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Taybeh, une délicieuse bière palestinienne disponible en Europe… en Allemagne et Belgique

Palestine | 26 mai 2010 | src.Europa Jaratouna
Déguster une bière palestinienne en Allemagne ou en Belgique ? C’est possible depuis quatre ans. La Maison de la Bière 131 en Allemagne qui possède la licence de la seule et unique bière palestinienne, s’occupe de la commercialisation de Taybeh, bière blonde palestinienne fabriquée pour l’occasion en Belgique par la Brasserie Strubbe. Une bière qui est devenue la fierté et le symbole de l’économie palestinienne…

« Il est difficile d’exporter. Nous [les Palestiniens] sommes obligés d’obtenir l’accord des Israéliens car nous ne possédons ni aéroport, ni port. Si j’envoie mes fûts en Europe via l’aéroport de Tel Aviv, rien ne garantit le départ en temps et en heure de la marchandise », explique David Khoury, le maire du village de Taybeh depuis 2005, un village du nord de la Cisjordanie « 100 % chrétien ».

« La Maison de la Bière 131 nous reverse un pourcentage des ventes », explique Nadim Khoury, le concepteur de la bière Taybeh et frère de David, sans toutefois fournir plus d’information sur les termes du contrat. Markt Strubbe, le directeur de la brasserie belge croit savoir que « Médecins sans frontière et Oxfam Belgique achètent cette bière. Ensuite le reste de [sa] production part en Allemagne ».

L’histoire d’une bière… et d’une famille

À l’origine de la bière Taybeh (« délicieux », en français), une famille. Après être rentrés des États-Unis en 1994 – peu après la signature des Accords d’Oslo – et ayant reçu la bénédiction de Yasser Arafat, le leader palestinien de l’époque, tous les membres de la famille Khoury ont vendu leurs biens pour acheter le matériel et les ingrédients – malt, houblon, levure – utiles à la fabrication de la boisson. « Notre recette est unique », assure David Khoury sans révéler plus de détail mais précisant que « [la] capacité de production [de la brasserie] est aujourd’hui à son maximum ». L’an dernier, malgré les restrictions d’eau, quelque 6 000 hectolitres ont été produits dans ce petit village. « L’été, nous n’avons de l’eau que trois ou quatre jours par semaine. Les trois colonies autour du village en consomment beaucoup », poursuit David.

Apparue le 15 août 1995, cette bière a résisté à la Seconde Intifada grâce à la volonté de fer de Nadim. Peu avant le soulèvement, en 2000, deux nouvelles recettes étaient présentes dans les bars palestiniens : la brune et la légère. Malgré les combats, les couvre-feu et les "checkpoints", la famille a poursuivi la production et la vente. « En 1999, nous avions une quinzaine d’employés. Quand l’Intifada Al-Aqsa a éclaté, le tourisme s’est effondré. Les hôtels et les restaurants n’avaient plus de clients. Ne pouvant payer les salaires, nous avons dû licencier tout le monde en 2002. Seul l’hôtel, American Colony, à Jérusalem nous passait encore des commandes » se souvient David Khoury.

S’entama alors un périple. À dos d’âne, les fûts rejoignaient un camion situé à l’extérieur du village. A chaque "checkpoint", la marchandise changeait de transport. « Il fallait compter une journée pour un trajet qui prenait normalement 20 minutes », David Khoury.

L’histoire d’une réussite,
et la création d’une nouvelle bière… sans alcool

Symbole de l’économie palestinienne, cette bière est la fierté de tout un pays. Rapidement, elle s’exporte dans le nord d’Israël, marché qui représente désormais 30 % du chiffre d’affaires dont le montant ne sera pas communiqué. Le symbole de la paix économique tant promue par Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien ? « Paix économique ? Quelle paix économique ? On ne contrôle même pas nos frontières et nous devons scanner nos fûts près d’Hébron (sud de la Cisjordanie) pour les livrer à Jérusalem », constate David Khoury.

Depuis, les idées fusent chez les Khoury. En 2005 est apparue la bière « ambre » en même temps qu’a été créé l’Okterberfest de Taybeh, un festival de la bière annuel organisé le premier week-end d’octobre, dans ce village palestinien.

L’an dernier, plus 12 000 palestiniens et internationaux, se sont réunis durant deux jours autour de la culture palestinienne et de l’arrivée d’une nouvelle bière… sans-alcool. « C’est pour pénétrer le marché arabe », précise David Khoury. Outre l’Irak et le Koweït, le marché états-unien tente également ces professionnels de la bière. Mais, à l’instar de l’Europe, les Khoury cherchent un brasseur.

Julie Schneider
Source : Eurojar.org - 10 mars 2010


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