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Radhi MEDDEB, Pdt IPEMED : « Oui, je crois à la création d’une Banque dédiée au développement de la Méditerranée »

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 24 septembre 2010 | src.leJMED.FR
Paris - Polytechnicien et Ingénieur des Mines, Radhi Meddeb préside depuis juillet 2010 aux destinées de l’IPEMED*, après en avoir assuré la Direction générale depuis sa fondation en 2006 par Jean-Louis Guigou. Dans cette entrevue exclusive, Radhi Meddeb dresse un point d’étape et nous révèle les ambitieuses perspectives et visions d’avenir de l’Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranéen. Il décrypte aussi l’influence d’IPEMED dans la prise de décision des politiques, exemple à l’appui…
Photo ci-dessus : Radhi Meddeb, Président de l’IPEMED. © leJmed.fr - septembre 2010


Entretien exclusif réalisé par Alfred Mignot pour leJMED.fr
Paris, le 22 septembre 2010


leJMED.fr – Monsieur Meddeb, il s’est passé beaucoup de choses à l’IPEMED ce dernier trimestre : vous avez accédé à la présidence, vous avez engagé un nouveau DG, vous avez passé un accord de partenariat avec les Young Mediterranean Leaders (YML), de nouvelles entreprises ont adhéré à IPEMED, notamment le groupe EMC²… Mais, tout d’abord, quatre ans après sa création, l’IPEMED reste-t-il une entité ouverte à de nouvelles adhésions ?

Radhi Meddeb – Bien sûr ! Et je dirais même, plus que jamais… Aujourd’hui, nous comptons déjà parmi nos membres fondateurs d’importantes sociétés de divers pays méditerranéens, de la Mauritanie au Liban en passant par la Tunisie. Ce ne fut pas si facile, et je tiens ici à saluer la persévérance de notre Délégué général et initiateur d’IPEMED, Jean-Louis Guigou. Maintenant, nous entrons dans une seconde phase, et double : élargir les adhésions à des entreprises de pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni et autres européens ; développer une action plus volontariste à l’adresse des PME et TPE, car jusqu’ici nous nous sommes d’abord préoccupés de consolider le socle de l’IPEMED en recherchant davantage la participation des très grandes entreprises.


leJMED.fr – Cette action volontariste pour intéresser les PME-TPE aux opportunités et enjeux euro-méditerranéens est justement l’une des missions que développera votre nouveau Directeur général ?

Radhi Meddeb – Oui, Gontran Lejeune, qui nous a rejoint en juillet, vient du monde de l’entreprise : il a assumé des fonctions de direction régionale dans une grande société, il a dirigé ensuite une PME familiale, il a été Président du Centre des Jeunes Dirigeants… Il a donc un profil idéal pour développer cette action de contact et de proximité avec les PME et TPE qui, comme vous le savez bien, représentent un formidable potentiel de créations d’emplois sur les deux rives de la Méditerranée.


leJMED.fr – Début septembre, vous avez annoncé un accord de partenariat avec l’association des Young Mediterranean Leaders (YML). Qu’en est-il, concrètement ?

Radhi Meddeb – Beaucoup de gens depuis quelque temps font mine de s’intéresser à la Méditerranée, qui est devenue un univers très concurrentiel. Parmi eux, il en est tout de même quelques-uns qui relèvent de l’excellence. C’est le cas de YML ! Il se trouve que nous avons dressé un constat : IPEMED et YML partagent le mêmes objectifs, et souvent les mêmes partenaires, fondateurs et donateurs. A partir de là, notre rapprochement et mise en synergie en découlaient tout naturellement. Ainsi, concrètement, et tout en restant autonomes les uns et les autres, nous avons décidé d’accueillir YML dans les locaux d’IPEMED, et de coopter un représentant de chaque entité pour siéger au Conseil d’administration de l’autre. L’objectif est de développer des projets communs. Ou complémentaires, et dans ce sens je dirais qu’en quelque sorte YML a vocation à incarner la « branche jeunes » de l’IPEMED.


leJMED.fr – En juillet dernier, vous avez annoncé l’adhésion parmi vos membres fondateurs d’EMC² International, dans le but de contribuer au développement des TIC en Méditerranée…

Radhi Meddeb – En effet, cette annonce faisait suite à un protocole d’accord signé dès le mois de mai, et par lequel EMC², qui est le premier développeur et fournisseur mondial de technologies et de solutions d’infrastructures d’information, rejoignait l’IPEMED en qualité de membre fondateur. Frédéric Dussart, senior vice-président de la région Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique d’EMC, est d’ailleurs un ardent défenseur des projets d’intégration euro-méditerranéenne.

