SG OIF / Dacian CIOLOS, ex-PM de Roumanie : « Pour l’OIF, je souhaite le soutien de la France, mais je ne suis pas le candidat de la France »
.
par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
.
Au terme de son audition par la Conférence ministérielle de la Francophonie réunie à Paris, l’ancien Premier ministre roumain Dacian Ciolos, qui est candidat au poste de Secrétaire général de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), a tenu ce 30 juin une conférence de presse « chez lui », à l’ambassade de Roumanie en France.
L’objectif était de présenter les grandes lignes de son programme et de répondre à toutes les questions que le grande famille francophone se pose à la veille du Sommet de Phnom Penh, prévu au Cambodge les 14 et 15 novembre prochains.
Outre la Rwandaise Louise Muschikiwabo, qui se verrait bien rempiler pour un troisième mandat de quatre ans à la tête de l’OIF, Dacian Ciolos affronte la Congolaise Juliana Lumumba de la RDC, au patronyme célèbre, et la Mauritanienne Coumba Ba.
Opposé à ces trois candidates africaines visant la succession de Louise Mushikiwabo, le challenger roumain a ouvertement regretté que ces auditions n’aient pas été publiques, même s’il avait finalement accepté ce huis-clos réclamé par certaines de ses concurrentes.
Seul homme et seul Européen candidat à la fonction, Dacian Ciolos se veut avant tout pragmatique. Il est diplomate, mais ne connaît pas la langue de bois. Tout au contraire, il joue cartes sur table et profite de cette rencontre avec la presse roumaine et internationale pour parler franchement et rappeler quelques évidences.
« Je souhaite le soutien de la France, mais je ne suis pas le candidat de la France », lâche-t-il ainsi, en faisant d’ailleurs observer qu’il n’a pas cherché à rencontrer Emmanuel Macron à l’Elysée et qu’il s’est fort bien contenté d’être reçu par le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, au Quai d’Orsay. C’est toujours mieux en le disant clairement, tant il est vrai que Le président Macron n’est plus guère populaire en Afrique, c’est le moins que l’on puisse dire.
.
« Si je suis élu, je donnerai
la priorité à l’Afrique »
Il fait avec talent l’éloge de la langue française et de la Francophonie, à laquelle il veut donner un nouveau souffle. « La langue française est une langue d’opportunités » , assure-t-il en soulignant que « l’avenir de la Francophonie dépend des jeunes qui choisissent d’apprendre le français ».
« Si je suis élu Secrétaire général de l’OIF, je donnerai la priorité à l’Afrique qui a un fort potentiel de croissance avec une population jeune » , ajoute-t-il, bien conscient que ce Continent est le cœur vivant de la Francophonie. De fait, 22 pays africains sont en effet membres de l’Organisation et dans ces pays « plus de 60 % de la population a moins de 25 ans et plus de 75 % moins de 40 ans ». Ce sont des facteurs à prendre en considération.
.
D’ici au Sommet de Phnom Penh, Dacian Ciolos prévoit donc de faire campagne en Afrique pour mieux s’y faire connaître. Il s’est déjà rendu au Sénégal et en Égypte et se rendra bientôt au Cameroun à l’occasion de la réunion de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie prévue la semaine prochaine à Yaoundé. Et d’ici à la fin août, il a la volonté d’ « aller dans d’autres pays d’Afrique et notamment de l’Afrique subsaharienne ».
Dans son esprit, « le Secrétaire général de l’OIF doit incarner l’ensemble de la Francophonie et a la responsabilité de mettre ensemble les différents opérateurs de la Francophonie ». Il se doit donc de prendre langue avec toutes les institutions qui en dépendent ou y sont affiliées. Il y va en effet de l’autorité, de l’efficacité, de l’audience et de l’influence de l’Organisation si celle-ci veut retrouver toute sa place sur la scène internationale.
.
« Que la Francophonie ne soit pas perçue
comme une organisation régionale »
Lors de sa conférence de presse, Dacian Ciolos ne dira pas un seul mot sur Louise Mushikiwabo dont il ne citera d’ailleurs jamais le nom, comme si elle appartenait déjà au passé. Mais une de ses petites phrases en dit long cependant : « Je suis bien conscient, assène-t-il ainsi, que
provenir d’Europe de l’Est et ne pas être Africain n’est pas un handicap, mais peut être tout au contraire une opportunité pour l’Afrique afin que la Francophonie ne soit pas perçue comme une organisation régionale ».
Avec habilité, les choses sont ainsi clairement dites et affichées : pour retrouver une véritable stature internationale et faire entendre sa voix dans le concert des nations, « la Francophonie doit améliorer sa gouvernance et se donner une vision pour aller vers une Francophonie économique » que de nombreux opérateurs attendent, y compris dans certains pays d’Asie, comme le Vietnam ou le Cambodge, très intéressés par la force de frappe que peut représenter l’OIF pour l’amélioration du climat des affaires et leur développement économique.
Il affiche enfin une réelle ambition de jouer un rôle de médiation pour tenter de résoudre si possible certains conflits régionaux entre deux Etats membres de l’Organisation et l’on pense inévitablement au conflit qui perdure entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
« Si je suis élu, assure-t-il, je jouerai bien sûr un rôle dans la médiation et les négociations entre nos États. Pour moi, le Secrétaire général de la Francophonie a une légitimité pour s’impliquer s’il a un mandat très clair de nos Etats membres ». Mais en attendant, conclut-il, « il est important qu’au sein de la Francophonie on amplifie le dialogue entre les États membres ».
Vaste et ambitieux programme pour que la Francophonie retrouve enfin véritablement son influence et sa raison d’être.
.
◊ ◊ ◊
SUR LE MÊME SUJET
> SG OIF /Juliana Amato LUMUMBA, candidate de la RDC au poste de SG de l’OIF, a présenté à Paris son projet de « Francophonie des Peuples »
◊ ◊ ◊

