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Patrick SEVAISTRE (CCE, IHEDN) : « Le rôle moteur des entreprises dans l’intégration régionale ouest-africaine », thème au cœur du prochain séminaire IHEDN-CCE

4 avril 2022
Patrick SEVAISTRE (CCE, IHEDN) : « Le rôle moteur des entreprises dans l'intégration régionale ouest-africaine », thème au cœur du prochain séminaire IHEDN-CCE
La Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAf) est porteuse de grands espoirs, mais l’expérience montre qu’il ne suffit pas de réduire les droits de douane pour libéraliser les échanges. Aussi, dynamiser le processus ne pourra se faire sans intégrer plus largement les intérêts et aspirations des entreprises, aujourd’hui ignorées.

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Une contribution de Patrick SEVAISTRE
Membre du bureau de la Commission Afrique des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCE)
Ancien auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale)

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La pandémie a éprouvé les efforts d’intégration économique régionale en Afrique et souligné l’urgence d’améliorer la capacité et l’engagement des institutions régionales à accélérer le rebond des économies africaines. Mais les dirigeants du continent ont beau appeler depuis plusieurs décennies à multiplier les accords pour favoriser l’essor du commerce entre leurs économies respectives, le bilan, en dépit d’avancées notables, reste encore globalement contrasté.

C’est le cas en Afrique de l’Ouest, pourtant citée comme un exemple de volonté et de progrès en matière d’intégration, mais où les accords inter-étatiques signés peinent à se traduire par des changements concrets de politiques. Sur le terrain, les obstacles auxquels sont confrontées les entreprises africaines exportatrices et importatrices sont légion et difficilement contournables.

L’expérience montre en effet qu’il ne suffit pas de réduire les droits de douane pour libéraliser les échanges commerciaux. Les obstacles non tarifaires internes restent en effet nombreux et bien enracinés : contingentements imprévus, refus des conditions préférentielles, mauvaises conditions d’acheminement et de stockage. S’attaquer à ces obstacles constitue les défis et enjeux de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAf).

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Le rôle déterminant du secteur privé

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Partout dans le monde, la motorisation des processus d’intégration économique régionale est venue en grande partie du secteur privé car, dans la pratique, c’est lui qui contribue à l’élimination progressive de la plupart de ces obstacles.

Mais le fait est que le secteur privé africain reste globalement absent du processus d’intégration régionale sur le continent. Peu associé à la prise de décisions sur les modalités et stratégies d’intégration régionale, il devient le prestataire d’une politique publique régionale à l’élaboration de laquelle il participe rarement, mais dont il lui est demandé d’être le moteur.

Pourtant, rappelons-le, l’impact de la ZLECAf dépendra de la mesure dans laquelle les entreprises des différents secteurs et pays seront en mesure d’utiliser ce dispositif institutionnel novateur et décideront si cela vaut la peine de l’utiliser. Voilà qui va nécessiter un effort important de la part des États signataires pour traduire l’accord en processus, puis en procédures pratiques, et enfin d’inciter les entreprises à les utiliser.

Dans ce contexte, et tous les analystes le disent, une intégration économique régionale plus approfondie en Afrique de l’Ouest est théoriquement porteuse de possibilités encore inexploitées de croissance, d’emplois et de stabilité dans la région.

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Un champ nouveau de partenariat entre
entreprises françaises et opérateurs privés africains ?

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Mais le processus engagé jusqu’ici fait débat et invite à des regards croisés entre acteurs institutionnels européens, français et africains, chercheurs et acteurs du secteur privé africain et français afin de répondre aux questions suivantes :

Pourquoi les échanges communautaires, du moins formels, sont aujourd’hui si faibles dans la région ? Quels sont les obstacles physiques, historiques, structurels, institutionnels, politiques mais aussi sécuritaires qui limitent concrètement la liberté de circulation des personnes, des biens et des capitaux ?

Comment réduire l’écart observé entre commerce et sécurité et qui menace à la fois les échanges économiques et la stabilité politique de la région ? Nombre de pays dans la région se trouvent devoir en effet ouvrir leurs frontières aux flux légaux de biens et de personnes sans avoir les moyens de lutter contre les trafics et les groupes extrémistes transnationaux. Alors que les échanges régionaux ne peuvent se formaliser en l’absence de paix et de sécurité, la faiblesse du commerce formel est susceptible d’encourager la criminalisation des réseaux marchands dans la région.

Comment une intégration régionale renforcée permettrait-elle de stimuler l’investissement privé, d’intensifier et diversifier le commerce intra et extra-communautaire ? Comment susciter des réformes en profondeur pour améliorer ces échanges et favoriser des projets communs de dimension régionale portés par les entreprises (corridors de transports, chaînes logistiques, interconnexions énergétiques, etc.). Dans ce contexte, l’intégration régionale ouest-africaine est-elle un champ nouveau de partenariat entre entreprises françaises et opérateurs privés africains pour bâtir de nouvelles chaînes de valeur régionale, et si oui, comment et à quelles conditions ?

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Rendez-vous en mars 2023

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Autant de questions essentielles auxquelles ce IVe séminaire sur l’Afrique en mouvement, prévu en mars 2023, s’efforcera de répondre en offrant un espace de débat entre décideurs publics et privés, ainsi qu’avec les meilleurs chercheurs africains sur ces questions, lesquels reprochent souvent aux think tanks occidentaux l’extraversion de leur grille d’analyse et, in fine, l’inadéquation des solutions proposées.

Afin de nourrir ces débats, le séminaire s’appuiera sur la contribution du réseau des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCE) en Afrique de l’Ouest. Ceux-ci seront invités à partager leurs expériences, leurs analyses et leurs recommandations visant – en dépit d’un environnement politique et sécuritaire toujours difficile dans certains pays de la région –, à dynamiser le processus d’intégration en intégrant plus largement les intérêts et aspirations des entreprises.

Pour réaliser en Afrique de l’Ouest des progrès durables en matière d’intégration économique régionale et faire en sorte que, à terme et comme le suggère la Banque Mondiale, les gains liés à l’intégration puissent surpasser, voire se substituer à l’aide internationale, les gouvernements, les acteurs économiques et sociaux ainsi que les partenaires du développement vont en effet devoir unir leurs efforts.

Dans cette perspective, ce IVe séminaire IHEDN-CNCCE aura pour thème « l’intégration régionale face aux défis de la croissance, de l’emploi et de la sécurité en Afrique de l’Ouest ». Organisé en partenariat avec le MEDEF International et le CIAN, et animé par le président de la Commission Afrique des CCE, son objectif sera d’offrir le cadre de la réflexion et du dialogue entre tous les acteurs concernés en vue de faire émerger si possible des recommandations et propositions concrètes pour contribuer à relever ensemble les défis de l’intégration régionale et à développer une réflexion commune sur l’avenir de cette région.

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