La contribution experte d’EMC² va ainsi nous permettre de renforcer notre action sur la thématique du développement des TIC en Méditerranée. C’est une question éminemment transversale, qui concerne l’ensemble des secteurs d’activité, et qui recèle un formidable potentiel d’exemplarité, particulièrement via les processus de « cloud computing » coopératifs que Frédéric Dussart décrit notamment dans la Tribune libre que vous avez publiée sur votre site.


leJMED.fr – Qu’en est-il de votre coopération avec d’autres entités qui œuvrent pour la Méditerranée, comme l’Institut marocain Amadeus, la mission interministérielle UPM présidée par Henri Guaino, ou encore le tout nouveau Secrétariat général conduit par Ahmed Masa’deh ?

Radhi Meddeb – Nous travaillons volontiers avec tous les partenaires qui comptent. Ainsi, concernant les MEDays de l’Institut marocain Amadeus, notre Délégué général y a toujours participé et sans doute sera-t-il présent cette année encore à cet événement qui se déroule à Tanger en novembre.

Pour ce qui est de la mission interministérielle UPM présidée par Henri Guaino, nous avons des rencontres régulières avec les différents conseillers sectoriels de la Mission. Ces contacts fréquents sont bien sûr facilités par le fait que l’IPEMED comme la Mission UPM se trouvent tous deux à Paris. Je dois dire que nous sommes souvent en parfait accord avec la démarche de la Mission, et quelquefois, non. Néanmoins, chaque entité respecte les spécificités et les différences de l’autre, nous coopérons en toute indépendance et en bonne intelligence.

C’est de cette même manière que nous travaillerons tout aussi volontiers avec le Secrétariat général de l’UPM que conduit Ahmed Masa’deh, et qui entre dans sa phase opérationnelle. Idem avec la cellule UPM qui se mettra en place au sein du gouvernement espagnol, puisque l’Espagne assumera la coprésidence nord de l’UPM à compter du Sommet de novembre prochain.


leJMED.fr– Où en êtes-vous avec votre beau projet de créer une « Maison de la Méditerranée », et que vous avez évoqué avec Jean-Louis Guigou lors de l’AG d’IPEMED, en juillet dernier ?

Radhi Meddeb – Il s’agit en effet d’un « beau » projet, comme vous dites… Cette « Maison de la Méditerranée » que nous souhaitons créer, ce serait un espace d’environ 3 000 mètres carrés, à Paris. Une telle surface nous paraît optimale pour assurer l’accueil, en ses murs, de différents organismes travaillant sur les diverses thématiques de l’UPM – et y compris des associations, je tiens à le préciser, et de plusieurs pays – car nous avons la conviction que cette proximité engendrerait des échanges très féconds pour tous et pour l’objectif commun.

À ce jour, et malgré la crise, nous sommes à la recherche de mécènes privés, ou en partenariat public-privé, qui saisiraient l’intérêt de s’engager, au regard de la richesse formidable que cette « Maison de la Méditerranée » ne manquerait pas de générer, c’est notre conviction.

Et puis, nous avons choisi Paris comme ville d’accueil car, comme vous le savez bien, toute la Méditerranée défile à Paris, dont on dit d’ailleurs souvent qu’elle est « la » grande capitale de la Méditerranée. Mais, l’idée est qu’il y ait d’autres « Maisons » partout en Méditerranée, tout comme il y a des « Maisons de l’Europe » en de nombreuses villes de l’Union européenne.

