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Voulue par Emmanuel Macron, l’ambitieuse Déclaration du sommet des Deux Rives sera-t-elle validée par Angela Merkel et l’UE ?

26 juin 2019
Durant la séance de clôture du Sommer des Deux Rives, à Marseille le 24 juin 2019, Emmanuel Macron écoutant Ouided Bouchamaoui, Prix Nobel de la Paix et chef de file de la délégation tunisienne. À gauche, l’économiste et chef de file de l’Algérie, Professeur Abderrahmane Mebtoul. © Ipemed
Le Sommet des Deux Rives qui vient de se tenir à Marseille est doublement remarquable. D’abord parce qu’il est l’aboutissement d’une consultation inédite de plusieurs mois des sociétés civiles des dix pays du Dialogue 5+5 de la Méditerranée. Ensuite parce que sa « Déclaration », essentiellement inspirée par les contributions des « civils », affiche une ambition plus grande encore que celle portée par la création de l’Union pour la Méditerranée, en 2008. À l’origine de tout cela : la vision d’Emmanuel Macron. Mais l’Union européenne, à commencer par Angela Merkel, validera-t-elle cette démarche ?

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Un article d’Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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On n’a guère eu l’occasion de le lire dans les comptes rendus de l’événement, mais c’est à Ouagadougou, qu’il faut chercher l’une des clés pour décrypter ce qui vient de se produire à Marseille. C’est en effet en novembre 2017, lors de son « discours de Ouaga », comme disent les initiés, que le Président français a décliné devant 800 étudiants rassemblés à l’université de la capitale du Burkina Faso, sa vision de l’avenir commun entre l’Europe et l’Afrique, la nécessité de refonder une coopération plus « partenariale » avec le Continent, et sa volonté d’arrimer l’Afrique à l’Europe au travers de la Méditerranée. Dans ce même discours, considéré « fondateur », il appelait aussi à « inventer une amitié pour agir » ainsi qu’un « changement de méthode.

La Déclaration de Marseille porte ainsi témoignage de cette double exigence : pour la première fois sans doute, elle n’aura été ni inspirée ni rédigée par d’anonymes technocrates spéculant dans leurs bureaux climatisés, ni par d’obscurs experts autoproclamés. Non. Cette Déclaration – que nous publions ci-dessous in extenso – remonte du « terrain », elle est l’aboutissement de longs mois de consultations et d’échanges au sein des sociétés civiles des dix pays du Dialogue 5+5 : Portugal, Espagne, France, Italie et Malte au nord ; Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye au sud.

C’est de cette base qu’a émergé « L’Assemblée des Cent », soit le groupe des 10 représentants de chacun des 10 pays, et qui se sont retrouvés lors de cinq forums thématiques (voir la Déclaration) dont la synthèse a été réalisée au début de juin dans la capitale tunisienne – c’est d’ailleurs lors d’une visite à Tunis, au début de 2018, qu’Emmanuel Macron avait lancé cette idée d’implication active de la société civile.

Le sceau de l’authenticité

Alors oui, bien sûr… la Déclaration que vous pourrez lire ci-dessous a un petit air de liste à la Prévert, genre fourre-tout qui déplaît absolument aux esprits policés et autres experts autoproclamés !

Mais c’est justement ce foisonnement des préoccupations, des souhaits et des pistes d’action exprimés par la société civile qui en fait un document authentique, une sorte de cahier de doléances transformé en livre blanc à l’adresse des citoyens des Deux Rives, avec des pistes d’action pour qu’ensemble ils construisent l’avenir. Une Déclaration qui exprime et affirme aussi l’unité des valeurs par-delà la diversité des cultures de la Méditerranée.

C’est ainsi une ambition immense, bien supérieure à celle de l’Union pour la Méditerranée (UpM)* qui s’est affichée à Marseille, et cela même si elle ne concerne que la Méditerranée occidentale, tandis que l’UpM, fondée en 2008 à l’initiative de la France, voulait embrasser tout le Mare Nostrum.
Peut-être était-ce trop, trop tôt et trop en une seule fois ? En tout cas, les Européens n’y étaient guère prêts, à commencer par Angela Merkel (déjà chancelière d’Allemagne) qui avait étouffé le projet avant même sa naissance en lui déniant le moindre euro supplémentaire, consentant seulement au transfert des fonds européens précédemment alloués à la coopération avec les pays du sud.

