Pierre Lellouche : « L’Europe n’est pas à la hauteur du rendez-vous historique avec la Méditerranée »

Invité à clôturer la Conférence inaugurale de l’OCEMO (Office de Coopération Économique pour la Méditerranée et l’Orient), vendredi 8 juillet 2011 à Marseille, Pierre Lellouche, Secrétaire d’État au Commerce Extérieur de la France, a estimé qu’à ce jour « l’Europe n’est pas à la hauteur du rendez-vous historique avec la Méditerranée ».
Photo ci-dessus : Pierre Lellouche, Secrétaire d’État au Commerce Extérieur de la France, durant son intervention à la Conférence inaugurale de l’OCEMO, à Marseille, vendredi 8 juillet 2011. © Alfred Mignot - juillet 2011

Selon le secrétaire d’État, l’insuffisant engagement et intérêt de l’Europe vis-à-vis du Sud méditerranéen trouve en bonne part sa source dans l’important élargissement de l’Union européenne opéré en 2004 – dix pays intégrés d’un coup – « qui a fait basculer le centre de gravité à l’Est de l’Europe, vers l’Allemagne et la Russie ».
Aujourd’hui, « l’Europe n’est pas à la hauteur du rendez-vous historique avec la Méditerranée (…) Nous, qui regardons vers le Sud, sommes minoritaires », a relevé le Secrétaire d’État, qui a aussi considéré que le discours « formidable » de Nicolas Sarkozy, en novembre 2007 à Toulon, et qui annonçait la création de l’UpM, reste « l’axe majeur » de la vision française du partenariat euroméditerranéen, mais qu’en effet le déploiement de l’UpM s’est heurté à des difficultés connues de tous, notamment géopolitiques.
Commentant l’actualité, Pierre Lellouche a déclaré que la gestion de la crise grecque « n’a pas été si simple, l’amitié franco-allemande doit se travailler chaque jour, car la vision est différente. Nous, Français, avons œuvré depuis un an et demi pour convaincre l’Allemagne… ».
Cette différence de vision se retrouve bien sûr dans le regard porté vers le sud méditerranéen par les différents pays européens : « Il y a de la pédagogie à faire, surtout auprès des Allemands, des Suédois… » et autres pays peu sensibilisés aux « enjeux majeurs » méditerranéens, pédagogie d’autant plus nécessaire que « l’Union est un combat », affirme encore Pierre Lellouche, paraphrasant la formule célèbre des communistes français des années 1970.
Évoquant aussi la situation en Tunisie, qu’il connaît bien – il est né à Tunis – Pierre Lellouche a mis en exergue le caractère « modéré [du pays] avec ses racines marchandes et phéniciennes ». Pour autant, a-t-il estimé, « les Tunisiens ont à inventer quelque chose qu’ils n’ont jamais connu : une vie démocratique ».
Cela prendra du temps, « il faudra de la patience et beaucoup de sagesse. En France, nous accueillons ce mouvement avec beaucoup d’empathie, nous sommes prêts à donner un coup de main »…
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À propos de l’OCEMO :
– L’emploi des jeunes, première priorité de l’Office de Coopération économique de la Méditerranée et de l’Orient (OCEMO) (avril 2011)
– Pr Jean-Louis Reiffers : « Avec l’OCEMO, l’expertise économique s’ouvrira aux réalités humaines » (avril 2011)
– Le CMI met son action stratégique en phase avec la transition démocratique des pays sud-Med (avril 2011)
À propos de l’UE et du Printemps arabe :
– Henry Marty-Gauquié : « Il nous faut une vision d’avenir en réponse à l’espoir des pays sud-MED en Transition démocratique » (avril 2011)
– Laurent Vigier (CDC) : « Aujourd’hui en Méditerranée, les peuples aspirent à la modernité. C’est une bonne nouvelle ! » (mai 2011)