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Téléphonie mobile : 14 millions de Marocains passent d’un coup à l’Orange

12 juillet 2017
L’implantation d’Orange au Maroc constitue pour l’opérateur français une étape de plus dans sa conquête de nouveaux marchés, en Afrique comme dans le monde arabe. Et son PDG, Stéphane Richard, a déjà beaucoup d’autres projets en vue.

Photo - Présents à l’inauguration de la première boutique Orange à Casablanca, vendredi 9 décembre : Stéphane Richard, PDG ; Yves Gauthier, DG d’Orange Maroc ; Bruno Mettling, patron d’Orange Middle East Africa. (© B. F.)

par Bruno Fanucchi, à Casablanca | 11/12/2016, 10:17 | 1138 mots


Méditel, le deuxième opérateur de téléphonie mobile du Royaume, est devenu officiellement Orange Maroc. La bascule s’est effectuée jeudi 8 décembre en présence de Stéphane Richard, le PDG d’Orange, accompagné de tout son état-major réuni à Casablanca et Skhirat pour fêter l’événement.

Les dirigeants d’Orange entendent bien faire de ce nouveau succès, qui leur permet d’acquérir 14 millions de clients supplémentaires, une étape décisive dans leur conquête stratégique et méthodique de nouveaux marchés prometteurs en Afrique, où le développement du numérique va très vite, comme dans le monde arabe où la percée de l’opérateur français est plus que significative - l’Égypte, où Orange a remplacé Mobinil en mars dernier, est désormais le pays où l’opérateur compte le plus d’abonnés au monde avec 34 millions de clients, c’est-à-dire plus qu’en France !

Des « offres corridor »
pour les diasporas marocaines d’Europe

La marque Orange, c’est aujourd’hui 256 millions de clients répartis sur 29 pays, dont 55 millions d’arabophones en Égypte, en Jordanie, en Tunisie et désormais au Maroc.
Directeur Général d’Orange Maroc, Yves Gauthier a ainsi annoncé 60 minutes gratuites offertes à tous les nouveaux clients en guise de bienvenue chez Orange et promet pour les semaines à venir de nouvelles offres visant à fidéliser le maximum de clients. À commencer par des « offres corridor » permettant aux importantes diasporas marocaines vivant en France, en Espagne ou en Belgique (qui a connu également son rebranding en 2016) de joindre leurs familles à moindre coût et, dans l’autre sens, un « meilleur positionnement sur le rooming [itinérance] pour les gens qui voyagent ». C’est-à-dire en priorité les ressortissants expatriés de ces pays travaillant au Maroc ou s’y rendant régulièrement pour affaires ou vacances. C’est là une véritable cible.

« Entrer sur ce marché du fixe
et y apporter tous nos services »

Mais au Maroc, Orange veut désormais s’attaquer au monopole de l’opérateur historique Maroc Télécom en matière d’internet sur les lignes fixes. « On compte bien par tous les moyens possibles rentrer sur ce marché du fixe et y apporter tous nos services et applications comme Orange et moi car nous sommes prêts à apporter une contribution au développement économique et numérique du Maroc », insiste Bruno Mettling, patron d’Orange Middle East Africa, qui devait revoir ce week-end le régulateur marocain. Tant il est vrai que « l’Afrique a vocation à être le territoire de croissance du goupe Orange ».

Pour assoir sa position en attendant, Orange promet bien d’autres innovations pouvant séduire les Marocains, même si la direction se refuse pour l’heure à en dire davantage, invoquant des données « fortement concurrentielles ». L’opérateur français, qui va lancer dans la foulée une Fondation Orange et promet de s’intéresser davantage aux contenus, a d’ores et déjà décidé de sponsoriser un certain nombre d’événements et de manifestations culturelles au Maroc, comme la prochaine édition du Festival du rire organisé par Jamel Debbouze, du 12 au 16 juillet 2017, à Marrakech.

