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P. Lambicchi : « La laïcité peut permettre l’évolution plus apaisée des sociétés méditerranéennes »

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 13 février 2010 | src.leJMED.fr
Paris - Orateur invité au grand colloque du CAMED qui s’est déroulé le 2 février au Palais Bourbon, Pierre Lambicchi, Grand Maître du Grand Orient de France – qui soutient la construction de l’UPM – a porté témoignage de l’intérêt constant que les Maçons – et les Maçonnes – de plusieurs pays sud-méditerranéens portent au principe de laïcité, perçue comme « une voie de progrès et du vivre ensemble » et à même « de permettre, parce qu’elle porte en elle des valeurs intrinsèques de respect, de liberté et de tolérance, une évolution des sociétés méditerranéennes plus apaisée, plus harmonieuse et plus fraternelle ». Photo ci-dessus – Le GM Pierre Lambicchi. © Le JMed.fr

Voici texte intégral de l’allocution – écourtée lors du colloque, faute de temps suffisant.

« Les Espaces laïques français et la Méditerranée »

Intervention du Sérénissime Grand Maître Pierre Lambicchi

Palais Bourbon (siège de l’Assemblée nationale)
Paris, le mardi 2 février 2010

Monsieur le Ministre,
Excellence,
Madame la Présidente du CAMED,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Universitaires,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Je tiens tout d’abord, au nom du Grand Orient de France, à remercier Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur le Professeur Bernard Debré et Madame la Présidente Ijab Khoury pour leur aimable invitation à participer à ce colloque organisé par le Cercle Amical pour la Méditerranée (CAMED) sur un thème qui est très cher aux Francs Maçons du Grand Orient de France et qui concerne le dévéloppement de la Méditerranée sous tous ses aspects.

Le Grand Orient de France, plus ancienne Obédience maçonnique européenne continentale, né en 1728, comprend 50.000 membres répartis dans plus de 1200 Loges sur la face du globe et entretient des relations amicales et fraternelles avec une centaine d’Obédiences maçonniques étrangères. C’est dire que tout ce qui touche à l’universalisme nous touche directement.

Et le thème de ce colloque nous est cher en effet parce que nous avons un attachement très fort à cette région du monde, cette mare nostrum, qui nous renvoie à nos origines culturelles.

" Le GODF a salué et appuyé le projet de l’UPM "

Je profite d’ailleurs de cette intervention pour vous indiquer que le Grand Orient de France a salué et appuyé le projet d’Union pour la Méditerranée depuis son origine en se félicitant des efforts de l’Egypte et de la France, au plus haut niveau, pour en faire une réalité.

Et d’une certaine manière, les Obédiences maçonniques qui participent depuis une douzaine d’années à l’Union Maçonnique de la Méditerranée dans le cadre d’une conférence annuelle qui les réunit chaque fois sur un thème spécifique, ont un peu précédé ce cheminement.

Participent à cet échange annuel des Francs Maçonnes et des Francs Maçons d’Espagne, de France, de Grèce, d’Israël, d’Italie, du Liban, du Maroc, du Portugal et de Turquie. Nous sommes donc convaincus depuis longtemps que le développement de la Méditerranée et en particulier le dialogue inter-culturel entre les peuples du bassin méditerranéen peut contribuer positivement à la compréhension de nos différentes histoires et de nos valeurs respectives dans un esprit d’écoute et de tolérance mutuelle.

Ensuite, nous soutenons le projet d’Union pour la Méditerranée parce que nous espérons le voir déboucher sur des projets concrets. Et la relance récente de ce processus dans un certain nombre de domaines nous semble constituer un message d’espoir très important.

Quel rôle pour la laïcité dans les sociétés multiconfessionnelles ?

Venons-en maintenant au sujet spécifique de cette table ronde « Identité et laïcité ».

En ce qui me concerne, je souhaiterais aborder brièvement la question de la laïcité dans l’espace public, dans le contexte spécifique de la société française, encore que je pense que la conception française de la laïcité peut avoir vocation à s’exporter, particulièrement dans des sociétés multiconfessionnelles et multiculturelles.

Je pense que chacun connaît ici l’histoire de la laïcité en France et les trois ruptures qu’ont représenté :

1) D’abord la Révolution française de 1789 et l’apparition de la souveraineté de la Nation et d’une recherche de la démocratie comme régime de gouvernement du peuple par le peuple ;

2) Ensuite, les lois scolaires de la fin du XIXe siècle et la laïcisation de l’éducation. Dans la mesure où la République se doit de respecter la conscience de chacun, le suffrage doit être « éclairé ».

Victor Hugo l’affirmait : « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ».

Aussi l’école doit-elle être obligatoire. Et pour que tous les enfants puissent la fréquenter, riches comme pauvres, elle doit être gratuite. Enfin, pour ne pas attenter si peu que ce soit à la conscience de l’enfant, qu’il soit croyant ou non, l’école publique doit être laïque. En effet, il ne s’agit pas de former des croyants mais des citoyens critiques pourvus des outils intellectuels qui leur permettront de perfectionner sans cesse la démocratie dans laquelle ils vivent ;

3) Enfin, la Loi du 9 décembre 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat à laquelle le GODF est très attaché en tant que pilier fondamental de l’édifice laïque et républicain en France.

