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Rémy RIOUX, Directeur général de L’AFD : « Nous avons mandat de rechercher la coopération avec des partenaires chinois en Afrique »

17 avril 2019
Rémy RIOUX, Directeur général de l’Agence française de développement (AFD), présentant à la presse les résultats d’activité 2018, au siège de l’agence, à Paris, le 10 avril 2019. © AM/AP.P
La récente présentation des résultats 2018 de l’Agence française de développement (AFD) a aussi été l’occasion de rendre public un sondage CSA dont l’un des enseignements le plus remarquables est que 75 % des panélsites se prononcent pour une coopération renforcée avec la Chine en faveur des pays en développement d’Asie et d’Afrique. Répondant à une question d’AfricaPresse.Paris sur ce point, Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD, a largement et favorablement commenté cette hypothèse.

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Un article d’Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Tandis que l’aide au développement des pays de l’OCDE en faveur de l’Afrique a baissé de 4 % en 2018, ainsi que l’a montré le nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques, publié quelques heures après la conférence matinale de l’AFD, mercredi 10 avril, « La France tient son rang », a relevé d’emblée Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD.

En effet, en 2018, les engagements de l’AFD ont crû d’1 milliard d’euros (pour l’Afrique, le climat et l’égalité hommes-femmes), atteignant un total de 11,4 milliards d’euros, contre 10,4 Md€ en 2017.

Cette hausse de 40 % sur trois ans montre que « le Groupe AFD, sous l’impulsion du Président de la République et du gouvernement, est pleinement engagé pour réaliser la trajectoire définie par la France de consacrer 0,55 % de son RNB au financement du développement » a commenté Rémy Rioux.

Une majorité de Français
pour une aide prioritaire à l’Afrique

L’Afrique est une fois de plus le premier récipiendaire, avec 5,3 milliards d’euros, représentant 50 % des engagements totaux de l’AFD et les trois quarts des ressources budgétaires.

Mais les Français sont disposés à faire plus ! C’est en tout cas ce qui ressort du baromètre AFD / CSA, réalisé sur un échantillon national représentatif de la population française de 15 ans et plus (2 002 personnes interviewées en février 2019), et présenté en complément des résultats annuels : tandis que près de 8 Français sur 10 (79 %) sont favorables au soutien des pays en développement – un score en hausse de 9 % sur un an ! – la majorité d’entre eux, 55 %, considère que l’Afrique est la région du monde dans laquelle la France doit intervenir en priorité.

Une perception en phase avec la stratégie continentale « Tout Afrique » de l’AFD, a considéré Rémy Rioux, et qui peut s’expliquer notamment par « la conscience accrue que ce qui se passe au Sud aura un impact au Nord », a commenté Julie Gaillot, qui présentait le sondage réalisé par CSA Research.

De même, la moitié des panélistes considère que la lutte contre les inégalités et la lutte pour la protection de l’environnement sont indissociables, et es trois quarts d’entre eux – tout en s’estimant mal informés, à 77 % – jugent que la notion d’« investissement solidaire » est plus appropriée que celle d’« aide publique au développement ». Enfin, 83 % d’entre eux considèrent que « c’est un devoir pour les pays riches de contribuer à l’aide au développement ».

75 % des panélsites se prononcent pour
une coopération renforcée avec la Chine

Tour à fait étonnante aussi, cette majorité écrasante – 75 % – des panélistes qui, à contre-courant de bien des médias dominants, se prononcent en faveur d’un « partenariat franco-chinois pour des projets communs de développement économique des pays du sud » – en Asie et en Afrique, la précision étant présente dans la question posée aux panélistes

Ainsi, en réponse à une question d’AfricaPresse.Paris sur l’enseignement qu’il convenait de tirer de ce sondage, Rémy Rioux l’a commenté en détail : « J’avoue que cela m’a surpris ! Je ne m’attendais pas à une réponse aussi nette sur la coopération avec des acteurs chinois… ». Précisant que la question évoquait « les pays en développement, en Asie et en Afrique », il a cependant considéré que les Français interrogés « ont surtout pensé à l’Afrique ».

