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Radhi Meddeb, Président d’ADS, lance l’Appel à la démocratie et à l’unité nationale en Tunisie

Tunisie | 26 mars 2012 | src.leJMed.fr
Tunis -

Photo ci-dessus : Radhi Meddeb, Président-fondateur Radhi Meddeb, Président-fondateur d’Action et développement solidaire (ADS, Tunisie)
© Alfred Mignot - mars 2012

Dressant le constat des échecs déjà patents des protagonistes au pouvoir – la « troïka », comme on dit en Tunisie –, Radhi Meddeb, Président de Action et Développement Solidaire, appelle « toutes les parties prenantes à tout mettre en œuvre pour préserver les attributs de la solidarité nationale et de la cohésion sociale. » Voici le texte intégral de son Appel du 20 mars :


Cinq mois après les élections fondatrices du 23 octobre 2011, l’unité nationale est mise à mal, les sujets de discorde se multiplient, la grogne atteint des niveaux record, les revendications sociales explosent.
Sur les plans politique, sécuritaire, économique et social, nous nous éloignons des conditions du nécessaire consensus qui nous aurait permis de construire dans la sérénité, nos nouvelles institutions démocratiques et de jeter les bases d’un nouveau modèle économique et social inclusif, plus juste et plus efficace.

La Troïka* aurait dû engager, dans des approches différenciées :

• la rédaction de la Constitution avec l’implication de toutes les forces vives de la Nation (élus et non élus, société civile, compétences nationales et experts) ;
• l’inventaire complet de l’héritage reçu, afin d’en relever les forces et les faiblesses et d’engager la reconstruction en toute connaissance de cause ;
• l’identification des mesures urgentes dans les différents domaines en vue de sauvegarder la cohésion sociale et la solidarité nationale ;
• l’adoption d’un budget de fonctionnement pour une période initiale de trois mois ;
• la recherche d’un consensus large sur un budget d’investissement à court terme ;
• L’organisation d’un large débat national sur les projets à engager à long terme et plus particulièrement les questions majeures telles que le redécoupage administratif, la décentralisation, la réforme de la santé, de la couverture sociale, le régime des retraites, la Caisse Générale de Compensation, la réforme du système d’éducation et de formation, etc. ;
• la justice transitionnelle.

Le temps pris par la Troïka pour constituer le gouvernement (plus de deux mois) ne semble pas avoir été mis à profit pour définir une plateforme et un programme de gouvernement susceptibles d’affronter avec clairvoyance, tant dans l’urgence que sur le moyen terme, les problèmes économiques et sociaux qui secouent le pays, de soulager le quotidien des populations et de leur donner des raisons d’espérer et d’attendre.

À tous les niveaux, les résultats sont largement en dessous des attentes et des espérances et l’espace des libertés est régulièrement menacé.

Les revendications, légitimes pour l’essentiel, explosent, traduction de l’exaspération des populations devant l’immobilisme et l’absence de perspectives.

L’appel à une trêve de cent jours n’aurait eu du sens que si le gouvernement avait lancé dès le départ un plan cohérent et fort, fait de solidarité nationale et de cohésion sociale, permettant à tous les laissés pour compte de l’ancien régime de se sentir parties prenantes dans le processus en cours.

Dans sa gestion des dossiers de l’information, de l’ordre public et des relations extérieures, la Troïka a fait preuve d’inexpérience, sinon d’approches idéologiques incompatibles avec la recherche de consensus qui aurait dû s’imposer.

Certaines parties profitent quotidiennement de la marge de liberté qui leur est laissée par les autorités, pour bafouer l’intégrité de la Nation et son indépendance et tenter d’imposer leurs points de vue par le recours à la violence physique et morale.

Des sujets sans rapport avec les exigences de la Révolution ou les demandes de la population sont régulièrement mis en avant, y compris par des membres du Gouvernement ou par des représentants de la Troïka au sein de la Constituante.
Ils apparaissent comme des ballons d’essai pour tester la capacité de réaction de la Société Civile et son degré d’attachement à ses acquis sociétaux, sinon comme une modalité de diversion pour détourner l’attention des problèmes du chômage, des inégalités régionales, de la mauvaise redistribution des fruits de la croissance, de l’impasse de notre système d’éducation et de formation ou encore des exigences nées de la Révolution, comme celle de la Justice transitionnelle. La violence des prédicateurs ou des extrémistes ne fera pas diversion et ne détournera pas l’attention des problèmes majeurs du pays.

Le Tunisien est arabe, berbère, africain, méditerranéen et bien plus encore et nul ne saurait effacer son histoire, sa pluralité et son parcours. Déplacer le débat sur le registre identitaire ne favorise pas la cohésion d’un peuple qui a largement et spontanément montré sa solidarité et son union.

La gestion du dossier des catastrophes naturelles : neige ou inondations et ce qu’elles ont mis à nu comme misère et exclusion, a laissé un goût amer face à la faible réactivité du Gouvernement à court terme et son absence de vision du développement et de l’aménagement du territoire à moyen et long terme.

L’investissement et le tourisme sont en panne totale. Ils ne redémarreront à court terme que si les conditions de la sécurité et de l’ordre public se réunissent, y compris le traitement par le gouvernement, dans le respect de la loi et sans parti pris, des dépassements intolérables des extrémistes et leur mépris des symboles de la République et de ses valeurs.

La situation est grave et n’accepte les compromis et les concessions que si, et seulement si, chacun assume ses responsabilités et fait du salut de notre pays une priorité absolue. Le peuple attend de l’emploi, une amélioration de son pouvoir d’achat et le respect de ses libertés privées et publiques. Le peuple attend mais ne saurait patienter sans visibilité sur l’avenir et sur le projet global qui le soutiendra.

Action et Développement Solidaire appelle à construire ensemble la Tunisie de demain. Ensemble, dans nos différences et divergences, ensemble pour la patrie, ensemble pour léguer à nos enfants un pays meilleur que celui que nous avons connu. Ceci est le devoir de toutes les parties prenantes : partis politiques associés au pouvoir, opposition, Syndicats et Patronats, organisations nationales, organisations de la Société Civile et gouvernement.

Action et Développement Solidaire appelle toutes les parties prenantes à tout mettre en œuvre pour préserver les attributs de la solidarité nationale et de la cohésion sociale, retrouver la voie du consensus politique, sécuritaire et social, remettre en haut de l’agenda les questions de l’emploi, de l’amélioration du pouvoir d’achat des populations et du respect des libertés privées et publiques et plus particulièrement, favoriser l’élargissement du dénominateur commun et bannir tous les sujets de discorde et de diversion.


Radhi MEDDEB
Président-Fondateur
Pour le Bureau directeur d’ADS
Tunis, le 20 mars 2012


* (ndlr) - En Tunisie, le mot « troïka » est actuellement communément utilisé pour désigner l’ensemble des trois présidents en exercice : Moncef Marzouki, président de la République ; Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale constituante (ANC) ; Hamadi Jebali, président du gouvernement. Parfois, « troïka » est aussi employé pour désigner les trois partis alliés qui représentent la majorité à Assemblée nationale constituante, l’ANC.

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