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VIe FORUM ÉCO FRANCO-ARABE / À Paris, pour l’Eau et l’Environnement, « l’avenir s’écrit à l’encre verte… »

16 décembre 2025
VIe FORUM ÉCO FRANCO-ARABE / À Paris, pour l'Eau et l'Environnement, « l'avenir s'écrit à l'encre verte… »
Une vue partielle de la salle durant l’intervention d’Antoine Frérot, PDG de Veolia. Photo © DD/APP.
La Chambre de Commerce Franco-Arabe a dédié son VIe Forum France – Pays Arabes au thème de « L’eau, l’environnement, au coeur des besoins, crises et opportunités dans le monde arabe », qui a rassemblé les 10 et 11 décembre 2025 à Paris, 600 participants venus entendre et échanger avec des personnalités, diplomates, entrepreneurs et experts de haut niveau.

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Par Denis DESCHAMPS, pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse

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L’Accord de Paris sur le climat a dix ans. Tous les 22 membres de la Ligue arabe ont signé et ratifié cet accord, qui est devenu l’un des traités internationaux les plus largement adoptés de l’histoire, avec 196 signataires.

Les pays arabes se sont ainsi résolument engagés dans la mise en œuvre de cet accord, qu’il s’agisse de gros producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis (EAU), ou bien du Maroc qui s’implique avec constance dans le développement d’énergies renouvelables.

Comme l’a souligné avec force Antoine Frérot, Président de VEOLIA, intervenant au Forum, « les entreprises françaises et arabes sont à la disposition des pouvoirs publics pour progresser ensemble », sachant que « l’argent n’est pas un problème pour financer de bons projets ».

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> 10 ans en 2025 pour l’Accord de Paris
> 55 ans pour la Chambre de Commerce franco-arabe
> 75 ans pour l’Union des Chambres arabes

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En introduction de ce VIe Forum économique France – Pays Arabes, Samir Majoul, Président de l’Union des Chambres Arabes, a rappelé les efforts menés par les 22 pays arabes en matière de décarbonation, prenant en compte à la fois la recherche d’une prospérité commune et le respect du multilatéralisme mis en place par l’accord de Paris en 2015.

Dans cette perspective, il a évoqué une « diplomatie économique de l’environnement » qui passe par la construction d’un agenda commun avec les entreprises et les partenaires techniques et financiers, pour appuyer des solutions concrètes, à la fois mesurables et contrôlées. Ainsi, s’agissant de la gestion intégrée des ressources en eau, grâce à la mise en œuvre de solutions adaptées permettant de préserver les capacités hydriques dans la région arabe.

Après cette première intervention, le Président du MEDEF – Mouvement des entreprises de France, Patrick Martin, a évoqué le « contexte international particulièrement volatile qui ajoute aujourd’hui des défis et challenges pour les chaînes de valeur mondiales ».

La raréfaction de l’eau, accentuée par le changement du climat, doit ainsi pousser à la mise en œuvre de nouvelles pratiques par rapport à l’utilisation de l’eau (stockage, réutilisation, recyclage, dessalement décarboné…) au plan local, reposant sur l’entreprise comme moteur de l’innovation technologique, et passant par des montages financiers adéquats (Fonds vert, Partenariat Public Privé…)

En tout état de cause, la préservation de l’intérêt commun doit, selon Patrick Martin, se fonder sur la confiance des partenaires locaux et la préservation de l’intérêt des acteurs économiques.

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Plus de la moitié de la population arabe
est en situation de stress hydrique

L’eau est un enjeu stratégique pour les 22 pays qui constituent la Ligue arabe, comme l’a souligné Wissam Fattouh, Secrétaire général de l’Union des banques arabes ; soit 400 banques qui ont la possibilité de mobiliser 5 000 milliards de dollars de financements, dont une partie est consacrée aux ODD – objectifs du développement durable (3 trillions de dollars pour la période 2020 – 2030), en particulier dans les secteurs énergie, santé et eau.

De gauche à droite : SEM Ayeid Mousseid Yahya, Ambassadeur de Djibouti à Paris ; Dr Khaled Hanafy, Secrétaire général de l’Union des chambres arabes ; M. Wissam Fattouh, Secrétaire général de l’Union des banques arabes ; Mme Rayanne Kanaan, Secrétaire générale de la CCFA. Photo © DD/APP.

