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Une grande marche des Libyens sur Tripoli,
espoir des insurgés pour faire tomber le clan Khadafi

Libye | 23 février 2011 | src.LeJMED.fr
Tripoli -

Ces dernières nuits ont été sanglantes en Libye. Et les discours du « Guide » Kadhadi, comme celui de son fils Saïf el Islam, n’ont pas calmé la colère du peuple libyen. Bien au contraire, ils l’ont attisée, et depuis treize villes les Libyens ont entrepris de s’organiser pour tenter une grande marche pour déferler sur Tripoli. Et faire tomber le clan…

Image ci-dessus : manifestants à Benghazi. © Capture vidéo amateur


La Libye a enfin annoncé un bilan sur le nombre de massacres. Il est lourd : 300 morts. Et ce ne sont que les chiffres officiels. Il faut donc s’attendre au pire. Selon le ministre de l’Intérieur, la plupart des victimes ont été recensées à Benghazi (104 civils et 10 militaires), deuxième ville du pays à 1 000 km à l’est de Tripoli et foyer de l’insurrection ; à Al-Baïda (18 civils et 63 militaires) et à Derna (29 civils et 36 militaires). Selon cette fois un communiqué de la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH), daté ce 23 février, 640 personnes auraient trouvé la mort à ce jour, dont 275 à Tripoli et 230 à Benghazi.
Malgré ces morts, force est donc de constater que Kadhafi est toujours debout et que Tripoli – que les insurgés venus des trois grandes villes (Tarhouna, Zaouia et Gharyan) les plus proches de la capitale voulaient faire tomber lundi soir – est toujours aux mains du clan Kadhadi.

Certains ont cru le Guide en fuite, au Venezuela, mais hier il est bel et bien apparu à Tripoli derrière la protection – semble-t-il, mais ce n’était pas très net – une vitre anti-balles, pour prononcer son discours à la fois pathétique et menaçant.
Après une heure de monologue sur son rôle dans la révolution, son mépris de l’Occident responsables des troubles, et de menaces de représailles contre la population, l’invitant à livrer « les jeunes » trublions aux forces de l’ordre, il est reparti dans une étrange véhicule aux allures vieillottes et qui ressemblait fort à une voiturette de golf !

Les réformes qu’il a annoncées concernent principalement la mise en place de nouveaux comités révolutionnaires – autrement dit, des purges –, de nouvelles municipalités.
Rien de nouveau dans tout cela. Les purges et la décentralisation régionale ont déjà été opérées par dans le passé, sans que cela ait entraîné de grands changements. La décentralisation est restée purement administrative et n’a aucunement concerné les finances. Un élément aurait pu, semble-t-il, calmer les insurgés, mais que le Guide s’est bien caché de prononcer ne serait-ce que du bout des lèvres : la distribution de la manne pétrolière, telle qu’il l’avait annoncé, il y a de nombreux mois. Mais rien sur cette question n’a été abordé dans son discours. Le peu de Libyens qui ont dü l’écouter sont donc restés sur leur faim.

Des milices et une armée surpayées permettent
à Khadafi de se maintenir (encore ) au pouvoir

Qu’est ce qui permet aujourd’hui à Kadhafi de se maintenir au pouvoir ? Manifestement ce sont les milices et l’armée, dont les soldes ont du être largement augmentées depuis le début des événements. Le Guide aurait même recruté, semble-t-il, des mercenaires africains, notamment des Somaliens, pour tuer les insurgés. Et tout ceci à prix d’or.

Sans cette milice qui compterait près de 30 000 membres et une armée de 40 000 hommes, Kadhafi ne serait plus là depuis longtemps. Mais, la Libye n’est pas l’Égypte et encore moins la Tunisie. Sa force, c’est son indépendance militaire. Son budget ne dépend pas de l’étranger comme pour l’armée égyptienne ou tunisienne. Le deuxième point : la manne pétrolière et gazière qui alimente, aujourd’hui, les soldes de ses milices et de son armée. Cette indépendance explique en partie pourquoi Kadhafi reste indifférent aux sirènes de l’Occident qui lui demandent d’arrêter les tueries. Il est sur son territoire et il fait ce qu’il veut.

