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Rencontre CCFA / À la Chambre de commerce franco-arabe de Paris, l’ambassade d’Égypte déroule le tapis rouge aux investisseurs français

13 février 2026
Rencontre CCFA / À la Chambre de commerce franco-arabe de Paris, l'ambassade d'Égypte déroule le tapis rouge aux investisseurs français
De gauche à droite sur la photo : SEM Dr Tarek M. DAHROUG, Ambassadeur d’Égypte en France ; M. Raoul DELAMARE, Président de la Chambre de commerce franco-arabe (CCFA) ; SEM le ministre plénipotentiare Bassem Farouk BADR, chef du Bureau commercial et économique de l’ambassade d’Égypte en France. Photo © DR
Les échanges franco-égyptiens sont en nette progression et promis à un plus bel avenir : c’est le message qu’a voulu faire passer, le 10 février à Paris, la Mission commerciale et économique de l’ambassade d’Égypte, avec une série de chiffres éloquents et une promesse : un marché en croissance, réformé et beaucoup plus accessible qu’il ne l’était il y a dix ans.

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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
@alfredmignot

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Les relations économiques entre Paris et Le Caire se renforcent. Entre 2023 et 2024, le volume des échanges bilatéraux a dépassé les 2,9 milliards d’euros, contre 2,859 milliards l’année précédente, avec des exportations françaises en hausse et des importations égyptiennes qui progressent également. Sur le premier semestre 2025, les échanges ont augmenté de 12,8%, confirmant une dynamique positive.

« Les échanges commerciaux entre l’Égypte et la France ont connu une augmentation significative au cours du premier semestre 2025 », souligne le ministre Bassem Farouk Badr, chef du Bureau commercial et économique de l’ambassade d’Égypte, devant un parterre de dirigeants invités à cette rencontre organisée par la Chambre de commerce franco-arabe de Paris.

Les investissements directs français en Égypte atteignent, eux, environ 9,5 milliards d’euros, ce qui fait de la France un acteur de premier plan parmi les partenaires européens du pays. Un comité de coopération industrielle franco-égyptien, créé en mars 2022, couvre désormais plus de quinze secteurs prioritaires, des infrastructures à l’énergie, en passant par l’industrie et les services.

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Premier récipiendaire
d’IDE en Afrique

Côté investissements internationaux, l’Égypte revendique un statut de champion régional. Le pays a enregistré « le taux de croissance des investissements directs étrangers (IDE) le plus élevé au cours des dix dernières années » et se présente comme le « premier bénéficiaire des IDE en Afrique » trois années de suite (2022, 2023 et 2024), selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2024 de la CNUCED.

Les chiffres avancés sont spectaculaires : 46,5 milliards de dollars d’IDE, soit 9,6% du PIB en 2023/2024, et une croissance de 373,3% des IDE nets dans les secteurs non pétroliers par rapport à l’exercice précédent. Cette envolée est tirée par les investissements dans la construction – avec le projet phare de Ras Al-Hekma –, les services et l’industrie manufacturière. « L’Égypte s’est hissée à la neuvième place mondiale parmi les destinations les plus attrayantes pour les IDE en 2024 », souligne le ministre.

La croissance du PIB reste, elle aussi, solide : 4,77 % au troisième trimestre 2024/2025, avec une économie décrite comme « diversifiée », où les services contribuent à 56,6 % du PIB, l’industrie à 14,5 % et l’agriculture à 11,73 %

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Réformes administratives
et « licence d’or »

Pour convaincre les investisseurs, Le Caire met également en avant une accélération des réformes. L’un des volets clés est la simplification des procédures et la numérisation des services publics destinés aux entreprises. Une première phase a consisté en la mise en place d’une plateforme de délivrance électronique des licences : 389 services de licences y sont accessibles, délivrés par 41 entités gouvernementales, avec 39 guides de licences publiés et 115 utilisateurs autorisés. « L’objectif est clair : réduire les fardeaux financiers et administratifs », explique le chef de la Mission commerciale.

