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À PARIS, À LA CONFÉRENCE DU CAPP SUR LE SECTEUR SANTÉ EN TUNISIE

Philippe de Fontaine Vive Curtaz :
« La Tunisie est capable d’un miracle économique pendant toute une décennie »

21 juin 2018
Sur la photo, de gauche à droite : Dr Khaldoun Bardi, chirurgien et membre de l’Académie européenne de médecine, Dr Maher Zahar, PDG de MIRE (Medical and informatical research and education), Philippe de Fontaine Vive Curtaz, vice-président honoraire de la BEI (Banque européenne d’investissement) et senior adviser du cabinet de conseil en stratégie Oliver Wyman, Mondher Khanfir, vice-président du TABC (Tunisia-Africa Business Council), Mounir Mouakhar, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Tunis. © Frédéric Reglain
À partir de 2019, la Tunisie pourrait entrer dans un nouveau cycle décennal de développement, avec une croissance moyenne supérieure à 4 % par an, selon le vice-président honoraire de la Banque européenne d’investissement (BEI). À condition que les « énergies soient libérées » et que les investissements soient réalisés « dans les secteurs porteurs », comme celui de la santé. Un appel reçu cinq sur cinq par les nombreux investisseurs présents lors de la table ronde organisée à Paris par le Club Afrique de la Presse Parisienne (CAPP).


Au-delà des difficultés actuelles, la Tunisie pourrait réserver de très bonnes surprises dans un avenir proche et les investisseurs seraient bien avisés de s’y intéresser. C’est en substance le diagnostic que Philippe de Fontaine Vive Curtaz, vice-président honoraire de la BEI (Banque européenne d’investissement) et senior adviser du cabinet de conseil en stratégie Oliver Wyman, a posé devant une centaine de participants à la table ronde « Entreprendre en Afrique : Les atouts de la Tunisie dans le secteur Santé », organisée mercredi 20 juin 2018 par le CAPP* en coopération avec AfricaPresse.Paris* et Convergence.link*.

Un argument pour "faire rêver les investisseurs"

La Tunisie, a analysé cet ancien banquier européen qui fut pendant une dizaine d’années le « patron » de la Femip*, possède en effet la « caractéristique » très particulière de « travailler suivant des cycles d’une “grosse” dizaine d’années".
Le pays a ainsi vécu "une décennie de socialisation", lors de son indépendance, à l’issue de la Deuxième guerre mondiale, a détaillé Philippe de Fontaine Vive Curtaz. Puis, il a connu une "décennie de capitalisation très forte" qui lui a permis d’engranger "un taux de croissance de plus de 8 % par an".

"La troisième période, a-t-il poursuivi, est celle de la libéralisation économique qui a donné à la Tunisie un taux de croissance moyen de 4,3 % par an : si vous voulez faire rêver les investisseurs, essayez donc de trouver des pays aux frontières de l’Europe capables d’offrir un tel taux de croissance de manière durable"... Quant à la dernière grande période, appelée "décennie de mise à niveau", elle est toujours en cours depuis 1995.


Aux chefs d’entreprise d’écrire le programme de 2019

Lors de chaque cycle décennal, "il s’est passé la même chose, a observé Philippe de Fontaine Vive Curtaz : une mise en mouvement du pays et une crise économique qui survient pendant plusieurs années, remettant en cause le modèle économique de développement et entraînant en général une révolution politique".

Aujourd’hui, pour le vice-président honoraire de la BEI, si l’économie tunisienne a été "libérée", le pays n’a toutefois pas connu de "libération économique" : "C’est vous, acteurs économiques, a-t-il lancé aux nombreux chefs d’entreprise présents, qui devez écrire le programme de libération économique pour les prochaines échéances de 2019", afin de sortir du "cercle vicieux" des déficits de la balance des paiements et du budget de l’État, de l’accroissement de la dette publique "qui devient difficilement supportable" et de la baisse "significative" du dinar tunisien qui réalimente tous les autres problèmes.

"En libérant ses énergies", a conclu Philippe de Fontaine Vive Curtaz, la Tunisie est "capable d’un miracle économique pendant toute une bonne décennie", comme elle l’a déjà montré, retrouvant "une croissance moyenne supérieure à 4 %, à condition aussi d’investir dans les secteurs porteurs", au premier rang desquels "celui de la santé".

La conférence dédiée au secteur santé de la Tunisie s’est tenue place Saint-Germain-des-Prés, à l’Hôtel de l’Industrie, dans l’historique salle Lumière, celle-là même où les deux frères, Auguste et Louis Lumière, ont projeté le premier film de l’histoire du cinéma, réalisé par eux, le 22 mars 1895. © Frédéric Reglain

Les atouts majeurs de la Tunisie

Les secteurs porteurs ne manquent pas en Tunisie, a aussitôt abondé Mounir Mouakhar, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Tunis (lire également l’article de Bruno Fanucchi, « Mounir Mouakhar promeut les atouts d’excellence de la Tunisie »), qui s’est attaché à montrer les nombreuses opportunités d’affaires, surtout depuis la loi d’avril 2017, "très favorable et encourageante" pour les investissements, en dépit d’une "situation économique assez perturbée".