Aujourd’hui cependant, et malgré la montée des populismes, on peut espérer une attitude plus proactive de la part de plusieurs dirigeants européens, la crise migratoire ayant dessillé certains yeux sur les réalités méditerranéennes et africaines et leur impact puissant sur l’avenir de l’Europe.

L’heure de vérité sonnera dans six mois, lors de ce sommet des chefs d’État et de gouvernement du pourtour méditerranéen qu’Emmanuel Macron a annoncé « pour aller plus loin ». On verra bien alors si l’Union européenne validera la démarche et saura se donner les moyens de cette Déclaration de Marseille actée par les ministres des Affaires étrangères des seuls pays de l’Europe latine – mais sous l’œil scrutateur d’une représentation allemande, qui ne fait pourtant pas partie du Dialogue 5+5 ! – et leurs partenaires du sud méditerranéen.

Lors de la séance de clôture du sommet des Deux Rives, le Président de la République française Emmanuel Macron, entouré des chefs de file de l’Assemblée des Cent représentant les sociétés civiles des pays du Dialogue 5+5, ainsi que des ministres des Affaires étrangères de ces mêmes pays. © MEAE

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*UpM - Relevons que des experts de l’UpM ont participé à tous les fora thématiques préparatoires et que, dans la perspective du Sommet, le Secrétariat général de l’UpM a réuni à Barcelone, les 22-23 mai, plus de 140 représentants de la société civile, d’organisations de jeunesse et d’acteurs non étatiques de l’ensemble de la région euro-méditerranéenne afin de proposer conjointement des recommandations pour renforcer la coopération dans de nombreux domaines clés, tels l’environnement, l’eau, l’énergie, l’intégration économique, la formation, l’autonomisation des femmes et des jeunes.
Relevons aussi que malgré des maladresses de communication flagrantes, l’UpM, essentiellement investie d’un mandat technique de facilitateur pour le partenariat euroméditerranéen, ne mérite certes pas le qualificatif d’institution inutile que certains commentateurs ignorants et extrémistes du tout ou rien se complaisent à lui attribuer .

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LACLARATION INTÉGRALE
des ministres des Affaires étrangères
des dix États du dialogue 5+5
en Méditerranée occidentale

1. Nous, Ministres des Affaires étrangères des dix États du dialogue 5+5 en Méditerranée occidentale – la République algérienne démocratique et populaire, le Royaume d’Espagne, la République française, la République italienne, l’État de Libye, la République de Malte, le Royaume du Maroc, la République islamique de Mauritanie, la République portugaise et la République tunisienne –, qui avons associé à nos réflexions les hauts dirigeants de l’Union européenne, de la République fédérale d’Allemagne, de la Banque européenne d’investissement, de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, de la Banque mondiale, de l’Organisation de coopération et de développement économiques, de l’Union pour la Méditerranée et de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures, nous sommes réunis à Marseille pour le "Sommet des deux rives, Forum de la Méditerranée ».

2. Nous avons pleine conscience de ce qui a été réalisé depuis un quart de siècle pour faire progresser la coopération et l’intégration en Méditerranée, singulièrement dans le cadre du Dialogue 5+5, lequel ne cesse de s’enrichir et d’être plus efficace, mais également au sein des institutions et fora auxquels nous participons, notamment le Processus de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée. Toutefois nous avons aussi le sentiment que le moment est venu de donner à nos relations une nouvelle dynamique et impulsion en Méditerranée occidentale, lesquelles se veulent complémentaires des autres initiatives et leur apportent une véritable valeur ajoutée.
Dans cet esprit, nous avons lancé un processus innovant, que nous souhaitons inscrire dans la durée, en utilisant une approche tripartite, de nature participative, qui associe aux États et aux partenaires du développement la société civile, et lui donne un rôle de proposition.