Une deuxième phase, le « Portail d’affaires égyptien 2.0 », vise à offrir des services numériques de bout en bout à partir d’une plateforme unique, à appliquer le principe « une licence – une redevance » et à instaurer un flux de travail sans papier pour rationaliser les services aux investisseurs. Le temps de dédouanement est ainsi passé de 8 jours en 2024 à 2 jours en 2025, ce qui représente un gain notable en temps et en coûts.

Symbole de cette volonté de simplifier et d’accélérer : la « licence d’or ». Ce dispositif accorde aux projets stratégiques une licence unique, couvrant l’incorporation de l’entreprise, le permis de construire, les autorisations d’exploitation et l’attribution des terrains. « Les approbations incluent toutes les licences nécessaires dans les vingt jours, sans qu’il soit nécessaire de traiter avec une autre entité », détaille le ministre. À ce jour, 46 licences dorées ont déjà été accordées.

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Atouts logistiques
et coûts compétitifs

L’Égypte insiste sur son positionnement en tant que hub logistique entre l’Asie, le Golfe, l’Afrique et l’Europe. Le pays contrôle 12 % du commerce maritime mondial via le canal de Suez et dispose de 18 ports sur deux mers (Méditerranée et mer Rouge), reliés par un nouveau corridor logistique est–ouest, avec les ports de Sokhna et Dekheila comme plaques tournantes régionales d’exportation.

SCZONE est bien reliée au nouveau réseau routier moderne de l’Égypte et bénéficie d’une connexion directe aux nouveaux tunnels du canal de Suez, facilitant le transport entre ses deux rives.
À cela s’ajoutent 27 aéroports internationaux et nationaux et une nouvelle ligne maritime roulière (Roll-on/Roll-off) entre Damiette et Trieste, opérationnelle depuis novembre 2024, offrant un service direct et hebdomadaire vers l’Europe. Plus de 2 milliards de dollars ont été investis dans la modernisation de l’internet fixe, portant la vitesse médiane à 46 Mbps.

L’argument des coûts est central. Le coût moyen de l’électricité industrielle est affiché à 1,95 EGP/kWh (environ 0,04 dollar), l’eau à 16 EGP/m³ (0,33 dollar), les eaux usées à 4 EGP/m³ (0,08 dollar) et le gaz naturel à 4,75 dollars par MMBtu. « L’Égypte reste le pays le plus abordable pour les coûts des services publics, ce qui la rend attrayante pour les activités industrielles à forte intensité d’énergie et d’eau », avance le ministre

Les salaires mensuels moyens restent également très compétitifs : entre 34 000 et 48 000 EGP (694 à 980 dollars) pour un chef de section, 24 000 à 28 000 EGP (490 à 571 dollars) pour un ingénieur, environ 13 500 EGP (276 dollars) pour un technicien, 7 000 à 10 000 EGP (143 à 204 dollars) pour un ouvrier non qualifié, avec un salaire minimum à 6 000 EGP (122 dollars). « L’Égypte reste le pays le plus compétitif en termes de coûts pour la main-d’œuvre à tous les niveaux », insiste la présentation comparative avec le Maroc et la Turquie.

Échange avec M. Henri Pomeranc, spécialiste des Proche et Moyen Orient. Photo © AM/APP/

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Une main-d’œuvre jeune,
qualifiée et multilingue

Avec plus de 110 millions d’habitants, dont 75,5 % ont moins de 40 ans et plus de 60 % moins de 30 ans, l’Égypte met en avant une population jeune, abondante et formée. Chaque année, plus de 760 000 diplômés sortent du système universitaire, dont 28 % en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM), 171 000 en finance et comptabilité et plus de 50 000 dans les technologies de l’information et de la communication. Près de 199 500 étudiants sont actuellement en informatique.

Le pays compte 95 universités (publiques et privées) et 129 écoles internationales, avec une forte présence de cursus américain-britannique (62,8 %), mais aussi français-canadien-allemand (16,3 %) et IB (20,9 %), tandis que « 80 % de la population active parle une langue étrangère », ce qui nourrit un vivier important pour les services externalisés et les centres de services partagés.

