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SEM Baye Moctar DIOP, Ambassadeur du Sénégal à Paris : « Le Sénégal entre dans une phase décisive de son histoire économique »

1er mai 2026
SEM Baye Moctar DIOP, Ambassadeur du Sénégal à Paris : « Le Sénégal entre dans une phase décisive de son histoire économique »
S.E.M. Baye Moctar DIOP, Ambassadeur du Sénégal en France, Monaco et Andorre. Photo © dr
À l’occasion de la première édition du Forum PRICE (Promotion des Investissements et de la Compétitivité Économique) organisé les 29 et 30 avril 2026 par l’Ambassade du Sénégal en France à la Mairie du XVe arrondissement de Paris, l’Ambassadeur Baye Moctar DIOP, a fait part à AFRICAPRESSE.Paris de la vision de son pays pour 2050…

… et des actions qu’il engagées en lien avec les principales agences sénégalaises (APIX, FONSIS, ASPT) pour mieux affirmer la relation de son pays avec la France et l’Europe, et également en tant que facilitateur économique entre le Sénégal et sa diaspora.

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Entretien par Denis DESCHAMPS,
pour AFRICAPRESSE.Paris (APP)
@DjuliusD @africa_presse

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APP – Voulez-vous nous relater votre parcours avant votre prise de fonction à Paris ?

SEM Baye Moctar DIOP – Je suis un diplomate de métier, entré dans la carrière depuis 2001, après une formation à l’UCAD à Dakar, un DEA au Canada, puis l’ENA du Sénégal en 1999 – avec comme condisciple, Ousmane Sonko, maintenant le Premier ministre de mon pays.

Avant Paris, j’ai ainsi été conseiller technique auprès du ministre des Affaires étrangères, puis en poste à Ottawa (Canada), à Addis Abeba (Ethiopie) auprès de l’Union africaine, et à Bruxelles (Belgique) entre 2021 et 2025.

En mars 2025, j’ai présenté mes lettres de créances diplomatiques au Président de la République française, Emmanuel Macron, et suis depuis lors Ambassadeur du Sénégal à Paris.

APP – Depuis votre arrivée à Paris, qu’avez-vous accompli ?

SEM Baye Moctar DIOP – Tout d’abord, j’ai pris contact et échangé avec les officiels français, en particulier Thani Mohamed-Soilihi, Sénateur de Mayotte, ancien ministre délégué chargé de la Francophonie et des Partenariats internationaux, auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ; Bruno Fuchs, Président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale ; Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, ainsi qu’avec les parlementaires concernés par le renforcement de la relation entre la France, le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest.

Une vue des participants au Forum PRICE, à Paris le 29 avril 2029. Au premier rang en costume traditionnel, S.E.M. Baye Moctar DIOP, Ambassadeur du Sénégal en France, Monaco et Andorre. Photo © DD/APP

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J’ai également organisé la venue du Président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, à l’université du MEDEF à Paris en août 2025 et je suis allé à la rencontre des élus dans les régions et grandes villes françaises, en particulier Bordeaux, Lyon et Marseille, où il y a des communautés sénégalaises importantes.

En effet, la diaspora sénégalaise en France représente officiellement 115 000 personnes, mais avec les binationaux et quelques illégaux, ce chiffre peut être porté à 250 000. Notre ambassade suit ainsi avec une particulière attention les 18 000 étudiants sénégalais qui constituent la cinquième nationalité étrangère estudiantine en France.

Je souligne que ces étudiants sénégalais en France peuvent être boursiers, mais qu’ils sont généralement là grâce à leurs propres moyens. C’est pourquoi la suppression de l’APL (aide personnalisée au logement) et la majoration des frais d’inscription à l’université française sont pour eux des facteurs majeurs d’inquiétude.

Ceci s’ajoute d’ailleurs à la lancinante question des visas, qui nécessite de notre part des interventions régulières auprès de l’Ambassade de France à Dakar, moyennant notamment des « notes verbales ».

APP – Quelle est votre vision de la relation entre le Sénégal et la France ?

SEM Baye Moctar DIOP – Comme je vous en ai fait part, j’ai eu de nombreux entretiens avec des officiels français pour faciliter la compréhension entre la France et mon pays, dans le contexte de la recherche d’un « meilleur équilibre » de cette relation historique.

Le départ de la base militaire française permanente au Sénégal permet ainsi d’instaurer un « nouveau narratif » dans cette relation qui doit pouvoir se faire d’« égal à égal ». J’en veux pour preuve le fait que la coopération du Sénégal avec la France se poursuit aujourd’hui parfaitement bien, y compris dans le domaine militaire : 500 stagiaires sénégalais sont formés tous les ans dans les écoles des forces armées de la France.

Dans le domaine économique, nous sommes en train de revoir, avec notamment l’AFD (Agence française de développement), le portefeuille de la coopération, afin de promouvoir une approche endogène qui se traduit par la transformation sur place de nos ressources et la création d’emplois locaux : cette nouvelle vision économique sera ainsi discutée lors du séminaire intergouvernemental France-Sénégal qui va se tenir à Dakar en juin 2026.

En tout état de cause, je peux affirmer qu’il n’y a aucun ressentiment anti-français au Sénégal ; sachant qu’il convient que la France respecte bien notre point de vue sénégalais, qui peut être distinct du sien : je rappelle à cet égard que la criminalisation du viol et l’aggravation des peines pour transmission volontaire du HIV correspondent ainsi à des demandes fortes de la population sénégalaise et à des promesses faites par les candidats à l’élection présidentielle, il y a deux ans.