En 1905, Jean Jaurès écrivait que : « La loi de Séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison. »

Dans ce cadre historique et juridique, la laïcité crée a priori un espace de liberté.

D’un point de vue politique, son étymologie – Laos signifie « peuple » en grec, le peuple indivisible – fait de la République le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. La laïcité c’est effectivement le règne du droit commun.

" La laïcité n’a rien d’antireligieux"

La laïcité garantit en outre la liberté individuelle de conscience et d’expression dans les limites de l’ordre public ; elle suppose l’impartialité des pouvoirs publics.

Mais il convient de rappeler fortement que la laïcité n’a rien d’antireligieux. Au contraire, elle permet à chaque citoyen, croyant ou non croyant, de vivre sa foi ou sa non foi dans l’intimité de sa conscience, sans interférence du pouvoir politique.

Par contre, et c’est là sans doute, que des divergences, parfois vives, peuvent apparaître entre plusieurs conceptions de la laïcité, nous pensons que dans la société, dans l’espace public commun à tous les citoyens, dont la neutralité religieuse est garantie par l’Etat, les Religions doivent s’abstenir d’interférer.

L’espace public, c’est bien entendu toute la structure de l’Etat républicain : toutes ses institutions, ses démembrements et ses représentations.

L’espace public, nous considérons que c’est également tout le périmètre dans lequel s’exerce la mission de service public de l’Etat : l’Ecole bien entendu mais aussi les hôpitaux, et tous les divers services offerts par l’Etat et les collectivités locales.

En France, cette neutralité religieuse imposée dans l’espace public au nom du principe constitutionnel de laïcité assure depuis plus d’un siècle la paix religieuse, sociale et politique dans l’intérêt du citoyen.

" Favoriser le « vivre ensemble » de sociétés multi-culturelles"

La laïcité est donc une voie de progrès et du « vivre ensemble » qui permet de poser en définitive, l’alternative de ce débat : Savoir si l’on veut vivre les uns « à côté » des autres ou bien les uns « avec » les autres dans un communauté de destin.

Pour le Grand Orient de France, la deuxième branche de l’alternative nous semble infiniment plus prometteuse parce qu’elle permet de porter un projet de société tourné vers l’autre et non refermé sur soi-même et générateur de communautarisme.

C’est cette laïcité là, au singulier et sans adjectif, qui nous semble la plus à même de favoriser le « vivre ensemble » de sociétés devenues, avec les flux migratoires, multi-culturelles.

Cette conception française de la laïcité peut être intéressante à projeter dans le débat sur l’évolution des sociétés méditerranéennes. Non pas bien entendu pour tenter d’imposer ex nihilo un modèle particulier mais plutôt pour interroger ces sociétés quant à leur développement et leur devenir.

Dans nos échanges avec nos Sœurs et Frères de la Méditerranée, nous constatons que la laïcité constitue effectivement un point de référence.

Au-delà des éventuelles querelles de définitions, inévitables sur un tel sujet, et surtout éminemment tributaires de l’histoire et de la culture de chacun des pays concerné, nous nous retrouvons tous pour affirmer que la liberté absolue de conscience, garantie juridiquement par l’Etat et reflétée dans l’Espace public, est la meilleure garantie que les droits de l’individu seront respectés.
Et ceci sans nier bien entendu les différences entre les individus.

Henri Pena-Ruiz note que à ce sujet que : « Trop souvent les hommes ont tendance à privilégier ce qui les divise. Avec la laïcité il faut apprendre à vivre avec ses différences dans l’horizon de l’universel, sans jamais oublier que l’on a des intérêts commun en tant qu’Homme ».

Tout particulièrement, j’ai observé que les femmes avec qui nous discutons de ces sujets étaient particulièrement attachées à la promotion de la laïcité dans les sociétés méditerranéennes parce qu’elles considéraient que la laïcité était la meilleure garantie du respect de leurs libertés fondamentales.

Vous voyez que la question de la liberté n’est jamais éloignée de celle de la laïcité.

En conclusion, je dirais que la Franc-Maçonnerie est porteuse d’une éthique humaniste particulière, qu’elle doit revendiquer : remettre enfin l’Homme au cœur de tous les projets politiques. C’est au fond la notion de « Fraternité » que nous affirmons régulièrement dans nos Temples.

Et la laïcité peut certainement permettre, parce qu’elle porte en elle des valeurs intrinsèques de respect, de liberté et de tolérance, une évolution des sociétés méditerranéennes plus apaisée, plus harmonieuse et plus fraternelle.

Je vous remercie de votre attention.

Pierre LAMBICCHI
Sérénissime Grand Maître du GODF

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