisations que je décris et qui montrent comment, en une dizaine d’années, l’irruption du numérique a changé la vie quotidienne de dizaines de millions d’Africains. Comment aussi elle contribue à résoudre les nouveaux enjeux.

Mais il faut être attentif à ne pas tomber dans le piège de la fracture numérique, qui exclurait les populations isolées ou fragiles. Pour cela, et face à l’immensité des besoins, il faut repenser les politiques publiques. Je propose que 10 % des fonds alloués à ces politiques soit consacrés à la prise en compte des impacts du digital. Je milite pour qu’un programme exceptionnel conjuguant les moyens des Etats, des bailleurs et du secteur privé soit mis en œuvre pour conjurer le risque de fracture numérique et assurer la couverture des zones peu ou pas couvertes par un réseau de qualité.

Que peut ou devrait faire l’Europe ?

Bruno METTLING – Aujourd’hui, nous sommes devant une vraie urgence, une course contre la montre face aux besoins pressants d’une population qui va doubler en une génération, et l’Europe a un rôle décisif à jouer, en accompagnant les projets, en étant attentive aussi à l’environnement des affaires et aux questions de gouvernance, car ce sont précisément les jeunes entrepreneurs africains qui sont le plus pénalisés par la corruption et autres dysfonctionnements bien connus.

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Une vue de la salle des conférences plénières du #WIA2019, au Beldi Country Club de Marrakech. © AM/AP.P

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« Booming Africa - Le temps de l’Afrique digitale », par Bruno Mettling. Essai de la collection Sens, éditions Débats Publics, 2019. 200 pages, 18 euros. NB : l’intégralité des droits d’auteur de Bruno Mettiling est reversée à la Fondation Orange au profit de l’éducation par le numérique en Afrique.

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