Retrouvez AfricaPresse.paris sur :
RSS

Outils

Tania-B. M’BAKA, PR de l’ONG Migrations & Climat Int. lance la campagne de collecte de fonds 2026 et alerte : « Le nouveau désordre mondial impacte directement la cause du climat »

12 janvier 2026
Tania-B. M'BAKA, PR de l'ONG Migrations & Climat Int. lance la campagne de collecte de fonds 2026 et alerte : « Le nouveau désordre mondial impacte directement la cause du climat »
Tania-Bénédicte M’BAKA, Présidente de l’ONG Migrations & Climat International. © DR
Dans un contexte particulièrement malheureux pour le climat et le développement de l’Afrique, conséquence de plusieurs décisions de l’administration Trump, la Présidente de Migrations & Climat International, Tania-Bénédicte M’Baka, nous fait part des réalisations et projets de son ONG, en même temps qu’elle lance sa campagne 2026 de collecte de fonds.

.

Propos recueillis par Denis DESCHAMPS pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse

.

Les décisions de la nouvelle administration américaine en place depuis janvier 2025 représentent en effet un bouleversement majeur de la politique climatique mondiale, qu’il s’agisse du gel immédiat d’importants financements environnementaux ou du soutien affirmé aux énergies fossiles.

Les Etats-Unis se sont retirés par ailleurs en 2025 de l’Accord de Paris conclu en 2015 (fixant une limitation des températures à 1,5° par rapport à la période préindustrielle) et, le 7 janvier dernier, de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et de son équivalent pour la biodiversité, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

À cette fracture de la dynamique mondiale de lutte contre les crises écologiques, construite progressivement depuis la première COP (« Conférence des parties », Berlin 1995), l’administration américaine a ajouté son retrait de l’Unesco (organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), alors même que l’aide américaine à l’étranger (US Aid) a été arrêtée, au détriment d’agences et d’organisations qui agissent sur le terrain, en Afrique, comme le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) ou le Programme alimentaire mondial (PAM).

.

L’ENTRETIEN avec Tania-Bénédicte M’Baka,
Présidente de Migrations & Climat International

APP – Tout semble se compliquer sérieusement pour l’environnement, en raison de la mise en place de la nouvelle approche américaine sur le sujet. Pour autant, faut-il envisager de revoir les mécanismes d’atténuation / adaptation qui sont prévus pour apporter une réponse au dérèglement du climat ?

Tania-Bénédicte M’Baka – Le nouveau contexte international en 2026 ne doit rien changer à l’architecture climatique et l’agenda environnemental mondial qui ont définis par la COP1 de Berlin (1995) : la mise en œuvre des deux stratégies complémentaires d’atténuation et d’adaptation reste en effet on ne peut plus nécessaire pour atteindre les objectifs du développement durable (Agenda 2030 de l’Organisation des Nations Unies) et aussi assurer les trajectoires de décarbonation (Cap 2050).

Certes, dix ans après l’accord de Paris sur le climat et malgré les engagements des États, la contribution à l’atténuation reste en deçà des objectifs fixés, particulièrement pour ce qui concerne celui de maintenir la hausse des températures en dessous de 1,5° par rapport à la période préindustrielle. Nous en sommes en effet à +1,6° en 2025…

La maîtrise de l’empreinte carbone par des politiques d’atténuation agissant sur les causes du réchauffement climatique consécutif à l’augmentation de gaz à effet de serre s’avère en fait difficile, surtout dans le contexte actuel. C’est pourquoi celles-ci doivent être utilement complétées par des mécanismes d’adaptation ou d’ajustement qui visent à gérer pragmatiquement les effets du changement du climat et ses conséquences.

Notons qu’il y a par ailleurs la compensation que vous n’avez pas mentionnée, qui découle des dernières COP et qui a pour objet de répondre à la préoccupation de rééquilibrage nécessaire entre un Nord qui pollue depuis des décennies (avec émission intensive de GES – Gaz à effet de serre, qui s’est poursuivie malgré les alertes du GIEC, la Conférence de RIO de 1992 et la COP1 de 1995 qui a posé les bases institutionnelles, juridiques et politiques du développement durable) et un Sud qui subit cette pollution.

APP – Concrètement, comment faire pour remédier aux conséquences du dérèglement climatique, à la fois au Nord et au Sud ?

Tania-Bénédicte M’Baka – La problématique du climat est globale, comme cela est souligné depuis la COP1. Le réchauffement climatique impacte en effet indéniablement tous les continents. Cependant, lorsque j’ai accompagné des chefs d’État africains dans les dernières COP (Dubaï, Bakou, Belém), j’ai constaté que la notion de justice climatique était un sujet absolument phare qui devait être mieux traité.