Par ailleurs, évoquant la récente visite d’État de Xi Jinping en France, et la rencontre avec Emmanuel Macron en compagnie d’Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker, invités par le Président français, Rémy Rioux observe que le discours du président chinois est « très aligné sur les objectifs de développement durable ». Puis, revenant sur les conséquences qu’induisait le résultat du sondage, il a affirmé : « Oui, je considère que nous avons clairement mandat de rechercher la coopération avec des partenaires chinois en Afrique ».

« La relation avec la Chine
emprunte de multiples canaux »

Relevant que de nombreux acteurs chinois travaillent en Afrique depuis une cinquantaine d’années, depuis l’époque des indépendances – ce qui les différencie de plusieurs arrivants récents sur le Continent, par exemple les Turcs, ou encore les Allemands – Rémy Rioux observe que certains présentent « des conditions financières très comparables à celles de la Banque mondiale ou de l’AFD, et sont parfois même plus favorables. Ainsi le sujet, me semble-t-il, est plutôt de comment arriver en partenariat avec certains acteurs chinois pour les mener de plus en plus sur un terrain commun, positif pour le développement des pays où nous intervenons. »

Mais déjà, remarque-t-il, « la relation avec la Chine emprunte de multiples canaux ». Ainsi est-elle observatrice au Club de Paris, où sont notamment débattues « les questions de la soutenabilité de la dette », et où se font des échanges sur les méthodologies d’évaluation.

D’autre part, « la China Development Bank, qui est plus grande banque publique au monde, pesant déjà presque autant que la Banque mondiale hors de Chine, est un partenaire privilégié », observe Rémy Rioux, se félicitant que la CDB soit devenue membre du comité de pilotage du club mondial des banques de développement « IDFC » (International Development Finance Club) qu’il préside.

« Par petites touches, la Chine entre
progressivement dans le jeu multilatéral »

Dans ce cadre de l’IDFC, dont la prochaine réunion est prévue au Maroc à la fin du mois de juin, « nous avons des discussions méthodologiques et aussi sur des cofinancements. Mais jusqu’à présent personne n’a encore fait de cofinancements avec des acteurs chinois », précise Rémy Rioux, évoquant cependant « des discussions en ce moment sur un cofinancement au Sénégal ».
Il ajoute : « Évidemment, ce cofinancement doit se faire à des conditions environnementales et sociales, en termes de respect du code des marchés – sénégalais d’ailleurs, car nous nous appuyons toujours sur les procédures du pays concerné, que nous cherchons à renforcer…

On n’y est pas encore, on y travaille et oui, on aimerait bien apporter cette preuve qu’il est possible de travailler de façon constructive avec des acteurs chinois. Avec aussi l’idée que cela puisse provoquer un effet d’entraînement plus large et peut-être même sur d’autres acteurs.

Notez aussi que nous sommes la première agence bilatérale à travailler avec l’AIIB, La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures [créé en 2014, et à laquelle 57 pays ont adhéré dès 2015, ndlr] dont la France est d’ailleurs l’un des actionnaires, mais dont la Chine est l’actionnaire de référence ».

Avec l’AIB, l’AFD a recherché à établir un partenariat sur le financement d’un projet au Sri Lanka, « là aussi dans l’idée d’amener tout le monde dans le jeu le plus positif et coopératif possible », dit Rémy Rioux.

En coopération avec la China Development Bank et le club IDFC, l’AFD organisera le 28 mai à l’Université de Pékin un colloque sur la finance verte, le financement et le rôle des banques publiques au service du développement durable… « Les Chinois ont accepté que l’on fasse ce colloque chez eux, je crois que c’est un signe très positif. Ainsi, par petites touches, la Chine entre progressivement dans le jeu multilatéral », commente le DG de l’AFD.

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