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Vincent REINA, président de la CCFA (2/2) : « Nous préconisons la création d’un outil de concertation des institutions travaillant sur la relation France-Pays Arabes »

3 juin 2019
Pour Vincent REINA, président de la Chambre de Commerce Franco-Arabe, « la France n’est pas suffisamment présente » dans les pays arabes. © CCFA
Dans ce second volet de l’entretien exclusif qu’il nous a accordé, Vincent REINA, président de la Chambre de Commerce Franco-Arabe (CCFA), revient sur les suggestions présentées par son organisation au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, également chargé de la « diplomatie économique ».
Il exprime aussi sa volonté constante de projeter l’action de la Chambre de Commerce dans le court terme opérationnel, pragmatique, en accompagnement des entreprises à l’export vers les 22 pays arabes membres de la CCFA.



Propos recueillis par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica



Vous évoquiez précédemment votre souci d’agir dans le court terme – à trois ans – afin de saisir les opportunités. Alors, quel type d’action projetez-vous pour participer, par exemple, à l’Expo universelle Dubaï 2020, ou encore au Sommet Afrique France de juin 2020, qui se déroulera à Bordeaux et dont le thème central sera la ville durable, un secteur où le savoir-faire français est abondant et largement reconnu ?

Vincent REINA - Quelque 25 millions de visiteurs sur un peu plus de six mois sont attendus à Dubaï 2020… Ce sera un événement considérable, et donc nous nous y préparons ! Nous avons déjà accueilli par deux fois le président de la Cofrex, la Compagnie française des Expositions, qui prépare et organise les participations de notre pays aux expositions internationales et universelles.

Cette participation que nous souhaitons importante à l’Expo Dubaï 2020 figurait d’ailleurs parmi les cinq propositions que nous avons adressées au MEAE (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, ndlr), à la suite de notre colloque de décembre dernier. L’idée, c’est d’utiliser l’Exposition universelle de Dubaï pour organiser un Forum et des rencontres France-Pays Arabes, des rencontres B-to-B des hommes d’affaires, avec un focus sur les PME.

Pour l’instant, nous en sommes à la phase de plaidoyer afin de convaincre nos ETI et PME – 50 % des adhérents de la CCFA sont des PME – de participer au Pavillon France, et bien sûr nous nous réjouissons que plusieurs de nos plus grandes ou remarquables entreprises en soient déjà partenaires. Par exemple Engie, Renault, EDF, Lacoste, Alcatel-Lucent, RATP, Suez, Axa, Schneider Electric, Bureau Véritas, Akuo Energy, La Guilde IFF, AT Kearney, etc.

Notez aussi que le thème de cette Exposition universelle est « Connecter les esprits, construire le futur » … Cela répond en partie à votre deuxième question sur les villes durables, car cette thématique va notamment permettre à la France d’illustrer son approche innovante et spécifique de l’urbanisme, de la mobilité, de la citoyenneté, du développement durable.

D’autres opportunités importantes en vue pour les entreprises françaises, toujours dans le court terme ?

Vincent REINA - Les Jeux méditerranéens de 2021, à Oran ! Avec 1 milliard d’euros d’investissements prévus en infrastructures, soit 500 millions d’euros pour la construction de stations d’épuration, et 500 millions d’euros pour les usines de dessalement d’eau de mer. J’espère que nos entreprises se placeront dans la course ! Car voyez-vous, la plus sûre façon d’être perdant, c’est de ne pas concourir !

En vous disant cela, je pense à la triste histoire qui s’est produite à Djibouti, il y a quatre ou cinq ans, avant que je ne prenne la présidence de la CCFA : un appel d’offres pour la construction de six ports – oui, six – y a été lancé… et les Chinois ont tout raflé ! Les Français ? Aucune de nos entreprises n’avait répondu à l’appel d’offres…

En fait, il semblerait que personne chez nous n’était véritablement au courant de cette opportunité. Ma conviction est que cela ne doit pas se reproduire ! Cela ne doit plus arriver ! Donc nous avons pour cela l’obligation de savoir et de comprendre en permanence quelles sont les opportunités dans chacun de nos pays partenaires.

Vous disiez que 50 % de vos entreprises adhérentes sont des PME. Cela induit quelles particularités sur votre mode d’action ?