APP – Revenons à l’économie, pouvez-vous nous dire ce qui lie concrètement le Sénégal à la France dans ce domaine ?

SEM Baye Moctar DIOP – J’ai envie de vous répondre : le football. Et ce n’est pas là seulement une boutade, car vous devez savoir que le premier investisseur sénégalais en France est Sadio Mané (1), actionnaire majoritaire du FC de Bourges, qui est la ville de Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur.

Nous comptons en fait des investisseurs et des experts sénégalais dans de nombreux groupes français ; ce qu’il convient de mieux faire connaître au public afin de pouvoir construire un nouveau récit sur la migration. Notre Forum du 29 et 30 avril 2026 à la Mairie du 15e arrondissement à Paris se situe très exactement dans cette démarche fondée sur la création d’emplois et de richesse partagée : nous comptons alors valoriser dans ce cadre les 20 entreprises sénégalaises qui sont en France.

Au Sénégal, on dénombre aujourd’hui 270 entreprises françaises – comme ERAMET, SONATEL / ORANGE… – qui emploient 30 000 Sénégalais et représentent 10 % de la recette fiscale du pays. Qui oserait donc dire, face à ces chiffres, que la relation économique entre la France et le Sénégal n’est pas solide !

SEM Baye Moctar DIOP et Mme Anne-Lise MESADIEU, vice-Présidente de la Région Île-de-France, lors du forum PRICE, à Paris le 29 avril 2026. Photo © DD/APP

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APP – Et avec l’Europe, quel est votre relation ?

SEM Baye Moctar DIOP – L’Afrique et l’Europe ont des destins liés, compte tenu des enjeux auxquels les deux continents sont confrontés : l’Europe est ainsi notre premier partenaire commercial et également dans le domaine de la formation d’une jeunesse qui constitue aujourd’hui notre principal atout.

Cependant, nous pâtissons d’un sentiment de déséquilibre dans un partenariat qui ne fait pas la part juste à la transformation locale des produits et au transfert de technologies et de compétences.

J’ajoute à cela que la guerre en Ukraine depuis plus de quatre ans et aujourd’hui avec l’Iran nous pose un véritable problème par rapport aux approvisionnements en blé et également en engrais ; même si, pour l’instant le prix de l’essence n’a pas encore augmenté au Sénégal.

Notre pays est en effet autosuffisant dans ce domaine, compte tenu de réserves dont il dispose et de l’orientation qu’il a prise en direction de « mix énergétique », avec notamment l’utilisation du GNL. Cependant, je ne vous cache pas que nous sommes inquiets, si cette situation internationale compliquée devait se prolonger.

APP – Que pouvez-vous faire pour appuyer les projets au Sénégal de la diaspora sénégalaise ?

SEM Baye Moctar DIOP – C’est là tout l’objet du Forum PRICE (Promotion des Investissements et de la Compétitivité Économique) organisé par l’Ambassade les 29 et 30 avril à la Mairie du 15e arrondissement de Paris : nous avons en effet fait le constat que la diaspora a besoin d’être accompagnée pour monter et mener des projets entrepreneuriaux au Sénégal. Nous voulons répondre à ce besoin

En effet, notre ambassade sait mobiliser les autorités du pays, qu’il s’agisse des cinq ministres présents lors du Forum ou des directeurs et directrices d’agences sénégalaises de soutien aux initiatives entrepreneuriales, comme l’ASEPEX, la DER-FJ, l’APIX…

Grâce également à l’espace JAPPO, nous avons aussi mobilisé des experts et cadres de la diaspora, en lien avec le RISCE (Réseau international des Sénégalais cadres de l’extérieur) et le collectif Diaspora sénégalaise debout !

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1 - Sadio Mané est un ancien joueur professionnel sénégalais en Angleterre (Liverpool), puis en Arabie saoudite.

SEM Baye Moctar DIOP et Denis DESCHAMPS (DJulius Conseil), auteur de l’interview. Photo © DR

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Lors du Forum PRICE, les très nombreux participants ont pu entendre de hautes personnalités sénégalaises, comme le ministre d’Etat chargé du suivi de l’agenda national « Vision Sénégal 2050 », M. Ahmadou Al Aminou LO, qui a alors notamment rappelé que :

Les transferts au pays de la diaspora sénégalaise représentent chaque année 12,5 milliards d’euros, soit 12 % du PIB du Sénégal ;
L’essentiel de ces transferts se fait vers le monde rural et seulement dans une infime partie en direction de l’investissement productif.

Aussi, il a souligné que :

 La France représentait certes encore l’essentiel des IDE (investissements directs étrangers) au Sénégal, mais que d’autres pays comme la Grande Bretagne voient maintenant leur part augmenter, en raison notamment des investissements dans le gaz et le pétrole.

 L’Agenda 2050 avait pour objet de faire valoir les opportunités du Sénégal autour de projets phares soutenus par des FCP (Fonds communs de placement) et des FIA (Fonds d’investissement alternatifs)

Enfin, le ministre a ajouté que, dans le cadre de la « Vision Sénégal 2050 » : :

 Le développement du capital humain est une priorité, grâce notamment au soutien à la recherche ;
 Le développement du secteur privé, la promotion des PME-PMI et de l’économie formelle sont au nombre des stratégies et politiques publiques prioritaires mises en place au Sénégal pour soutenir l’entrepreneuriat.

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RÉSERVEZ LA DATE

La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra en deuxième quinzaine du mois de mai

Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Plus d’informations prochainement.

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Contact partenariats et candidats panélistes :
alfred.mignot@africapresse.paris
06 43 19 12 05

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