Autre raison, encore : Kadhafi est un guerrier – « je me battrai jusqu’au bout », clame-t-il. Aussi démente soit cette phrase, elle exprime cette facette de la personnalité de Kadhafi, celle d’un guerrier, « droit dans ses bottes », qui va jusqu’au bout de ses intentions aussi folles soient telles. Il a cette force intérieure et psychologique peu commune qui dépasse l’entendement, même si le grotesque finit par l’emporter, quand on le voit, par exemple, parapluie à la main ou dans une voiture simili golf comme s’il revenait d’une partie ! Le peuple l’aurait salué en d’autres circonstances pour sa détermination, mais pour le coup, ces « qualités » coûtent aujourd’hui très cher aux Libyens, « ses enfants » qu’il est en train d’assassiner.

Les habitants de treize villes pourraient déferler sur Tripoli

Côté manifestants, ils semblent compter sur le temps et l’usure de l’armée. « Face à une telle armada d’artillerie, la population ne peut faire face », explique, un observateur. Sa déception semble d’autant plus grande que les insurgés pensaient faire tomber Tripoli lundi soir et donc le clan Khadafi. Ils ne s’attendaient pas manifestement à ce que celui-ci ose faire tirer sur eux avec des hélicoptères ou des avions de chasse.

Aujourd’hui, les insurgés de Tripoli espèrent le renfort des habitants de près de treize villes qui doivent normalement déferler sur Tripoli pour la faire tomber. Et rêvent que devant l’ampleur massive des manifestants, Kadhafi n’osera pas tirer et décidera de jeter l’éponge. Ils espèrent aussi la défection de l’armée. Un général, Al Mhadi Al Arabi, actuellement à Zaouia, tente de récupérer les défections au sein de l’armée pour les organiser contre Kadhafi. Mais, pour contrer ces défections, 22 officiers, ont été exécutés, il y a deux jours, par les milices. Leurs maisons ont été dévastées. Par ailleurs, selon les dernières rumeurs, dans la nuit de mardi à mercredi, l’armée aurait marché vers l’Est pour désamorcer la tentative de « grande » marche annoncée sur Tripoli.

Les « rivières de sang » de Seif-el Islam

Un homme aurait pu semble-t-il régler la situation : le fils Seif-el Islam, 38 ans et qui contrôle avec son frère Saadi la manne pétrolière. Mais son discours a été une catastrophe : il a promis des « rivières de sang » et des réformes. Mais quelles réformes ?
Perçu par une partie des Libyens et surtout par l’Occident comme réformateur pour avoir réclamé des réformes institutionnelles et constitutionnelles avec à la clef une vie politique, il n’a pourtant rien dit dans son discours sur la distribution de la manne pétrolière qui profite aux seuls très proches du pouvoir. Rien n’a été dit également sur ces jeunes exclus qui se sont accaparés depuis des années un marché informel dans une Libye qui manifestement se crée sans eux. Seif el Islam, tout comme son père, n’a pas saisi la réalité de la société, sa souffrance.

Son discours menaçant a prouvé encore une fois aux Libyens qu’on leur racontait des mensonges, que les réformes tant promises auraient été renvoyées aux calendes grecques. Pourquoi en effet les frères Kadhafi, Saif el Islam et Saadi, se sont-ils toujours battus pour le pouvoir, et d’autant plus depuis la réouverture de la manne pétrolière, alors que le premier, dans différentes interviewes, promettait des réformes allant dans le sens de la démocratie ?
Une contradiction de plus qui de toute évidence n’échappe plus aux Libyens, qui, au lendemain de son discours, ont entrepris de se ruer sur Tripoli pour faire tomber le clan.

© Hélène Bravin pour LeJMED.fr
Journaliste spécialiste du Maghreb

Mise à jour, 23/02/2011 - 19 h 50
Selon le bureau AFP Italie, Kadhafi aurait perdu le contrôle des régions de l’Est. Dans la nuit de mardi à mercredi, il avait ordonné à l’armée de se diriger vers les régions de l’Est pour empêcher l’arrivée massive de manifestants à Tripoli. L’ordre n’aurait-il pas été respecté ? La marche-manifestation sur Tripoli, prévue au départ de 13 villes, pourra-t-elle se faire pour faire plier Kadhafi ? Le Guide partira-t-il avant ? Les prochaines heures seront probablement décisives.


Du même auteur :

- La chute annoncée de Kadhafi (?) : une fatwa lancée contre lui, des tribus insurgées marchent sur Tripoli


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