Thierry PAIRAULT / Chinafrique - Europe : Que veut la Chine en Afrique méditerranéenne ?
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Par Denis DESCHAMPS, pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse
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Les analyses géopolitiques et géoéconomiques des relations entre l’Afrique et la Chine sont souvent entravées par deux biais critiques : une utilisation réductrice du terme « Afrique » pour désigner uniquement les régions subsahariennes – comme si les pays du nord du continent étaient périphériques – et un discours qui présente l’engagement de la Chine comme une rivalité binaire avec « l’Occident », négligeant souvent l’action et la présence des pays de l’Union européenne.
Pour pallier ces limites, l’auteur de l’article (Thierry Pairault, Directeur de recherche émérite (CNRS - École des Hautes Études en Sciences Sociales) se concentre sur les pays de l’Afrique méditerranéenne : l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.
Il compare leurs liens économiques avec la Chine et avec l’UE afin d’évaluer les véritables influences et interactions. La recherche entreprise explore ensuite l’approche stratégique de la Chine à l’égard de ces cinq États, en se demandant si l’engagement chinois vise en fin de compte à faciliter l’accès aux marchés européens plutôt qu’à faire de la Méditerranée un théâtre stratégique à part entière.
L’article met aussi en évidence que les pays africains méditerranéens entretiennent toujours des liens économiques plus étroits avec l’UE qu’avec la Chine. Pour des raisons purement géographiques, la stratégie européenne connue sous le nom de Global Gateway est susceptible de favoriser une coopération encore plus étroite à travers la Méditerranée et avec les cinq pays africains méditerranéens, même si son ambition est de couvrir l’ensemble du continent africain.
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L’« Initiative pour
une civilisation
mondiale »… sinisée
De plus, les succès évidents remportés par la Chine ces dernières années dans la région n’empêchent pas l’UE d’exercer son influence. Au contraire, en redéfinissant les modalités de coopération avec les pays en développement, la stratégie Global Gateway pourrait renforcer la crédibilité de l’UE, comme le craignent explicitement certains analystes chinois.
La « diplomatie européenne des valeurs » dénoncée par des analystes chinois donne actuellement en Chine une impulsion à une croisade normative et idéologique visant à dé-occidentaliser le monde. Les dirigeants chinois imprègnent cette confrontation d’une dimension quasi messianique, annonçant la mise en place de l’« Initiative pour une civilisation mondiale » sinisée. Comment tirer le meilleur parti de ce « choc des civilisations » entre l’Occident – ici l’UE – et la Chine est un défi pour l’Afrique, en particulier l’Afrique méditerranéenne…
Les observations de Thierry Pairault à propos des relations entre les cinq pays et la Chine, d’une part, et entre les cinq pays et l’UE, d’autre part, soulèvent la question de la nature d’un éventuel partenariat avec la Chine ou l’UE.
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Des partenariats
très déséquilibrés
Le partenariat est un concept qui peut avoir différentes significations selon qui l’utilise. Il reflète souvent les objectifs de la partie qui prétend œuvrer en ce sens. Il est évident, comme il le souligne, que les partenariats entre l’Afrique méditerranéenne et la Chine et l’UE sont très déséquilibrés. Ce déséquilibre est encore plus prononcé avec la Chine qu’avec l’UE. Il est clair selon lui que l’objectif premier de la Chine en Afrique méditerranéenne est d’établir une présence stratégique pour son expansion commerciale sur le marché européen, plutôt que de chercher à augmenter sa part de marché en Afrique.
À l’inverse, les objectifs européens sont probablement plus politiques, comme le suggère le partenariat euro-méditerranéen (Euromed), qui vise une coopération régionale stratégique (sans grand succès toutefois). Mais pour poursuivre la comparaison, il rappelle qu’il faut prendre en compte une autre dimension. La Chine reste une économie dirigée, tandis que l’UE est une économie de marché.
La relation entre la politique et l’économie est, de fait, très différente dans ces deux puissances. Si une entreprise européenne devait conclure un partenariat avec l’un des cinq pays, elle pourrait ignorer complètement les stratégies de partenariat européennes, ce qui est difficilement concevable dans le cas d’une entreprise chinoise.
Au final, un article et un livre qui pourront intéresser les spécialistes des relations internationales, des études Afrique-Asie, les chercheurs, les décideurs politiques, les militants et même le lecteur curieux non spécialiste.
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* « Relations Afrique-Chine : partenariat, servage ou mise en gage ? »
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PRENEZ DATE :
LA CAP 21 se tiendra le MERCREDI 25 MARS
à Paris, de 18 h à 20 h.
> Thème : L’excellence sociétale des entreprises françaises en Afrique.
(Plus de détails dans quelques jours)
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