Nous remercions la délégation des Cent personnalités qualifiées de la société civile méditerranéenne, emmenée par un Comité de pilotage présidé par Mme Ouided Bouchamaoui, qui a synthétisé dans la « Déclaration des Cent », adoptée à Tunis, le 11 juin, les travaux des cinq forums thématiques préparatoires, à Alger (8 avril 2019) sur le thème des "Énergies", à La Valette (24 et 25 avril 2019) sur "Jeunesse, Éducation, Mobilité", à Rabat (29 avril 2019) sur "Économie et Compétitivité", à Montpellier (2 et 3 mai 2019) sur "Culture, Médias, Tourisme" et à Palerme (15 et 16 mai 2019) sur "Environnement et Développement durable".

Nous sommes convaincus que ce travail a déjà produit des résultats encourageants, y inclus la sélection de projets d’intérêt commun. Nous félicitons le Comité de pilotage pour le travail qu’il a effectué en lançant des débats novateurs et en poussant à une réflexion de substance. Nous entendons suivre l’avancement des nombreux projets et initiatives qu’il a sélectionnés, dont aucun ne sera négligé. Nous saluons l’engagement des pays ayant organisé les cinq forums thématiques, qui n’épuisent pas les priorités de la Méditerranée occidentale, ainsi que l’organisation par l’Union pour la Méditerranée de la réunion "Regards partagés sur les enjeux prioritaires en Méditerranée" avec des représentants de tout le bassin. Le caractère durable du processus entamé par le Sommet des deux rives, permettra, dans les années à venir, de s’ouvrir à d’autres sujets d’intérêt pour la région.

3. Héritiers d’une histoire commune, riche de sa diversité et d’un patrimoine exceptionnel, nous avons pleinement conscience que la Méditerranée est un creuset des civilisations à travers les siècles et un formidable carrefour d’échanges entre ses peuples. Nous soulignons le rôle d’interface mondiale à la croisée maritime des continents africain, asiatique et européen que joue la Méditerranée, véritable passerelle entre ses deux rives et route ouverte sur le monde.

4. Nous sommes convaincus que ce qui unit nos deux rives est plus important que ce qui les divise. Nous souhaitons proposer un agenda positif pour la Méditerranée et la promouvoir comme une mer de toutes les opportunités. Face aux multiples transitions (notamment politique, climatique, économique et numérique), l’urgence nous conduit à aider à inspirer une génération solidaire face aux enjeux transnationaux.
Nous sommes attachés aux mêmes valeurs, notamment de tolérance et de respect de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous souhaitons partager nos bonnes pratiques de gouvernance, de vivre-ensemble et de bon voisinage.

5. Nous sommes conscients, que pour relever les défis grandissants et globaux auxquels fait face notre région, nos réponses doivent être communes et porter en elles, notamment, les nécessités de co-développement, de développement durable et de respect des droits de l’Homme. Nous souhaitons contribuer à la définition de solutions pratiques, à travers notre soutien à plusieurs projets d’avenir structurants mais aussi de plus petite taille, qui s’inscrivent dans une vision d’ensemble partagée. Nous proposons ainsi de décliner notre ambition commune en cinq grandes séries d’actions à mener conjointement.

Cinq grandes séries d’actions à mener conjointement

1. Engagements pour une Méditerranée de la connaissance
et de la mobilité
-

La dimension humaine est notre priorité commune dans cet agenda positif de la Méditerranée occidentale. Notre jeunesse nous interpelle en se saisissant des sujets d’avenir et en utilisant tous les instruments de la modernité. Nous pensons que l’intégration entre nos deux rives, à laquelle nous aspirons tous, doit passer plus encore par la jeunesse.

Un nouveau discours sur l’éducation, l’employabilité et la mobilité doit émerger et se traduire dans les faits pour permettre aux jeunes de devenir le moteur du changement dans la région. C’est seulement par une approche ascendante, conduite par les jeunes et la société civile, que nous pourrons regarder vers l’avenir et relever durablement les défis communs auxquels notre région est confrontée.

Face aux enjeux de l’employabilité, de l’emploi décent et du chômage des jeunes, nous souhaitons investir davantage dans leur éducation et leur formation initiale, de base et tout au long de la vie, avec un accent mis sur les métiers d’avenir, par exemple, dans l’économie bleue, pour favoriser une véritable égalité des chances et assurer l’insertion sociale dans la vie active. Nous souhaitons donner une deuxième chance à ceux qui ont décroché du système scolaire et développer des parcours de classes "méditerranéens" dans nos écoles. Nous encourageons nos universités et nos établissements de formation professionnelle à accroître davantage encore leur coopération.

