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Pascale Albert-Lebrun, DGA Eranove : « L’autonomisation des acteurs est nécessaire pour progresser en compétences » sur le financement des infrastructures durables en Afrique

15 octobre 2019
Les panélistes participant à la conférence, de gauche à droite sur la photo : Alfred MIGNOT, directeur du site AfricaPresse.Paris, modérateur ; Gregory NESS, directeur Export et Finance Afrique de la Standard Chartered Bank ; Charles-Henri MALÉCOT, directeur général de STOA ; Mme Pascale ALBERT-LEBRUN, Directrice générale adjointe du Groupe ERANOVE ; Yves LEPAGE, avocat associé, Responsable mondial Afrique, cabinet ORRICK ; Samuel GOLDSTEIN, directeur du Développement Afrique de MERIDIAM. © Lina Kortobi
Comment envisager le financement d’infrastructures durables en Afrique, alors même que les gouvernements sont endettés et que le secteur privé préfère largement investir dans des projets sûrs et rentables ? Le cabinet Orrick vient de co-organiser avec Paris Europlace une conférence matinale dédiée à cette thématique des “enjeux du financement durable des investissements durables en Afrique”, dans la cadre de Paris Infraweek 2019.

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Un article de Lina Kortobi pour AfricaPresse.Paris (AP.P)
@LinaKortobi | @PresseAfrica

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Déploiement de ports, d’aéroports, de routes et d’autoroutes, d’infrastructures d’accès à l’eau et à l’électricité… autant de projets où l’investissement de long terme peut avoir un impact économique, social et environnemental positif. Investir dans de l’infrastructure durable revient donc à « financer du long terme soutenable ».
La Banque mondiale estime les investissements nécessaires au développement des nouvelles technologies, des infrastructures de transport, d’eau, et d’énergie à 93 milliards de dollars par an en Afrique. Mais le financement des infrastructures africaines n’a pourtant pas dépassé les quelques 81 milliards de dollars en 2017 (selon le dernier rapport du Consortium pour les infrastructures en Afrique).

Pour faire face à ces investissements onéreux, les gouvernements africains, souvent à nouveau fortement endettés, se tournent de plus en plus vers les partenariats public-privé (PPP). « Ce mode de financement a l’avantage d’assurer la maintenance et l’opérationnalité du projet pendant toute sa durée de vie », explique Charles-Henri Malécot, directeur général chez STOA, véhicule d’investissement filiale de la CDC et l’AFD, destiné à financer des infrastructures nouvelles ou existantes dans les pays en développement. Mais « d’expérience, il est plus difficile et plus long de monter des projets en PPP en Afrique qu’en Amérique latine, par exemple », poursuit-il.

En cause, en amont, un cadre juridique et institutionnel encore mal défini : organiser les appels d’offre, améliorer la capacité des États à communiquer avec des interlocuteurs fiables pour travailler sur des montages complexes est encore difficile.

En aval, le besoin de restructuration des secteurs est patent. « Nous avons cofinancé avec EDF et la Banque Mondiale la construction d’un barrage au Cameroun, qui pourra subvenir à faible prix à 30 % de la consommation électrique du pays. Mais nous devons nous assurer que ceux qui nous achèteront l’électricité soient en capacité de payer régulièrement. Raison pour laquelle la restructuration du secteur électrique camerounais est absolument nécessaire », illustre C.-H Malécot. Selon ce dernier, le soutien de partenaires institutionnels et d’organismes de développement (Banque Mondiale, AFD) s’avère indispensable tout au long du partenariat.

Une vue de l’assistance. © AM/AP.P

La controversée évaluation du risque

Une manière d’encourager l’investissement durable sur le continent mais aussi de « dérisquer » les projets, même si la majorité des panélistes s’accordent à dire que « la perception du risque en Afrique est surévaluée ». D’autant que « les taux de défaut sont incomparablement plus élevés en Amérique latine », argumente Yves Lepage, avocat Associé et responsable mondial Afrique du cabinet Orrick.

La perception du risque n’en reste pas moins liée à un climat politique mal appréhendé par les investisseurs. Ce à quoi répond Pascale Albert-Lebrun, Directrice générale adjointe du Groupe Eranove : « Nous nous sommes fixé comme exigence d’avoir toujours à nos côtés l’État, gage de stabilité sur le long terme. En Côte d’Ivoire où nous sommes présents depuis plus de 60 ans, notre groupe n’a jamais cessé d’être rentable, de fournir un service public aux populations et d’avoir un dialogue quel que soient le gouvernement et les alternances politiques qui se sont succédés. »

La DG adjointe du groupe Eranove préconise pour toute la durée de la coopération une approche tout autant « durable », qui permette aux États africains de s’approprier les problématiques liées au montage de projets, de les répliquer dans d’autres cas, et d’ainsi accélérer « l’autonomisation des acteurs impliqués, nécessaire pour les faire progresser en formation et en compétences. » Il n’est donc pas anormal que « tout prenne de manière disproportionnée beaucoup plus de temps, au regard de nos standards [européens] », conclut-elle.

À terme, l’accroissement de souveraineté des pays africains devrait passer par le développement du financement local, encouragé par l’ensemble des intervenants, qui regrettent de ne pas pouvoir mobiliser le volume d’épargne offert par les fonds souverains. « L’une des voies de développement financier pour le Continent est clairement une montée en puissance de fonds de pension à échelle locale », soutient Y. Lepage. Notamment via la multiplication de caisses de dépôts africaines, investisseurs de long terme, mobilisateurs de ressources locales, et vecteurs de financement durable pour chaque pays.

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