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Rémy RIOUX, DG AFD, au « Finance climate day » de Paris : « Collectivement, nous n’avons pas reçu de mandat assez fort »

3 décembre 2019
Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD et Président du club mondial des banques de développement IDFC (International Development Finance Club), lors de son intervention au « Climate finance day » de Paris, le 29 novembre 2019. © DR
Au « Finance climate day » de Paris, alors que les pouvoirs publics veulent soumettre banques et assurances françaises à des stress test climatiques, le monde de la finance réclame des signaux plus forts en provenance des politiques. À l’instar de Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD et Président du club mondial des banques de développement IDFC.

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Un article de Philippe Poiccard, AfricaPresse.Paris
@PresseAfrica

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Le dialogue ne serait-il pas un peu difficile entre la finance et les pouvoirs publics, à propos du changement climatique ? Le 29 novembre, à l’occasion du « Finance climate day », le gouvernement et la Banque de France ont annoncé leur volonté de soumettre les banques et assurances françaises à des stress tests climatiques, tandis que le monde de la finance appelait, lui, à une action plus vigoureuse des pouvoirs publics.

« Il faut que les gouvernements donnent un cap », résume Yves Perrier, directeur général d’Amundi. À la tête de l’Agence Française de développement, Rémy Rioux le souligne encore plus fortement. Il a bien sûr une connaissance précise des différents projets, en cours ou à venir à travers les pays du Sud où l’AFD intervient fortement – notamment en Afrique, avec 5,6 milliards d’euros de financement, tous secteurs confondus, soit 50 % du total des engagements de l’Agence.

Mais « nous n’avons pas de vision de long terme, pas de connaissance des perspectives » des pays concernés, relève-t-il. Un lien « entre la micro-économie et la macro » serait nécessaire, encore inexistant aujourd’hui. « La finance, le marché, ne savent pas ce qui va advenir sur le long terme » en matière de choix stratégiques concernant le climat. Une réflexion partagée par les autres agences de développement, regroupées au sein de l’IDFC (International Development Finance Club). « Collectivement, nous n’avons pas reçu de mandat assez fort », estime Rémy Rioux.

Besoin d’un signal prix

« Le marché attend des guidances, des signaux de long terme » abonde le patron de BPCE, François Riahi. « Un signal prix, comme le prix du carbone, rendrait les choses plus faciles ». Et il faudrait aussi « définir globalement ce qui est acceptable, des standards communs. Avec l’idée que, si une banque ou le marché financent un projet qui n’est pas acceptable, cela relève désormais de l’investissement risqué. »

En tout état de cause, le basculement de la finance en faveur du climat « prendra plus de temps en l’absence de signal prix ». C’est bien « une question de vitesse » estime le patron de la banque mutualiste. Notamment ce qui concerne le financement des PME. « Si les grandes entreprises bougent, c’est moins le cas des PME ».

Comment changer cet état de fait ? Si l’offre de finance durable est abondante, « il faut faire aussi faire évoluer la demande, aider nos clients à faire les bons investissements, être plus actifs dans l’origination des projets » estime Rémy Rioux.

Paris, leader mondial de la finance responsable ?

En tout état de cause, « nous devons accélérer, faire de Paris le leader mondial de la finance responsable », affirme Augustin de Romanet, président de Paris Europlace.
La finance climat est pour lui essentielle, fondamentale. Il le résume en une formule : « Si le rôle de la finance, c’est de donner un prix au temps, elle doit aussi s’occuper du temps qu’il fait. »

Pour montrer à quel point Paris est en pointe, il faudrait pouvoir mesurer précisément l’impact de la finance climat. « Nous avons besoin d’un laboratoire d’excellence pour la mesure de notre action » souligne Thierry Déau, PDG fondateur du fonds Meridiam, et qui vient d’être nommé président de Finance for Tomorrow, la branche « finance verte » de Paris Europlace. « Nous devons agir, partager notre action, et la mesurer », résume Thierry Déau.

Thierry Déau, PDG fondateur du fonds Meridiam et Président de Finance for Tomorrow, la branche « finance verte » de Paris Europlace, lors de son intervention au « Finance climate day » de Paris . © DR

S’agissant de cette question de l’évaluation, la Banque de France va publier dès le premier trimestre 2020 trois scénarios relatifs à l’impact du changement climatique sur l’économie. Les autorités de régulation passeront ensuite tous les établissements bancaires et compagnies d’assurance français à la moulinette de ces trois scénarios, sous forme de stress tests, donc. La Banque d’Angleterre a prévu aussi de se livrer à cet exercice.

Un bon moyen de voir si ces acteurs financiers sont bien préparés au changement climatique : car si les banques ont un impact sur le climat au travers de leurs choix d’investissements, le changement climatique pèsera beaucoup sur leur activité et leur rentabilité à l’avenir, selon ces mêmes choix d’investissement.

Le gouverneur de la Banque de France annonce les résultats « à la fin de l’année 2020 ». Ils permettront aussi de voir si la place de Paris est vraiment en avance sur ses concurrentes.

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