En particulier, je crois qu’il est urgent d’agir en faveur d’une véritable justice de l’information climatique, afin de la rendre accessible et compréhensible par le plus grand nombre, pour permettre une mise en action massive et concertée des acteurs pouvant faire évoluer nos sociétés vers un modèle plus soutenable et durable : nous devons ainsi favoriser la prise de conscience de tous ces acteurs sur le défi particulièrement majeur que constitue le climat pour le développement économique et social des pays du Sud.

Je souligne à nouveau que le Nord pollue et le Sud ne pollue pas – ou à peine : la COP28 de Dubaï a ainsi décidé un mécanisme de compensation fondé sur le principe pollueur-payeur. Aussi, par rapport à ce mécanisme de compensation, la COP29 de Bakou a prévu une enveloppe et la COP30 de Belém a défini une feuille de route et des provisions, avec les intentions qui ont été manifestées.

Maintenant, nous devons donc pouvoir passer à l’opérationnel, autrement dit « décaisser » les importantes sommes qui ont été engrangées… sachant que, comme vous le savez, le contexte géopolitique mondial est aujourd’hui pour le moins tendu avec la politique menée par la nouvelle administration américaine.

APP – Vous êtes angevine et bordelaise d’adoption... Mais aussi, en tant que française d’origine centrafricaine, quel est alors votre plaidoyer pour l’Afrique ?

Tania-Bénédicte M’Baka – Comme chacun sait, l’Afrique est le berceau de l’humanité. Aussi, avec le bassin du Congo, c’est l’un des deux poumons du monde (avec la forêt amazonienne) : il faut bien en avoir conscience et prendre les mesures nécessaires pour défendre et préserver le continent.

En tant que continent constitué de 54 pays, l’Afrique doit être en effet nécessairement accompagnée pour pouvoir mieux se protéger par rapport aux conséquences du réchauffement climatique sur ses populations les plus vulnérables. Du fait du climat, celles-ci sont en effet poussées à quitter leurs campagnes pour aller chercher dans les villes un mieux-être qu’elles ne trouvent généralement pas, avant de se résoudre à migrer à l’international dans d’autres pays africains ou bien en Europe.

Comme je dois vous le rappeler, la source première, le premier kilomètre de ces mouvements de populations est le réchauffement climatique, qui entraîne à la fois des sécheresses, des canicules et des inondations, et qui conduit à l’appauvrissement des sols avec des conséquences désastreuses sur la production agricole, la sécurité alimentaire, la biodiversité et l’habitat.

Nous avons alors lancé Migrations & Climat International en 2024 pour contribuer à limiter ce phénomène de migration forcée, grâce aux actions menées par notre ONG dans les différents domaines de la sensibilisation, de la formation et de l’accompagnement de projets à impact.

Je tiens aussi à préciser que nos actions ne concernent pas que le continent africain : tout le monde est en effet impacté par le réchauffement, qui provoque partout des catastrophes importantes (incendies, inondations), en Guinée (pour ne prendre que cet exemple africain) comme en France ou aux États-Unis.

APP – Quelles sont les actions menées par Migrations & Climat international ?

Tania-Bénédicte M’Baka – Les femmes et les jeunes étant les plus vulnérables, il s’agit malheureusement des populations les plus impactées par le climat. Mais aussi, d’un autre côté, les femmes et les jeunes sont possiblement les véritables « architectes de l’adaptation », en raison de leur capacité à valoriser des « approches endogènes » (autrement dit traditionnelles et donc pauvres en carbone) et à innover avec des projets à impact.

Dans un contexte africain fondé sur une économie largement « informelle », essentiellement agricole et artisanale, les femmes et les jeunes peuvent ainsi largement contribuer à la résilience climatique et à la sécurité alimentaire des populations de leurs territoires. À cet égard, je tiens à rappeler, pour l’avoir évoqué en 2025 lors du lancement à Paris (France) puis à Dakar (Sénégal) de notre programme #FemmeAdaptClimat, le rôle pivot de la femme africaine par rapport à la subsistance, à l’économie domestique.

Prenez note : « L’adaptation climatique n’est pas une option, mais un investissement pour un développement économique durable, social, culturel et environnemental ». Notre ONG MClimat est donc présente pour cela dans plus de 15 pays où nos coordonnateurs locaux organisent au plus proche des populations - en particulier auprès des jeunes publics - des campagnes de sensibilisation sur l’accélération de l’adaptation climatique. Nous pouvons ainsi distribuer à cette occasion des « kits » d’adaptation climatique (pour les écoliers, les femmes, les jeunes), dès lors que nous recevons des financements pour cela.

