RD Congo / Deux sénatrices congolaises alertent à Paris sur les accords de paix bafoués par les « envahisseurs rwandais »
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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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Élue de la province du Tanganyika, la sénatrice Vicky Katumwa Mukalay est revenue à Paris après une première visite dédiée au lancement, en mai 2025, du Comité « Les Justes du Congo », avec un message clair : les accords de Doha et de Washington, signés avec espoir, ne sont pas respectés.
« Les envahisseurs rwandais, en collaboration avec les acolytes congolais du M23/AFC et d’autres groupes armés, sont toujours présents », tonne-t‑elle, pointant la prise de la ville stratégique d’Uvira, aux mains de la rébellion de l’AFC/M23 depuis décembre 2025, ce qui a provoqué un exode massif des populations vers le Burundi et la Tanzanie voisins.
Cette chute stratégique a submergé des camps de fortune, particulièrement vulnérables à la saison des pluies, d’octobre à mai, et privant le gouvernement congolais de ressources vitales via les postes frontaliers tombés aux mains des rebelles.
Pour la sénatrice, Présidente du Comité « Les Justes du Congo », comité citoyen et transnational lancé le 7 mai 2025 à Paris, qui dénonce les exactions commises par les « envahisseurs rwandais », la priorité absolue est donc de rétablir la paix dans le Nord et Sud-Kivu avant d’engager toute reconstruction, après trente ans de conflit.
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« Le Congo est
un et indivisible »
La sénatrice alerte aussi sur un « plan de balkanisation » orchestré par le Rwanda, voyant dans la proposition des rebelles de « céder » la ville congolaise d’Uvira à la communauté internationale une « supercherie » pour légitimer une partition. « Le Congo est un et indivisible, un héritage des ancêtres et des dirigeants passés. Il est impensable de céder un centimètre de son territoire », martèle-t‑elle avec fermeté.
Cette position intransigeante fait écho à ses déclarations antérieures : « Nous avons besoin de la paix. Les armes ne vont rien résoudre », mais le psedo dialogue n’a mené jusqu’ici qu’à des « négociations de façade ».
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L’appel à Macron
et le « scandale » de l’OIF
Vicky Katumwa Mukalay s’oppose farouchement à un troisième mandat de la rwandaise Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie (OIF) depuis janvier 2019 et candidate soutenue par Kigali à un troisième mandat.
« C’est un scandale », déclare la sénatrice, prête à soutenir toute décision de son gouvernement pour bloquer cette candidature, au nom de la cohérence diplomatique et des valeurs de la francophonie.
Un positionnement qui s’inscrit dans un débat plus large : la RD Congo, premier pays francophone par sa population, conteste l’emprise rwandaise sur l’OIF, alors que la président rwandais Paul Kagame, en poste depuis mars 2000, marginalise depuis la langue française dans son pays.
Adressant un appel direct aux pays de l’Union européenne, notamment la France et la Belgique, la sénatrice Vicky Katumwa Mukalay exhorte le Président Emmanuel Macron à « se tenir debout pour la RDC, comme il l’a fait pour l’Ukraine, et ne pas soutenir la candidature de Louise Mushikiwabo ». Elle met en avant les valeurs francophones communes pour une solidarité face à la souffrance du géant de la francophonie qu’est la RD Congo.
Pour sa part, la sénatrice Madeleine Nikomba Sabangu, également membre fondatrice du Comité des Justes de la RDC et présidente de la Commission Infrastructures du Sénat congolais, met en avant le plaidoyer du Comité pour les victimes : « Notre objectif est de porter la voix des femmes, enfants et jeunes victimes des zones occupées, faire entendre la souffrance congolaise… Le Rwanda viole notre souveraineté et impose une guerre », accuse-t-elle, évoquant viols quotidiens, enfants orphelins et conditions de vie inhumaines.
Créé pour briser le silence, le Comité des Justes multiplie les plaidoyers internationaux. En France, la délégation a vu des députés et sénateurs, saluant une écoute attentive : « Nous sommes entendus, mais il faut des actes, pas seulement des promesses », insiste l’Honorable Madeleine Nikomba Sabangu.
Comme la Présidente Vicky Katumwa Mukalay, elle réclame l’arrêt immédiat de la guerre, et défend un Congo « un et indivisible » qui « ne cédera pas un centimètre ». À la jeunesse congolaise, elle adresse un message clair : « Ne vous laissez pas manipuler par les ennemis du pays alliés au Rwanda. Battez-vous pour l’unité. »
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« La paix n’est pas là ! »
Présidente du comité France des Justes, Louisa Mezreb, qui facilite à Paris les contacts des deux sénatrices congolaises venues témoigner des violences persistantes à l’Est du pays, relève « que la paix n’est pas là, que les exactions persistent. C’est la réalité vécue au quotidien, loin des discours officiels… La cause du Congo n’est pas dans les priorités. On est accueillis par une porte entrouverte, jamais grande ouverte », déplore-t-elle.
Ni les médias ni les autorités françaises ne placent selon elle la RDC en tête de leurs agendas. À l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), il n’y a « aucune priorité Congo ». Seuls quelques élus comme le député Bruno Fuchs, Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, ou encore Amélia Lakrafi, députée des Français de l’étranger et Déléguée générale de l’APF depuis mars 2025, prêtent une oreille attentive.
Face à ce silence, Louisa Mezreb considère que le Congo a besoin du soutien de l’Europe. « Notre Comité ne restera pas seulement français : il sera demain présent sur tout le continent. »
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