Prochaines étapes : le Burkina Faso,
le Liberia et la Sierra Leone

Ce qui vient de se passer à Casablanca puis va s’étendre à tout le Maroc, sillonné en long et en large par des caravanes aux couleurs d’Orange, ne constitue cependant que le début d’une grande offensive en direction d’autres pays d’Afrique, cette fois-ci subsaharienne.

Très bien implanté en Côte d’Ivoire, la marque au carré orange prévoit d’ores et déjà d’accroître son réseau dans la sous-région en organisant dès 2017 le rebranding dans trois pays. Le Burkina Faso qui, en pleine renaissance depuis qu’il a retrouvé une certaine stabilité politique, est à la recherche d’investisseurs étrangers, comme le prouve la grande Conférence réunissant la semaine passée à Paris les entreprises intéressées par la relance de l’économie de ce pays riche notamment en minerais et coton. Et deux autres pays voisins qui, eux-aussi, reviennent de loin : le Liberia et la Sierra Leone.

Une complémentarité stratégique
avec le Groupe Bolloré

En Afrique, Orange se plaît désormais - comme c’est le cas en Côte d’Ivoire - à collaborer au coup par coup avec un autre entrepreneur français plus qu’influent, à savoir Vincent Bolloré, qui a de véritables positions dans les ports, la logistique et le transport. Ainsi, lorsque Bolloré poursuit sa grande boucle ferroviaire reliant cinq pays d’Afrique (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Niger, Bénin et Togo) d’Abidjan à Lomé et en profite pour tirer en parallèle la fibre, Orange voit très bien la complémentarité qu’il pourrait apporter demain à ce projet.

Stéphane Richard intéressé
par le rachat de Canal +... et plus encore

« En France comme en Afrique, remarque Stéphane Richard, beaucoup de raisons poussent à une alliance entre Orange et Canal + : la réalité industrielle et la volonté partagée entre les deux entreprises ». Ballon d’essai lâché à Casablanca ?
Le patron d’Orange avoue lui-même qu’il regarderait de près un éventuel rachat de Canal + (dirigé par Bolloré) et lâche comme si de rien n’était : « Si demain Canal + était à vendre, évidemment Orange serait intéressé... ».
Avant d’ajouter : « Pas question, en revanche, que Bolloré [qui n’en a d’ailleurs jamais exprimé la volonté] entre au capital d’Orange ». On n’en saura pas plus car les grandes manœuvres - si elles doivent un jour avoir lieu - se dérouleront en coulisses...

Ce n’est donc pas complètement un hasard si Alexandre Bompard, l’homme qui a redressé la FNAC, vient de rejoindre le groupe en étant coopté le 7 décembre en qualité de nouvel administrateur. « C’est une chance de l’avoir avec nous, observe Stéphane Richard. Sur le plan stratégique, il apportera beaucoup à Orange d’autant plus qu’il a une expérience de la télé payante ».
N’a-t-il d’ailleurs pas travaillé pour Canal + de 2004 à 2008, en redressant la chaîne cryptée et en obtenant les droits de retransmission de tous les matchs de la Ligue 1 de football ?

Stéphane Richard regarde également de manière attentive tout ce qui se passe en Iran, pays qui constituera assurément demain un marché très prometteur en matière de téléphonie. Mais au sujet duquel il convient encore de rester prudent, en raison des sanctions internationales qui - même levées - pourraient automatiquement revenir en vigueur au moindre faux-pas de Téhéran à propos de l’accord conclu sur la question nucléaire. « C’est un marché à l’évidence très intéressant et prometteur, lâche-t-il, mais on ne va pas se précipiter ». En Irak, l’expérience d’Orange n’a guère - il est vrai - été concluante, vu la tournure dramatique des événements.

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Ce texte a été publié une première fois sur le blog EuroMed-Afrique d’Alfred Mignot, sur LaTribune.fr, le 12 décembre 2016.

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