L’Égypte se classe ainsi au 23ᵉ rang mondial dans l’indice de localisation des services 2023 d’A.T. Kearney, grâce à une combinaison de coûts attractifs et d’un bassin croissant de main-d’œuvre qualifiée et orientée vers le numérique.​

Une vue partielle de l’assistance lors de la récente rencontre dédiée à l’Égypte, en présence de (de gauche à droite à la tribune) : SEM l’Ambassadeur d’Égypte Tarek M. Dahroug ; Me Raoul DELAMARE, Président de la CCFA ; SEM le ministre Bassem Farouk Badr, chef du Bureau commercial et économique de l’ambassade d’Égypte. Photo © AM/APP.

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Libre‑échange
et incitations fiscales

Autre argument fort, l’accès aux marchés. Le pays s’appuie sur un réseau dense d’accords de libre-échange : QIZ avec les États-Unis (pour les produits fabriqués conjointement avec Israël), GAFTA avec 18 pays de la Ligue arabe, COMESA (21 pays d’Afrique de l’Est et australe), accords bilatéraux avec l’AELE (Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein), l’Union européenne (27 pays), le Royaume-Uni, la Turquie, le Mercosur, ainsi qu’une participation à la future Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) couvrant 54 États. Ces accords donnent accès à plus de 2 milliards de consommateurs.

Côté fiscalité, l’Égypte affiche des incitations ciblées. Dans certaines zones (Area A), jusqu’à 50 % des coûts d’investissement peuvent être déduits de la base imposable (bénéfice net) sur sept ans, dans la limite de 80 % des dépenses d’investissement. Les droits de douane sur les machines et équipements nécessaires à l’installation peuvent être fixés à un taux unique de 2 %. Les contrats de constitution, de crédit et d’hypothèques liés aux affaires de la société sont exonérés de taxe de timbre et de frais de documentation pendant cinq ans à compter de l’inscription au registre du commerce.​

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Des succès d’investisseurs
internationaux mis en avant

Pour crédibiliser ce discours, la Mission commerciale cite plusieurs cas emblématiques : BP, présent depuis 50 ans, qui produit près de 15 % du pétrole et 30% du gaz du pays avec ses partenaires ; Vodafone Egypt, devenu le premier opérateur mobile en nombre de clients et en revenus, avec plus de 36,3 millions de clients ; Samsung Electronics, dont l’usine à Beni Suef produit plus de 2 millions de téléviseurs et d’écrans par an et représente à elle seule 30 % des exportations d’ingénierie du pays ; ou encore Jushi Egypt Fiberglass, qui a fait de la zone économique du canal de Suez une plate-forme d’exportation vers l’Europe, l’Afrique, le Moyen‑Orient et l’Inde.

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Un service commercial
en première ligne

Derrière cette offensive de séduction, l’Egyptian Commercial Service (ECS) revendique un rôle pivot. Présenté comme une « entité économico-diplomatique légalement mandatée pour promouvoir la croissance économique et le développement par la diplomatie commerciale », l’ECS s’appuie sur un réseau de 44 bureaux économiques et commerciaux à travers le monde. Sa Mission commerciale et économique à Paris, située 56, avenue d’Iéna, se veut la porte d’entrée des entreprises françaises intéressées.​

« Notre mission est d’accompagner les exportations et les investissements, de défendre un environnement favorable aux affaires et de connecter les acteurs économiques », résume le ministre Bassem Farouk Badr.

Côté CCFA, cette conférence s’inscrit dans un cadre stratégique plus large : faire de l’Égypte l’un des pivots de la relance des relations économiques franco-arabes, à un moment où le pays cherche des partenaires stables pour sécuriser sa trajectoire de réforme.

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Retrouvez ici tous les REPLAYS et ARTICLES
de notre XXe CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS DE PARIS (CAP 20)
et de toutes nos conférences

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