Retrouvez AfricaPresse.paris sur :
RSS

Outils

Pr A. Mebtoul : Le bilan financier de l’Algérie à la fin 2011 (50 ans d’économie algérienne, Ch. II)

Algérie | 25 mars 2012 | src.leJMed.fr
Alger -

Sous la direction de leur Président, le Professeur Abderrahmane MEBTOUL (Professeur des Universités, Expert international en management stratégique), un groupe d’Experts (politologues, sociologues, économistes, financiers… ) de l’ADEM (Association Algérienne de Développement de l’Économie de Marché) a réalisé une importante étude abordant, chiffres à l’appui, toutes les facettes de la politique socio-économique de l’Algérie, de 1963 à janvier 2012.

Photo ci-dessus : le Professeur Abderrahmane Mebtoul. © DR


Après avoir publié le Chapitre I (L’évolution politique et économique de l’Algérie, de 1963 à 2012), leJMED.fr continue à diffuser cet important travail, avec l’édition ci-dessous du…


Chapitre II – Le bilan financier de l’Algérie à la fin 2011


réserves de change, cotation du dinar, fonds de régulation des recettes, dépense publique et système financier à la fin 2011.


1 - L’évolution des réserves de change de 2005 à 2011

Les réserves de change – moyen et non facteur de développement – ont été estimées à 56 Mds $ en 2005, 77,78 Mds $ en 2006, 110 Mds $ en 2007 à 138,35 Mds $ en 2008, à 147,2 Mds $ en 2009, à 157 Mds $ fin 2010 et à 188 Mds $ fin 2011 par la banque d’Algérie et essentiellement grâce à la rente des hydrocarbures.

Selon les statistiques du FMI de 2009, l’Algérie disposait, courant 2009 de 173,6 tonnes d’or avec une valeur en termes de lingots de 6,07 Mds $, soit 4,3 % des réserves de change de l’époque et au cours d’août 2011 un montant de 9,11 Mds $, soit un gain net de plus de 3 Mds $ entre mars 2009 et aout 2011. Depuis, le montant a vraisemblablement augmenté mais le ratio global est resté stable ou en très légère augmentation, en ramenant le ratio au total des réserves de change.

La dette extérieure à moyen et long terme, estimée à environ 4 Mds $ au 31/12/2011 (principal et service de la dette) ainsi que la dette intérieure (moins de 1 milliard de dollars) ont été épongées, toujours grâce à cette rente – encore qu’il faille non pas se limiter à la balance commerciale, mais étudier la balance de paiements qui montre que le montant poste assistance technique étrangère est passé de 4 Mds $ en 2004 à 11 Mds $ entre 2009/2010 et approchera 12 Mds $ fin 2011/2012.

Le FMI dans son rapport d’octobre 2011 classe l’Algérie au titre du pays le moins endetté des 20 pays de la région MENA, occupant le deuxième rang des plus gros détenteurs de réserves officielles de change après l’Arabie saoudite. Bien qu’étant très loin de la Chine (plus de 3 500 Mds $ estimation de 2010, selon les évaluations du FMI sur les réserves de change officielles 2011, hors fonds de souveraineté), l’Algérie avec 188,8 Mds $ (et des projections de 210,8 Mds $ en 2012) se classe au deuxième rang des pays pétroliers de la région, après l’Arabie saoudite (539 Mds $) et devant l’Iran (104,6 Mds $).

Le FMI a souligné que " la prudente " gestion macroéconomique des dix dernières années a permis au pays d’amasser " d’importantes " réserves.

L’Algérie a, en parallèle, maintenu un très faible degré de dette totale à 3,8 Mds $ en 2009, à 2,8 Mds en 2010 et à 2,2 Mds en 2011. La dette extérieure de l’Algérie ne représente que 2 % du PIB en 2011 et reculera encore à 1,7 % en 2012. La moyenne de la dette extérieure dans les pays exportateurs de pétrole de la région MENA est de 25,5 % du PIB, les plus fortement endettés étant le Bahreïn et le Koweït, avec respectivement 148 % et 70 % du PIB.