En attendant que le projet aboutisse, nous donnons une première forme virtuelle à cette « Maison », en mettant sur pied un portail qui réunit déjà une quinzaine d’opérateurs, économiques et culturels. Mais, ce n’est qu’un début !


leJMED.fr – L’IPEMED est avant tout un think tank, et vous avez lancé une importante étude prospective, « Méditerranée 2030 »… Pourquoi avoir entrepris un chantier aussi… ambitieux, sinon démesuré ?

Radhi Meddeb – Oui, il s’agit bien d’un projet très ambitieux, puisque notre volonté est d’y associer tous les opérateurs prospectivistes, publics ou privés, généralistes, thématiques ou régionaux, afin d’aboutir à créer les conditions d’un cadre commun, et pour que les différents opérateurs disposent d’une vision large, à l’échelle de toute la Méditerranée, et puissent se projeter ensemble à trente ou quarante ans, construire ensemble une vision commune de l’avenir, en sachant comment leurs travaux s’intègrent dans un ensemble collectif méditerranéen. Ce travail nous occupera encore durant toute l’année 2011, et sans doute au-delà.


leJMED.fr – On comprend bien l’intérêt de cette ambition pédagogique, mais n’est-il pas fréquent d’observer un décalage important entre les analyses universitaires et leur prise en compte par les politiques ? Autrement dit, comment peut-on mesurer l’influence réelle d’un think tank comme IPEMED, et de ses travaux ?

Radhi Meddeb – Je vous répondrai par l’exemple de l’avancée de la réponse à la question, posée depuis quelques années, de la pertinence de la mise en place d’un système de financement collectif du développement en Méditerranée. En clair, sur l’opportunité, par exemple, de créer une banque ad hoc…

Cette problématique est, justement, l’une des toutes premières auxquelles l’IPEMED s’est attelé, dès sa création en 2006. Ainsi avec d’autres – nous ne revendiquons pas de paternité exclusive ! – nous avons argumenté et plaidé, depuis quatre ans, pour la création d’un espace financier méditerranéen. Sur cet objectif, nous avons réuni régulièrement, en partenariat avec la Caisse des dépôts française et la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc, jusqu’à une cinquantaine d’opérateurs publics ou privés, et des représentants de fonds souverains…

Eh bien, nous observons aujourd’hui avec une certaine et légitime satisfaction que le Rapport de la Commission Milhaud, remis le 25 août dernier au président Sarkozy, retient comme nous, et comme hypothèse privilégiée, la création d’une « vraie » banque pour le développement de la Méditerranée, et ce projet sera à l’ordre du jour du prochain Sommet de l’UPM, en novembre à Barcelone.


leJMED.fr – Etes-vous optimiste quant à l’adoption de ce projet de créer une « vraie » banque pour le développement de la Méditerranée, et, selon la configuration optimale, adossée à la BEI afin de bénéficier des meilleurs taux d’emprunt, sur la base d’un AAA ?

Radhi Meddeb – En un mot : Oui ! Un oui franc et massif !


leJMED.fr – Et pourquoi ?

Radhi Meddeb – La crise a accéléré la prise de conscience que l’Union européenne a besoin du sud, et que le sud a besoin du nord. La complémentarité des destins entre les deux rives de la Méditerranée n’est désormais plus sujette à débat, elle est admise. Et chacun comprend bien qu’un outil financier fédérateur est nécessaire et indispensable pour donner vie à cette vision d’avenir.


leJMED.fr – Cette vision d’avenir inclut notamment l’établissement du libre-échange à l’échelle de la Méditerranée ?

Radhi Meddeb – Certes, mais il ne doit pas se déployer n’importe comment ! Le libre-échange ne fait pas tout, tout seul. Il peut être accompagnateur du développement mais à certaines conditions, les trois suivantes, au minimum, et à mon avis, particulièrement à l’adresse de nos pays sud méditerranéens :

1 - que les pays entrant dans le libre-échange mettent en œuvre des politiques macroéconomiques de développement non récessives, c’est-à-dire par exemple ne pas instaurer des taxes supplémentaires pour compenser la disparition des droits de douane, mais élargir l’assiette fiscale ;

2 - l’ajustement monétaire qui risque de découler de l’ouverture ne doit pas se faire par une succession de dévaluations plus ou moins rampantes, mais par la recherche active d’accroissement des IDE ;

3 - comme le libre-échange bouscule les industries d’un pays qui s’ouvre, il doit s’accompagner d’un repositionnement compétitif des activités du pays.