Vincent REINA - On connaît les difficultés des PME pour aller ou s’installer à l’international, car elles n’ont certes pas les mêmes capacités que les grands groupes pour s’impliquer dans la durée.

Elles ont aussi besoin de conseils. Par exemple pour identifier un possible partenaire local, ou encore pour être mises en relation avec des grands groupes, en fonction de leur métier. Répondre à leurs questionnements, c’est notre travail quotidien !

Ce travail d’accompagnement est tout à fait important, surtout si l’on considère l’objectif haut du gouvernement qui vise à accroître le nombre d’entreprises exportatrices. Souvenez-vous des chiffres annoncés… alors qu’aujourd’hui nous n’en avons que 125 000 ! Il faut donc que tout le monde s’y mette, y compris nous.

Tous ensemble !… C’est pourquoi, au-delà des spécificités des entités que nous avons citées [Business France notamment, voir notre article 1/2, ndlr], la création d’une sorte de « Grand Conseil » de dialogue sur les actions de développement économiques dans la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient (ANMO) figurait en haut de la liste des cinq propositions que nous avons soumises au ministre Jean-Yves Le Drian, à la suite de notre colloque de décembre.

Quelles étaient vos autres propositions ?

Vincent REINA - La première proposition c’était justement celle-ci, la création d’un outil de concertation et de fédération des institutions travaillant sur la relation France-Pays Arabes. Une structure qui rassemblerait les diverses institutions françaises et arabes pour fédérer des initiatives spécifiques, des projets et des calendriers.
La deuxième proposition suggère le renforcement de l’approche sectorielle, en créant des missions bilatérales de partenariat industriel ou des missions bilatérales thématiques.

La troisième, que je considère tout aussi vitale, doit assurer une diffusion large des outils de financement nationaux, bi et multilatéraux, sur les pays arabes, en synthétisant collectivement les différentes possibilités existantes, pour l’exportation comme pour l’investissement, et en assurant leur promotion.

La quatrième proposition organiserait la diffusion la plus large des conditions de protection de l’investissement entre la France et les Pays Arabes, et enfin la cinquième, comme je vous l’ai déjà dit, propose d’utiliser l’Exposition universelle de Dubaï pour organiser un Forum et des rencontres France-Pays Arabes, des rencontres B-to-B des hommes d’affaires, avec un focus sur les PME.

Quelles sont les réactions à votre proposition de créer un Conseil économique franco-arabe ?

Vincent REINA - Le message a été porté au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, également chargé, comme vous le savez, de la diplomatie économique. Nous attendons des actes forts.

Parmi vos propositions vous suggérez « une diffusion large des outils de financement nationaux ». Ainsi vous avez organisé en mars une conférence sur ce sujet, avec Bpifrance et la Coface, dont AfricaPresse.Paris a d’ailleurs rendu compte. Pour ma part, j’ai trouvé l’exercice tout à fait intéressant… et vous ?

Vincent REINA - Oui, ils communiquent très bien ! Mais il faut aller au-delà de la communication entre spécialistes, il faut se rendre in situ, sur le terrain, pour communiquer avec les entrepreneurs.

Dans votre approche, vous insistez beaucoup sur l’information et la communication…En retour, que vous disent vos contacts dans les pays arabes, sur leur perception de la France ?

Vincent REINA - Vous savez, quels que puissent être les aléas du moment, la relation franco-arabe est une longue histoire qui dure depuis treize siècles, et qui a bien évidemment vocation à perdurer… Mais, le sentiment qui nous remonte surtout, c’est que la France n’est pas suffisamment présente !

La concurrence des autres grands pays est forte, de l’Europe à la Chine, et c’est bien pourquoi il nous faut être plus présents, plus actifs pour identifier les opportunités et accompagner nos entreprises. Quand on voit les chiffres de notre commerce extérieur, on se dit que l’on doit faire mieux. Et nous avons tout pour faire beaucoup mieux !

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RETROUVEZ LE VOLET 1/2 de l’entretien :
Vincent REINA, Président de la CCFA :
« Nos événements avec les métropoles régionales et les opérations bilatérales sont deux axes forts de notre action »

SUR LEME THÈME :
Vincent REINA, Président de la CCFA (Paris) : « Il faut vraiment que l’entreprise France soit beaucoup plus présente à l’export ! »

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