2 - Cotation du dinar et impact sur le fonds de régulation
et la fiscalité pétrolière

Comment expliquer, à la mi-janvier 2012, l’écart entre le cours officiel du dinar algérien et le cours du marché parallèle (la sphère informelle contrôlant plus de 13 Mds $ en 2010, soit 40 % de la masse monétaire en circulation), le dinar algérien s’échangeant à 104,31 / 1 euro, tandis que le dirham marocain vaut 11,67 / 1 euro, et le dinar tunisien 2,18 / 1 euro (pour sa meilleure cotation) ?

La monnaie traduisant la confiance (ou pas) entre l’État et les citoyens, elle est un signe, un moyen – et non un facteur de développement comme les réserves de change. Toute dévaluation, pour une économie productive, dynamise les exportations et toute réévaluation les freine.

Le niveau des réserves de change analysé précédemment permet de sécuriser l’investissement et surtout d’éviter un dérapage plus important de la valeur du dinar par rapport aux devises. Il existe actuellement une corrélation d’environ 70 % entre la valeur actuelle du dinar et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures, sinon le dinar flotterait à plus de 300-400 dinars / un euro.
Les réserves de change de la Chine, qui sont passées de 819 Mds USD en 2005 à 2 847 Mds USD en 2010 et à 3 181 Mds $ au 01 janvier 2012, représentent le fruit du travail des Chinois.

Le problème de la cotation du dinar se pose, car il n‘obéit pas toujours aux règles économiques comme en témoigne depuis décembre 2011 la cotation du dinar par rapport à l’euro et au dollar, alors que le dollar a connu une appréciation de 10-15 % par rapport à l’euro.

Des mesures ponctuelles récentes sans vision stratégique ont été édictées, principalement pour freiner les importations à la suite de l’importante augmentation des salaires. Elles ont des répercussions négatives, tant pour les opérateurs qui s ‘approvisionnent en Europe que sur le pouvoir d’achat des citoyens. Comme par le passé à l’époque du dollar faible, la dépréciation du dinar a répondu au souci de gonfler artificiellement le fonds de régulation des recettes et la fiscalité pétrolière variant entre 60-70%, et donc de voiler l’importance du déficit budgétaire et l’inefficience de la dépense publique.

Exemple, le fonds de régulation de un (1) dollar donne 100 dinars, pondéré par une dévaluation de 20 % donne une valeur de 120 dinars calculé par le trésor et la banque d’Algérie dans leurs bilans annuels, et il en est de même pour la fiscalité pétrolière. Avec une dévaluation de 20 % cela abaisserait le montant de la fiscalité pétrolière.

Ces artifices d’écritures biaisent donc tant le montant du fonds de régulation que les recettes de la fiscalité pétrolière. Face à ces dépenses, l’encours du fonds de régulation des recettes, le FRR, crédité du différentiel entre les produits de la fiscalité pétrolière budgétisée (fixée sur la base d’un baril à 37 dollars), et les produits de la fiscalité pétrolière recouvrés par le Trésor.

Selon le ministère des Finances, l’encours du FRR – à ne pas confondre avec un fonds souverain d’investissement, le gouvernement algérien ayant écarté le recours à cette procédure – est passé de 4 280 milliards de DA, à fin décembre 2008, à 4 316 milliards de DA fin décembre 2009, à de 4 840 milliards de dinars à la fin 2010, et aurait atteint 5 500 milliards de DA (environ 75 Mds $) à la fin 2011.

Actuellement la gestion de ce Fonds de régulation est totalement opaque.
Pour plus de transparence, je préconise que les lois de finances se fondent sur le cours réel du marché des hydrocarbures, quitte à ce que l‘excédent soit versé dans un fonds de stabilisation.