C’est la politique macroéconomique qui est suivie par la Tunisie depuis une quinzaine d’années…


leJMED.fr – Et apparemment cela réussit à la Tunisie, puisque le tout récent classement de Davos 2010 vient encore de la placer au 1er rang des économies compétitives d’Afrique, Maghreb inclus, et au 32e rang mondial, en progression de 8 places sur le classement 2009…

Radhi Meddeb – Oui. Et l’on peut aussi relever que la Tunisie est même mieux placée que plusieurs pays… européens !


leJMED.fr – Un mot sur vous, si vous voulez bien… Quelle est votre activité professionnelle, et quel cheminement vous a conduit à vous engager dans l’action de l’IPEMED en faveur de la Méditerranée ?

Radhi Meddeb – Professionnellement, je dirige en Tunisie un groupe de sociétés de conseil et d’ingénierie, groupe dont l’essentiel du CA se réalise en Afrique du nord et en Afrique sub-saharienne francophone…

À titre personnel, je me suis engagé depuis quatre ans au côté de Jean-Louis Guigou, initiateur de l’IPEMED, en assumant la Direction générale de l’Institut. C’était un temps partiel, en plus de mes activités professionnelles, et cela allait bien tant que l’IPEMED était encore plutôt dans une phase de gestation.
Mais, aujourd’hui, l’Institut se développe à bon rythme, il a besoin d’un DG à temps plein. C’est pourquoi nous avons engagé Gontran Lejeune, en juillet dernier, et que j’ai accepté avec enthousiasme que le Conseil d’administration m’élise à la présidence de l’IPEMED. Ainsi, je pourrai continuer à participer à l’orientation générale des activités de l’IPEMED, et sans réelles difficultés d’emploi du temps, puisque mes activités professionnelles m’amènent à Paris une semaine par mois…


leJMED.fr – Et vos motivations de « militant » méditerranéen ?

Radhi Meddeb – Étant tuniso-français, je me suis évidemment toujours senti très méditerranéen… Mais, je dirai que ce désir d’agir s’est véritablement affirmé en moi vers 1995, à la suite d’une étude que ma société tunisienne COMETE Engineering a conduite pour le compte du gouvernement tunisien en vue des négociations de l’accord d’association de la Tunisie avec l’Union européenne. Cette étude de prospective sur l’établissement du libre-échange entre la Tunisie et l’Union européenne visait à dégager les conditions de faisabilité…

Ce travail, qui fut validé par plusieurs instances internationales, l’UE mais aussi la Banque mondiale, nous a conduit à aller assez loin, au fond des choses, et notamment à identifier les moyens de surmonter les obstacles… Et c’est ainsi que cette (en)quête est devenue peu à peu pour moi un objet de militantisme pour la Méditerranée. Et cela fait désormais partie intégrante de ma vie…

Entretien exclusif réalisé par Alfred Mignot pour leJMED.fr

Paris, le 22 septembre 2010

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À propos :

* IPEMED – L’Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranéen, think tank euro-méditerranéen, œuvre à la prise de conscience d’un avenir commun et d’une convergence d’intérêts entre les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée. Essentiellement financé par des fonds privés, il a pour valeurs l’indépendance politique et la parité Nord-Sud dans sa gouvernance comme dans l’organisation de ses travaux. Il donne la priorité aux projets économiques (Espace financier, Eau, Énergie, Agriculture, Prospective, TIC, Transports…) et travaille dans la durée. Chaque année, il organise les Entretiens de la Méditerranée, forum des décideurs politiques et économiques de la région. Il est présidé par Radhi Meddeb et dirigé par Jean-Louis Guigou. Site : www.ipemed.coop

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