Stanislas ZEZE, DG de Bloomfield Investment : « L’Afrique présente aujourd’hui le plus fort taux de retour sur investissement »
.
Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
.
APP – Pourquoi investir aujourd’hui en Afrique ?
Stanislas Zézé – Nous répondons aux trois questions que se pose n’importe quel investisseur pour investir dans n’importe quel endroit : 1/ Quelle est aujourd’hui l’opportunité d’investir en Afrique ? 2 / Quel est le retour sur investissement auquel on devrait s’attendre ? 3/ Et quel est le risque que l’on prend pour y arriver ?
En termes d’opportunités, l’Afrique est aujourd’hui l’endroit où les taux de croissance sont les plus élevés au monde. Un seul exemple : 7 % de croissance en moyenne en Côte d’ivoire depuis 15 ans.
En ce qui concerne le retour sur investissement, l’Afrique aujourd’hui représente le plus fort taux de retour sur investissement comparé à tous les exemples environnants. Mais, malheureusement, le risque est mal perçu.
APP – C’est là pourtant votre cœur de métier...
Stanislas Zézé – C’est pourquoi les agences comme la nôtre, Bloomfield Investment, allons établir le vrai risque que représente l’investissement en Afrique. Dans cette logique, nous avons les outils qui permettent aux investisseurs de mitiger ces risque-là, de prendre des risques intelligents ou, du moins, des décisions intelligentes pour le Continent. Il n’y a aucun autre endroit au monde où l’on peut avoir un tel retour sur investissement !
.
« Il faut sortir des approches
biaisées d’antan, plaçant
toujours l’Afrique en zone à risque »
APP – Quelle est précisément la particularité de votre agence ?
Stanislas Zézé – Nous sommes un Groupe, dont je suis le président-fondateur, et nous avons une agence de notation financière dont la particularité est qu’elle réalise ces notations en monnaie locale, au lieu de les faire en devises étrangères, de façon universelle et standard comme les trois grandes agences que vous connaissez : Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch.
C’est un groupe que j’ai créé il y a dix-neuf ans et qui emploie aujourd’hui près de 80 personnes qui sont des spécialistes, économistes et analystes financiers. Nous sommes basés à Abidjan avec une filiale au Cameroun et une autre au Rwanda. Et nous intervenons dans les 54 pays que compte l’Afrique, ainsi que dans trois pays européens (la France, l’Italie et l’Angleterre) et, depuis cinq ans, à Singapour.
La deuxième chose, c’est que nos analyses sont contextualisées. On comprend mieux ainsi l’environnement dans lequel évoluent les pays africains, les économies africaines et leurs acteurs. Nous sommes donc spécialisés dans la notation de l’Afrique.
APP – Mais n’avez-vous pas aussi une autre structure ?
Stanislas Zézé – C’est Bloomfield Intelligence qui est un cabinet d’intelligence économique, qui permet précisément de contextualiser les analyses pour permettre aux investisseurs d’avoir une meilleure visibilité et une meilleure compréhension de l’environnement économique réel. Nous sortons des rapports économiques pays qui sont des rapports macro, des rapports sectoriels et des études d’impact et nous avons des indices qui permettent justement de comprendre tout cet environnement.
APP – Votre business marche bien...
Stanislas Zézé – Le business marche bien en effet, mais ce qui me rend le plus heureux, c’est que les gens commencent à mieux comprendre notre message, celui de dire qu’il faut contextualiser l’analyse économique en Afrique pour mieux percevoir les risques et les opportunités et sortir ainsi des approches biaisées d’antan qui plaçait l’Afrique à un niveau toujours risqué, alors que ce n’était pas forcément le cas.
.
« J’encourage les investisseurs
à aller en Côte d’Ivoire »
APP – Quels sont dans ce contexte les avantages dont bénéficie la Côte d’Ivoire, votre pays qui est « invité d’honneur » de ce Forum ?
Stanislas Zézé – Nous établissons chaque année ce que l’on appelle la « cartographie des risques » pour les investissements en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays. Cette année, la Côte d’Ivoire est à 6,5 sur 10, c’est-à-dire qu’elle se situe dans la catégorie des « risques faibles » largement au-dessus de la moyenne au regard de nos cinq critères : l’environnement socio-politique et sécuritaire où elle a 5 /10, la performance macro-économique où elle a 8/10, la gestion des finances publiques avec 7/10, l’environnement des affaires à 7/10 également et le financement des économies qui est aussi au-dessus de la moyenne. Tous ces chiffres font que nous encourageons aujourd’hui les investisseurs à y aller !
APP – Sur votre stand du Forum, vous dédicacez votre livre intitulé « Les chaussettes rouges ». Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Stanislas Zézé – J’ai écrit ce livre autobiographique qui raconte mon histoire parce qu’il y a des milliers de jeunes Africains qui me suivent sur les réseaux sociaux et, comme je ne peux pas rencontrer tout le monde, je raconte – à travers mes podcasts et vidéos – un peu ma vie et mes expériences qui peuvent les inspirer et leur permettre d’approcher et d’affronter ce monde-là.
Ces chaussettes rouges que je porte, cela représente pour moi un symbole, le symbole de la puissance discrète, de la force, de la passion. Et, paradoxalement, c’est comme une immunité car ces chaussettes on les porte et on marche dessus. C’est un symbole que j’ai développé et qui, aujourd’hui, inspire beaucoup de jeunes Africains.
.
« C’est une excellente plateforme qui
permet de mieux connaître le Continent »
APP – C’est votre première participation à ce Forum original qui se tient chaque année et réunit à Paris de grandes enseignes ?
Stanislas Zézé – C’est parfaitement exact et je suis venu exprès de Côte d’Ivoire puisque cette IIIe édition avait la Côte d’Ivoire comme « pays invité d’honneur ». J’en remercie les organisateurs qui m’ont fait l’honneur de me confier la keynote d’ouverture sur « Les dynamiques économiques du continent africain : entre risques et investissements ». Avec pour objectif de décrypter les grandes tendances économiques africaines, évaluer les opportunités d’investissement, anticiper les risques et renforcer la résilience.
Ce Forum du retail et de la franchise dédié à l’Afrique (AFRETAIL) est une excellente plateforme qui permet de mieux connaître le Continent en termes d’opportunités et de risques potentiels d’investissement. C’est la raison pour laquelle précisément j’ai accepté cette invitation pour présenter cette cartographie des risques d’investissement de l’Afrique de l’Ouest et de mieux les comprendre dans un cadre contextuel.
APP – Un dernier mot pour conclure notre entretien...
Stanislas Zézé – Aujourd’hui, il est extrêmement important que tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique l’approchent différemment, en essayant de trouver les informations adéquates qui leur permettraient de comprendre l’environnement économique, politique, social et culturel de l’Afrique dans son contexte. Pour éviter, quand il s’agit de l’Afrique, de l’Amérique latine ou de l’Asie, d’universaliser. Car les Occidentaux ont l’habitude d’universaliser les analyses et de juger les autres selon leurs propres critères. Si vous voulez investir quelque part, il faut d’abord comprendre l’environnement et la psychologie des acteurs économiques locaux.
◊ ◊ ◊