3 - Un système financier à dominance publique

Contrairement à ce qui passe en Europe où les banques se recapitalisent, le système bancaire algérien est en surliquidités, n’arrivant pas à transformer le capital argent en capital productif. Les banques doivent recourir aux instruments de reprise de liquidités de la banque d’Algérie, qui sont rémunérés à des aux inférieurs à 2 %, alors que si elles prêtaient aux secteurs économiques, le taux dépasserait 7 %, excepté les secteurs dont les lois de finances bonifient les taux d’intérêts.

La liquidité des banques, qui était estimée à 2 800 milliards de dinars (28 milliards d’euros) à fin 2008, s’est contractée d’environ 10 % en 2009, avant d’augmenter de nouveau en 2010. Cette surliquidité est alimentée, par l’importance des dépôts du secteur des hydrocarbures, mais aussi par l’augmentation de la collecte de l’épargne des particuliers, qui se développe à un taux moyen proche des 20 % au cours des dernières années, stimulée à la fois par les injections de revenus des plans de relance publics et par une bancarisation de l’économie en progrès rapide.

Cependant, le système financier algérien, non autonome, est fortement connecté au pouvoir politique : l’État y est actionnaire à 100 %, le privé local ou international étant marginal.

Ainsi, le système financier algérien bureaucratisé est déconnecté des réseaux internationaux – expliquant d’ailleurs le peu d’impact de la crise financière mondiale sur l’Algérie, et démontrant que l’économie du pays est sous perfusion de la rente des hydrocarbures.

Après plus de dix années d’ouverture, selon le rapport de la banque d’Algérie de 2009, le marché bancaire algérien se compose de six banques publiques et de quatorze banques privées, mais 90 % du financement de l’économie algérienne (dont 100 % du secteur public et plus de 77 % secteur privé), se fait par les banques publiques avec une concentration au niveau des actifs de plus de 39 % en une seule banque, la BEA, communément appelée « la banque de la Sonatrach ». Ainsi, 10 % seulement du financement de l’économie sont pris en charge par les banques privées, avec une concentration de plus de 52 % sur trois banques.


4 - Évolution de la dépense publique de 2004 à 2013

la dépense publique est passée successivement de 55 Mds $ en 2004, à 100 Mds $ en 2005 puis à 140 Mds $ fin 2006. Elle a été clôturée entre 2004 et 2009 à 200 Mds $, mais faute de bilan, on ne sait pas si l’intégralité de ce montant a été dépensé. Quant au programme d’investissements publics 2010-2014, le gouvernement a retenu des engagements financiers de l’ordre de 21 214 milliards de DA (286 Mds $) et concerne deux volets : le parachèvement des grands projets déjà entamés entre 2004 et 2009, l’équivalent de 130 Mds $ (46 %) et l’engagement de projets nouveaux pour un montant de 11 534 milliards de DA, soit l’équivalent de près de 156 Mds $.

Qu’en sera-t-il des restes à réaliser pour les projets inscrits au 31/12/2004, à la fois faute de capacités d’absorption et d’une gestion défectueuse ?

Dans un contexte de ralentissement économique mondial l’Algérie, à travers la Loi de finances 2012, maintient son programme d’investissement public massif, malgré un important déficit budgétaire pour les années 2011-2012 : en 2011, le déficit budgétaire a été de 4 693 milliards DA (environ 63 Mds $ au cours de l’époque) soit 33,9% du PIB ; selon la Loi de finances prévisionnelle 2012, les dépenses se situeront à près de 7 500 Mds DA alors que les recettes atteindront 3 456 Mds DA, soit un déficit de 4 000 Mds DA.

Sur la base d’un taux de change de 75 dinars le dollar, retenu par le projet de loi, cela donne un déficit de 54 Mds $, environ 25 % du produit intérieur brut. Mais ce léger recul du déficit budgétaire s’explique par le fait que le budget de l’équipement enregistre un recul de 32 % par rapport à 2011 pour se situer à près de 2 700 milliards de dinars.