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Dans le présent contexte de mondialisation sélective, voire fragmentée, il convient par conséquent, selon Khaled Hanafy, Secrétaire général de l’Union des chambres arabes, de développer des technologies franco-arabes, grâce à une reformulation des relations entre la France et les Pays Arabes, pour effectivement induire un changement souhaitable (via le lancement d’une industrie verte – hydrogène, solaire… – par la dynamisation du tissu des PME comme les « WaterTechs ») pouvant notamment contribuer à maîtriser la migration de la jeunesse.

La gestion de la rareté de l’eau, notamment grâce au recours à l’intelligence artificielle, doit ainsi pouvoir répondre à l’exigence de « sécurité hydrique, qui complète celle relative à la sécurité alimentaire », selon l’Ambassadeur de Djibouti à Paris, SEM Ayeid Mousseid Yahya.

Le lien économique des pays arabes avec la France doit être alors nécessairement renforcé, comme c’est le cas pour Djibouti, pays à la croisée du monde arabe et de l’Afrique, et dont la France reste un partenaire fidèle et fiable, dans un contexte général où la résilience de la zone arabe passe aussi par la diversification de ses partenariats.

Rappelons qu’il s’agit là, avec le monde arabe, d’une région composée de pays de natures différentes, qui connaît certes une croissance de 3,7 % , mais aussi un réel problème avec l’eau.

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Les enjeux de la souveraineté
agricole et agroalimentaire

L’Agriculture est le premier employeur de la planète. Avec un stress hydrique qui s’amplifie, en particulièrement dans les régions désertiques comme la zone arabe, le besoin de terres et d’eau augmente, dans un contexte de guerre de souveraineté et de recherche de solutions comme le dessalement de l’eau de mer, par rapport à un secteur agricole qui est reconnu comme un enjeu stratégique majeur.

Comme le précise Sébastien Abis, Président du Club Demeter, pour répondre à un réel besoin de circularité de plus en en plus prégnant avec un réchauffement climatique indéniable (la température dans le monde arabe a ainsi récemment augmenté à un rythme très soutenu), la région arabe doit s’attacher à bâtir une souveraineté solidaire autour du bassin méditerranéen, avec une coopération multilatérale permettant de dérisquer les investissements.

De gauche à droite : M. Sébastien Abis, Président du Club Demeter ; SE Mme Samira Sitaïl, Ambassadeure de SM Mohammed VI en France ; M. Dominique Brunin, Directeur de la CCFA. Photo © DD/APP

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L’ambassadeure du Maroc, SE Mme Samira Sitaïl, a pour sa part souligné que l’agriculture représentait 40 % des actifs dans son pays et que, compte tenu du stress hydrique que connaît le Royaume du Maroc depuis sept ans, il convient de prévoir des sensibilisations et formations sur la gestion de l’eau par rapport aux enjeux agricoles, particulièrement en direction des femmes et des jeunes.

Elle a aussi rappelé que le Maroc avait organisé, du 1er au 5 décembre 2025, le Sommet mondial de l’eau, dont les participants ont notamment examiné comment « amortir les chocs climatiques », grâce à des solutions comme les barrages (le Maroc compte 154 grands ouvrages et 160 petits barrages, depuis la stratégie mise en place dans les années 1960), le dessalement de l’eau de mer et l’assainissement.

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L’eau comme enjeu stratégique

La ministre de l’Environnement du Liban, Tamara El-Zein, a rappelé que son pays avait été, un temps, le château d’eau de la région, qu’il s’agisse des eaux souterraines ou de surface, mais que la guerre et les importants problèmes de gouvernance entre ministères avaient très fortement réduit cette forte capacité… alors même que l’agriculture continue de représenter 60 % des besoins en eau du pays.

Aussi, il paraît difficile de maintenir les réserves en eau, alors que celles-ci sont très largement surexploitées aujourd’hui, avec 80 000 puits au Liban dont 60 000 illégaux, ainsi que 2/3 des eaux souterraines qui partent directement à la mer.
L’eau doit donc être mise au cœur de la politique publique du Liban, en la dissociant du ministère de l’Energie et en ouvrant la porte aux investissements privés, en plus des financements internationaux.