Pour Mounir Mouakhar, l’un des atouts "majeurs" de la Tunisie est d’être "au carrefour de l’Europe et de l’Afrique". Une position "géographique privilégiée" car Tunis, a-t-il rappelé, se trouve ainsi à 2 h 15 de Paris, une heure de Nice ou Marseille.
Mettant l’accent sur le secteur de la santé "en plein essor", le président de la CCI de Tunis a rappelé que son pays dispose de "services médicaux développés et des compétences reconnues à l’échelle internationale". Le secteur public de la santé compte ainsi 2 058 centres de base et 167 hôpitaux, dont 23 CHU.

Faible coût de la main-d’œuvre


La Tunisie a "tous les ingrédients d’un centre d’excellence en matière de santé", a renchéri pour sa part Mondher Khanfir, vice-président du TABC (Tunisia-Africa Business Council). Les professionnels de son pays, grâce à leur "expertise médicale", sont en train de fortement investir dans la santé numérique – une "priorité" – et de développer l’offre médicale à destination des patients étrangers, que ceux-ci se trouvent en Europe ou sur le continent africain.

"Il est très facile d’arriver dans toutes les capitales européennes à partir de Tunis", a confirmé le Dr Maher Zahar, PDG de MIRE (Medical and informatical research and education). Mais, a-t-il ajouté, la Tunisie a un atout supplémentaire : le faible coût de sa main-d’œuvre. "Chez nous, a précisé Dr Maher Zahar, le salaire mensuel moyen d’un ingénieur est de l’équivalent de 700 euros ; en Europe, un ingénieur consultant junior facture 300 euros... par jour ! »

Cela signifie que les cliniques tunisiennes et leur personnel médical de qualité pourraient accueillir les patients européens à des coûts très faibles que les mutuelles et compagnies d’assurances pourraient plus facilement accepter de prendre en charge. Comme dans les domaines de la thalassothérapie et des soins par les eaux, des soins dentaires et ophtalmologiques, ou encore des soins esthétiques.

Un chaînon manquant à l’essor du tourisme médical

"Des soins qui ne sont pas pris en charge habituellement par les assurances", a noté le Dr Khaldoun Bardi, chirurgien et membre de l’Académie européenne de médecine. Or, en matière de santé, la Tunisie a beaucoup d’ambitions dans le tourisme médical : elle se classe aujourd’hui seulement au 36e rang sur les 41 destinations qui existent dans le monde dans ce domaine. Pour ce spécialiste cependant, "nous ne nous sommes pas donné les moyens d’être assez présents auprès de ces compagnies d’assurances, car celles-ci ne paient les factures que si les soins sont dispensés par des établissements accrédités. C’est à cela que nous travaillons, à créer ce chaînon manquant". Cela pourrait se faire, selon Dr Khaldoun Bardi, "à partir d’un réseau de professionnels de santé, pour aboutir à des colocalisations" de cliniques en Tunisie.

Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris

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* Femip - La Facilité euroméditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP) rassemble les instruments d’intervention de la BEI dans les pays partenaires méditerranéens : Algérie, Égypte, Gaza-Cisjordanie, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie et Tunisie. En savoir plus : sur le site Web de la BEI, www.bei.org

*Le CAPP, Club Afrique de la Presse Parisienne, est une association nouvellement créée (J.O. des associations du 03/02/2018) dont l’objet est de témoigner et de contribuer à favoriser « les échanges de tous ordres – économiques, culturels, géopolitiques et humanitaires – entre la France et l’Afrique, ainsi qu’entre l’Europe et l’Afrique ». (L’espace en ligne du CAPP sera créé cet été, sur le site partenaire www.AfricaPresse.Paris)

*www.AfricaPresse.Paris est l’agence d’information dédiée à l’actualité économique africaine dans la capitale française. Car Paris est (aussi) une capitale économique africaine : au fil des semaines s’y succèdent des forums et colloques sur les pays africains, des rencontres pour le financement de leurs plans de développement, des coopérations et expertises institutionnelles, des montages de co-entreprises et PPP, etc. et cela dans tous les secteurs d’activité (numérique, énergies renouvelables, climat, santé, sécurité, éducation…). Autant de réalités qui font de Paris l’une des capitales économiques les plus opérationnelles pour l’Afrique en devenir, notamment francophone.


*Convergence.link est une plate-forme récemment créée de réseaux d’affaires et de recrutement (BtoB et RH) dans l’espace de l’AME (Afrique-Méditerranée-Europe).

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