Aussi, MClimat porte 7 projets d’adaptation, comme la Maison MClimat composée de 6 pavillons thématiques ou l’Académie #FemmesAdaptClimat, qui sont à la fois duplicables et ajustables dans chacun des pays où nous intervenons pour répondre aux besoins des populations, avec en tête pour l’Afrique, cet Agenda 2063 de l’Union africaine qui vise à transformer le continent en puissance mondiale de l’avenir.

Je viens de l’évoquer, il y a aussi le programme #FemmeAdaptClimat qui, après son lancement le 22 mai 2025 à l’Assemblée nationale à Paris, a engagé une tournée africaine qui a commencé par le Sénégal (Assemblée nationale, à Dakar) en juillet dernier et va se poursuivre en Côte d’ivoire, en Guinée, au Cameroun, au Cap vert, aux Comores… Et bientôt un programme #JeunesadaptClimat.

APP - Quelles sont principales attentes par rapport au développement de MClimat ?

Tania-Bénédicte M’Baka – Nous lançons en janvier notre première campagne de collecte de fonds. Nous avons en effet impérativement besoin du soutien financier des entreprises et des institutions pour pouvoir accélérer nos actions de sensibilisation sur l’égalité, la justice climatique, l’inclusion du genre et des femmes dans les politiques d’adaptation.

Tous les dons sont donc bienvenus pour renforcer nos actions de sensibilisation, de formation, de plaidoyer, d’accompagnement de projets à impact et pour aussi déployer nos programmes dans les domaines de l’eau, de l’agroécologie, de la forestation, des déchets, des énergies, de la recherche et de l’innovation…

Nous voulons ainsi nous associer à des partenaires techniques et financiers pour développer nos projets dans tous les territoires impactés, qu’il s’agisse d’autonomisation de femmes, d’emploi des jeunes et des femmes, de sécurité alimentaire et de résilience et enfin d’homogénéisation des territoires. MClimat coopère ainsi déjà avec des acteurs comme Cités Unies France (CUF) ou l’Office international de migrations (OIM), sans oublier par ailleurs le Palais de la Porte dorée, à Paris, qui organise en ce moment une très intéressante exposition sur notre thématique « Migrations et Climat »

APP - Votre mot de la fin ?

Tania-Bénédicte M’Baka – Nous adressons prioritairement aujourd’hui les groupements de femmes et les jeunes des diasporas pour pouvoir effectivement fédérer les acteurs autour de la création d’emplois sur les territoires et faire avancer les politiques publiques en matière d’adaptation.

En ce sens, notre plaidoyer est simple : « Paix – Climat et Femmes ».

Rejoignez-nous, aidez MClimat !

EN SAVOIR PLUS, AIDER MCLIMAT :
https://www.helloasso.com/associations/migrations-et-climat-international/adhesions/adhesion-ou-don-a-l-ong-migrations-et-climat-international

◊ ◊ ◊

À PROPOS
Tania-Bénédicte M’Baka (auto-portrait) :

« Je suis passé par la finance, où j’ai travaillé pendant plus de 15 ans en banque d’investissement puis en banque de détail. En 2019, au moment de la crise du Covid19, j’ai décidé de donner un nouveau sens à ma vie professionnelle, en m’orientant vers un métier aligné avec mes valeurs.

J’ai donc repris les études et fait un Master 2 en management et conduite du changement des organisations, avec une spécialisation développement durable. Je me suis ainsi spécialisée dans l’accompagnement des organisations, entreprises, collectivités et institutions, dans leurs stratégies RSO (responsabilité sociétale des organisations).

Je suis coach et praticienne PNL, qui permet d’intégrer le capital humain et de valoriser l’interculturalité dans les approches. Cela m’a permis de créer un cabinet de conseil spécialisé en RSO et conduite du changement durable. Dans ce cadre, je suis intervenue pour accompagner les équipes de négociation climat des pays africains lors des Conférences des parties prenantes, depuis la COP28 de Dubaï.

Aussi, à partir de mes expériences de cabinet de conseil en RSO, j’ai pu constater qu’il est important d’accélérer l’adaptation climatique. En effet, j’ai acquis une forte conviction que des actions doivent être mises en place pour soutenir les populations et territoires qui sont impactés par les conséquences du dérèglement climatique.

J’ai alors créé en 2024 l’ONG Migrations & Climat International / #Mclimat qui, en agissant entre l’Afrique et l’Europe, est spécifiquement dédiée à l’accélération de l’adaptation climatique, grâce à la mise en œuvre de solutions durables pour la résilience des communautés et territoires, qui sont tous concernés par le dérèglement climatique et les mouvements forcés de populations que cela entraîne, en particulier pour les populations vulnérables - femmes et jeunes - qui peuvent être forcés à la mobilité. »

.

◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊
◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊

.

Retrouvez ici tous les REPLAYS et ARTICLES
de notre XXe CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS DE PARIS (CAP 20)

◊ ◊ ◊

Articles récents recommandés