La représentante de la Syrie a, pour sa part, rappelé qu’une guerre de quatorze ans avait détruit l’ensemble des infrastructures et rendu la plupart des réseaux en eau non fonctionnels. L’accès à l’eau douce est donc un défi majeur pour le pays, qui espère pouvoir un jour bénéficier des technologies développées par la France et ses entreprises, comme Eiffage et la SIAAP, pour y remédier.

Il convient par ailleurs de sensibiliser les populations sur le changement climatique et de former les jeunes sur ces défis, afin que la prise de conscience puisse se faire et se transformer en actions concrètes pour l’avenir.

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Le Bassin méditerranéen au coeur
du problème… et des solutions

Intervention de M. Philippe Gauthier, Directeur général de Medef International. Photo © DD/APP.

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En tant qu’Ambassadeure Déléguée interministérielle pour la Méditerranée, Nadia Hai a fait état de la politique française sur le bassin méditerranéen, qui représente 520 millions de personnes. L’augmentation de la ressource en eau doit ainsi passer par un dialogue politique avec des instances comme l’Union pour la Méditerranée (UPM), le 5+5 eau, et également des événements comme le Forum sur l’Intelligence artificielle organisé récemment à Tunis.

Le Président de la CCI Marseille-Aix-Provence, Luc Chauvin a souligné qu’il fallait s’attacher à voir « loin et juste », pour pouvoir effectivement construire l’avenir dans un contexte international marqué par des mutations globales.
Il convient ainsi de préparer l’après-pétrole, en considérant le climat comme une question de sécurité, avec un modèle économique fondé sur l’innovation (investissement dans des technologies propres), l’efficience dans la sécurisation de la ressource et la frugalité dans l’approche du nouveau modèle industriel à mettre en place.

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Le moment VEOLIA

Le Président de VEOLIA, Antoine Frérot, est intervenu en tant que « grand témoin » du Forum. Il a en particulier rappelé que son groupe était présent dans 12 pays arabes (sur 22), avec 13 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires annuel de 2 milliards d’Euros, pour répondre aux enjeux d’une extraction excessive des ressources naturelles en eau, avec une réduction des réserves qui est aussi accrue par la concentration urbaine.

Par rapport à cette problématique, VEOLIA permet de développer des solutions adaptées :
 Utilisation de l’intelligence artificielle (gestion prédictive de l’information) pour améliorer la gestion des infrastructures et limiter les pertes et gaspillages ;
 Recherche de ressources alternatives, comme le dessalement de l’eau de mer (à condition qu’il repose sur des énergies renouvelables comme le photovoltaïque), la réutilisation des eaux usées (par exemple, en Jordanie), le recyclage…
 Développement de formations…

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La Ligue des États et
les pays de la zone arabe

Hassan Zaki, Secrétaire général adjoint de la Ligue des États arabes, a souligné que 19 pays arabes sur 22 ont de sérieux problèmes en matière d’eau, en raison de la nature désertique de la région. Il a indiqué que son organisation soutient la recherche de solutions à la fois efficaces et inclusives, pour la modernisation de la gestion de l’eau (par exemple, dans le domaine de l’irrigation).

L’ambassadeure Leena Al-Hadid a de son côté rappelé que la Jordanie connaît des difficultés importantes, en raison de l’accroissement de sa population, avec des nombreux réfugiés installés depuis 1948 et qui ont largement contribué à la diminution des capacités des ressources en eau du fleuve Jourdain (celles-ci représentent désormais 2 % de leurs capacités initiales). De même au Liban, où les terres agricoles ont été entièrement ravagées par les bombardements au phosphore, comme cela a été indiqué par Ali Hamieh.

Aussi, les infrastructures sont vieillissantes, comme ailleurs dans la région, par exemple en Irak où le développement de l’agriculture nécessiterait la mise en œuvre de solutions techniques innovantes, comme celles qui pourront être présentées lors de la Foire de Bagdad qui sera organisée du 2 au 5 février 2026…

Le coût de l’inaction étant, en tout état de cause, absolument considérable, il importe que les fonds souverains au Moyen-Orient (5 trillions de dollars gérés), interviennent avec les différents acteurs internationaux, tels que ceux qui étaient présents au One Planet Summit for Water organisé à Riyadh (Arabie saoudite) en décembre 2024.

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Retrouvez ici tous les REPLAYS
de notre XXe CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS DE PARIS (CAP 20)

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