Nous reconnaissons que l’intelligence culturelle, développée au sein d’une éducation à la diversité, à la durabilité et à l’inclusivité, est nécessaire pour dépasser les obstacles culturels existants. Nous souhaitons renforcer, par la connaissance partagée des langues et des différentes cultures des pays riverains, le respect et la compréhension mutuels, le sentiment de solidarité, d’appartenance à un espace commun marqué par le rapprochement de leurs peuples et une culture de la paix.

Nous souhaitons développer la mobilité spatiale et sociale soutenable des talents méditerranéens, à travers l’encouragement de programmes d’échanges et de coopération et la mise en place de réseaux, tant d’universités que d’organisations de la société civile, en particulier des femmes, des jeunes et des artistes.

Nous souhaitons offrir les conditions nécessaires pour que la jeunesse des deux rives puisse se reconnaître, se comprendre, se rapprocher et s’enrichir, dans le cadre d’un espace commun du savoir et de la connaissance.

Dans ce contexte, nous avons noté avec intérêt, entre autres, dans les suggestions de l’Assemblée des Cent, les projets et initiatives suivants : la création d’un programme de mobilité pour tous les jeunes associatifs du 5+5 ; l’élargissement du programme Méditerranée Nouvelle Chance à tous les pays de la Méditerranée occidentale ; la création d’un réseau d’écoles des métiers de la mer sur les deux rives de la Méditerranée.

2. Engagements pour une Méditerranée durable -

Nous nous engageons pour une Méditerranée vivante, sans déchets et à faibles émissions carbone.

Nous déployons tous nos efforts pour mettre en œuvre les Objectifs de développement durable et affirmons notre attachement aux principes définis dans l’accord de Paris sur le changement climatique (2015). Nous nous engageons pour la protection de l’environnement et de la biodiversité ainsi que des écosystèmes terrestres et marins méditerranéens.
Faisant le constat alarmant des effets dévastateurs du réchauffement climatique en Méditerranée, nous nous engageons pour une gestion durable et raisonnée de l’eau et des ressources naturelles, dans l’optique également de fournir une alimentation durable et de qualité à tous.

Nous nous engageons à lutter contre les rejets chimiques et plastiques qui intoxiquent et sont porteurs d’inégalités. Nous soutenons toutes les initiatives pertinentes en cours de collecte, mais aussi de prévention et de recyclage des déchets plastique en Méditerranée pour atteindre l’objectif de "zéro plastique en Méditerranée" ainsi que celles de "zéro gaspillage en Méditerranée".

Conscients de l’importance des énergies pour nos peuples et nos économies, nous nous engageons à soutenir le développement d’une transition énergétique, cohérente avec les réalités géoclimatiques, qui concilie l’utilisation du potentiel naturel, les énergies renouvelables, les interconnexions, l’efficacité énergétique – notamment par l’approche de l’économie circulaire – et les capacités technologiques que recèlent nos deux rives, dans le cadre d’un pacte de développement durable.

Face à un trafic maritime dense et en augmentation, qu’il s’agisse du transport de voyageurs ou des échanges de marchandises, nous affirmons que le contrôle des émissions polluantes des navires est une nécessité.

En écho à la présidence française du G7 en 2019, qui fait de la préservation des océans une de ses priorités, nous nous engageons à promouvoir l’économie bleue, notamment au travers des cadres de coopération régionale existants (Ouest MED) et souhaitons faire de notre mer commune un "océan modèle" pour le reste du monde. Dans ce contexte, nous croyons notamment nécessaire de préserver les ressources halieutiques. Nous soutenons l’idée de "clusters maritimes" qui favorisent l’innovation et la durabilité des financements.

Nous souhaitons continuer à soutenir le développement de la finance verte pour assurer une mobilisation optimale des ressources financières et promouvoir la mise au point des critères d’une Responsabilité Sociale et Environnementale méditerranéenne.

Nous nous engageons enfin à partager toutes les actions que les pays de la rive sud entreprendront en matière de préservation de l’environnement et qui pourraient servir de modèle pour les pays de la rive nord.