Paradoxalement l’augmentation de 8 % du budget de fonctionnement (dont les salaires de la fonction publique) dépasse les 4 600 milliards de dinars, soit plus de 100 % par rapport à 2008. Mais il faut savoir que depuis quelques années les lois de finances algériennes s’établissent pour un cours moyen de 37 dollars le baril de pétrole, la différence étant versée au fonds de régulation des recettes (FRR) – estimé à 54,5 Mds $ au premier trimestre 2011.


5 – Quelle est la réalité du déficit budgétaire 2011-2012 ?

Pour un calcul transparent du budget, il serait souhaitable à la fois de préciser les mécanismes de cotation du dinar par rapport notamment au cours du dollar et de l’euro, et de supprimer le fonds de régulation afin de calculer le budget selon le cours moyen du marché.

En effet, depuis plus d’une année existe une différence entre le cours du dinar sur le marché parallèle (plus de 140 dinars un euro) et la cotation officielle (un euro pour 100 dinars) soit un écart de plus de 40 %. Le tarissement de l’épargne de notre émigration ou certains voyages ponctuels vers l’étranger (du fait de l’allocation devises limitée), souvent invoqués, ne sont pas les seules explications.
On peut établir un coefficient de corrélation entre la cotation du dinar et l’évolution du cours des hydrocarbures pour un taux d’environ 70 %, 30 % étant dues aux phénomènes spéculatifs et aux sections hors hydrocarbures bien que limitées.

Sans hydrocarbures la cotation du dinar s’établirait entre 300-400 dinars un euro, selon l’offre et la demande, l’économie algérienne étant une économie totalement rentière. Ainsi, les recouvrements de la fiscalité ordinaire de l’Algérie ont été de 10,76 Ms $ au 1er semestre 2011, et celle de la fiscalité pétrolière, hors FRR, s’est élevée à 20,4 Mds $, (61,24 % du budget de l’État), selon les données de l’organe officiel APS, citant la Direction générale des Impôts (DGI). Et tout dérapage rampant du dinar par rapport au dollar – les ventes d‘hydrocarbures étant reconverties du dollar en dinars – gonfle artificiellement le fonds des recettes et voile l’importance du déficit budgétaire.

Si on suppose une appréciation du dinar de 50 % rejoignant, en tendance, les cotations des monnaies marocaine et tunisienne, le déficit budgétaire dépasserait largement 50-60% du produit intérieur brut.

Est-il nécessaire de préciser qu’une réévaluation du dinar réduirait d’autant ce fonds, étant entendu que la technique retenue pour la Loi de finances est le cours plancher de 37 dinars / un dollar le cours des hydrocarbures, la différence étant placée dans le fonds de régulation.

Cet artifice d’écritures explique comment, bien que la cotation du dollar et de l’euro n’évoluent pas dans le même sens, souvent la Banque d’Algérie dévalue le dinar simultanément à la fois par rapport au dollar et à l’euro – ce dernier renchérissant les importations des produits écoulés sur le marché national en dinars, produits dont la valeur finale, sans compter les coûts des circuits de distribution, est amplifiée par les taxes douanières calculés sur la valeur import en dinars.


Professeur Abderrahmane MEBTOUL
avec le groupe des Experts de l’ADEM

◊ ◊ ◊

Du même dossier :

- Chapitre I - L’évolution politique et économique de l’Algérie, de 1963 à 2012


Prochain article :
- III - Le bilan socio-économique : taux de chômage, taux d’inflation, investissement productif, sphère informelle à la fin 2011.


Du même auteur :

- Pr Abderrahmane Mebtoul : « Réhabiliter la morale comme facteur stratégique de développement »

- Tribune Libre, par le Professeur Abderrahmane Mebtoul : La coopération Algérie-France : pour une prospérité partagée dans le cadre de l’espace euromed

- Pr A. Mebtoul : L’évolution politique et économique de l’Algérie,
de 1963 à 2012 (Ch. I)


- Pr A. Mebtoul et Pr C. Sari : « Ce que nous proposons pour une Libye prospère et démocratique »

Articles récents recommandés