Nous sommes sensibles, entre autres, dans les suggestions de l’Assemblée des Cent, aux projets et initiatives suivants : la création d’une plateforme numérique d’échange de bonnes pratiques et de formation pour développer les énergies vertes en Méditerranée ; le développement d’un programme d’efficacité énergétique pour une agriculture durable en Méditerranée ; une initiative de valorisation des déchets à l’échelle du 5+5 ; l’initiative pilote d’actions de dépollution plastique dans dix pays du bassin méditerranéen (Méditerranée saine et sans plastique).

3. Engagements pour une Méditerranée pluriculturelle -

Moteur de dialogue et de liens entre les peuples, notre patrimoine doit être préservé, promu, servir de laboratoire de dynamisme régional et être mis en valeur par un tourisme responsable, inclusif, respectueux des populations locales et de l’environnement.
Nous nous engageons à promouvoir toutes les instances qui œuvrent à nourrir le dialogue continu et les liens entre nos deux rives, tant les nombreuses associations, que les plateformes virtuelles de mise en réseau et d’échanges.

Pour dépasser les barrières mentales existantes, nous soutenons l’idée de manifestations culturelles et sportives communes, comme la création de festivals de cinéma, de théâtre et de musique sur les deux rives. Nous suggérons d’instaurer une journée mondiale de la Méditerranée. Nous réitérons notre soutien aux industries culturelles du pourtour méditerranéen, qui font vivre les liens entre les deux rives en favorisant la création artistique et les évènements transnationaux.

Conscients du rôle crucial des médias, en particulier de la télévision, pour la promotion d’une image positive de notre région, nous souhaitons appuyer la création d’un média de dimension méditerranéenne qui diffuserait des contenus culturels et de divertissement, élaborés collectivement. Nous nous engageons à promouvoir les coalitions multi-acteurs et multi-nationales et à faire en sorte que chacun des projets que nous soutenons soit porté par des acteurs de nature différente tels que les collectivités locales, les organisations non-gouvernementales, les universités et les entreprises.

Nous souhaitons marquer notre intérêt, entre autres, dans les suggestions de l’Assemblée des Cent, pour les projets et initiatives suivantes : la création d’une maison méditerranéenne de la traduction et de mutualisation des éditions dans les langues méditerranéennes ; la création d’un média méditerranéen plurilingue et inclusif (Mediterranea).

4. Engagements pour une Méditerranée innovante,

numérique et entrepreneuriale
-

Nous voulons une Méditerranée inclusive et innovante favorisant le partage d’informations, de connaissances et de technologies entre les deux rives, ainsi que la mise en réseau efficiente de ses talents d’avenir, portée par ses entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises (PME), et enfin, les principes de l’économie sociale et solidaire.

Nous allons travailler pour rendre nos administrations publiques totalement numériques et transparentes.
Nous nous engageons à promouvoir un « agenda méditerranéen du numérique », à tirer parti de toutes les potentialités des technologies numériques dans de multiples secteurs, à faciliter les interactions entre acteurs économiques de la Méditerranée et à appuyer le fonctionnement en réseaux afin de stimuler l’innovation, le co-investissement et l’entrepreneuriat.

Nous soutenons à cet égard toutes les initiatives ayant vocation à rapprocher nos entreprises entre elles, à créer des ponts entre les entreprises et les consommateurs et à stimuler le dialogue public-privé, que ce soit par la recherche d’harmonisation des règles de commerce et du droit entre nos États, ou par la mise en place de moyens modernes de paiement grâce aux technologies numériques.

Nous sommes convaincus que des infrastructures de qualité, notamment en matière d’énergie et de transport, et une meilleure intégration économique et commerciale aideront au développement du secteur privé.

Nous souhaitons faire émerger des entreprises sociales innovantes, encourager la co-production industrielle au sein de la région, et revaloriser les savoir-faire locaux en nous appuyant notamment sur le dynamisme de nos diasporas. Forts de nos potentialités et complémentarités, nous souhaitons promouvoir des processus de production plus inclusifs entre la rive nord et la rive sud, et favoriser au maximum la co-production.

Nous avons apprécié, entre-autres, dans les suggestions de l’Assemblée des Cent les initiatives et projets suivants : faire de la Méditerranée un laboratoire d’économie numérique et durable (Emerging Mediterranean) ; la création d’un concours annuel d’initiatives innovantes pour les jeunes étudiants du 5+5 (Medoc Prize) ; l’usage de la "blockchain" et de l’intelligence artificielle pour accélérer la transition énergétique en Méditerranée.

5. Engagements pour une Méditerranée des villes 

et ancrée dans ses territoires -

Nous reconnaissons le formidable dynamisme des villes méditerranéennes et souhaitons les ériger en laboratoires de la transition énergétique et de l’économie circulaire, verte et bleue. Face au défi représenté par l’urbanisation du littoral, nous souhaitons une plus grande coopération entre tous les acteurs concernés, y compris les collectivités locales et les ports.

Nous reconnaissons également l’importance centrale de la question de la gouvernance locale en Méditerranée, indispensable à l’écoute de tous nos territoires. Nous plaidons pour une redistribution équitable entre nos territoires associant les communautés agricoles et rurales. Nous souhaitons développer les échanges de bonnes pratiques à travers des instituts et/ou des formations à l’adresse des élus locaux méditerranéens.

Nous veillerons par ailleurs à impliquer les collectivités locales aux travaux sectoriels du Dialogue 5+5 pour qu’elles y apportent leur expertise et leur connaissance du terrain.

Nous estimons que le développement équilibré de nos territoires passera par une plus grande connectivité et de meilleures infrastructures, à l’intérieur de nos pays et entre ceux-ci. Nous encourageons la participation des jeunes et des femmes à la gestion des collectivités territoriales et appuyons le développement de réseaux méditerranéens des maires et des dirigeants de collectivités territoriales.

Nous saluons, entre autres, dans les suggestions de l’Assemblée des Cent, les projets et initiatives suivants : s’engager ensemble pour la revalorisation économique et culturelle de nos patrimoines (Smart Médinas) ; la proposition d’économie circulaire au service de l’alimentation, de partenariats pour des villes côtières durables en Méditerranée ; la mise en réseau de programmes culturels à travers l’ouverture de Chemins de Méditerranée.

6. Nous sommes convaincus que les actions que nous suggérons de mener renforceront la paix et le développement dans notre région.

C’est pourquoi nous attachons une importance particulière à ce que nos actions soient effectives et que nos engagements s’accompagnent d’un suivi conséquent.

Au niveau politique, nous examinerons l’état d’avancement des initiatives lors des rencontres ministérielles thématiques et générales du Dialogue 5+5. Au niveau opérationnel, des rencontres régulières seront organisées entre les représentants des dix pays du Dialogue 5+5, les représentants de la société civile et les organisations partenaires.

Dans ce cadre, nous tenons à saluer la bonne volonté exprimée par les organisations régionales et internationales partenaires du Sommet à accompagner aux niveaux technique et financier la réalisation des initiatives issues de notre Sommet, par une meilleure coordination, des co-financements croisés ainsi que la combinaison de leurs instruments et domaines d’expertise.

Par ailleurs, les initiatives proposées au cours des forums préparatoires seront recensées et partagées avec l’ensemble des acteurs sur une plateforme commune.

7. En vue de la possible extension au-delà du périmètre de la Méditerranée occidentale de certaines des initiatives retenues,
nous réaffirmons notre engagement politique en faveur de l’Union pour la Méditerranée et de la Fondation Anna Lindh,
qui demeurent des plateformes centrales pour renforcer le partenariat entre l’Union européenne et tous les pays du pourtour de la Méditerranée.
D’une manière générale, nous souhaitons approfondir notre coopération et notre travail commun dans les organisations internationales dont nous sommes membres, et y défendre la nécessité d’un multilatéralisme renouvelé.

8. Nous sommes enfin convaincus qu’une communauté méditerranéenne solidaire, conviviale et mutuellement profitable est possible. Elle favorisera les apports réciproques. Elle nourrira les apports de la Méditerranée au monde.

Rappelant que l’initiative que nous soutenons incarne notre nouvelle ambition, positive et inclusive, pour la Méditerranée, nous souhaitons lancer par la présente déclaration un appel à la conscience de chacun et au dialogue de tous.

À Marseille, le 24 juin 2019

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