Retrouvez AfricaPresse.paris sur :
RSS

Outils

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril)

Omar Behi, ministre tunisien du Commerce : « Ce forum relance les relations tuniso-africaines »

1er mai 2018
Omar Behi, ministre tunisien du Commerce (au centre) en compagnie d’Issad Rebrab, Président du groupe algérien Cevital (à gauche) et de Abdelwahab Ben Ayed, président du groupe tunisien Poulina, qui participaient à la table ronde sur l’agro-industrie modérée par Alfred Mignot, directeur fondateur de AfricaPresse.Paris. © Bruno Fanucchi.
L’ambition fut clairement affichée : « Ce forum doit relancer les relations tuniso-africaines ». Omar Behi, ministre tunisien du Commerce, en a exprimé le vœu lors du cocktail d’ouverture, à la veille de ce premier Forum économique africain d’envergure internationale organisé à Tunis. Deux jours plus tard, au vu de l’affluence et de la qualité des visiteurs et participants, on peut affirmer que cette première étape du « retour » de la Tunisie en Afrique a été franchie avec succès. Récit.

De notre envoyé spécial à Tunis, Bruno Fanucchi
et pour notre site partenaire L’Afrique aujourd’hui

Le premier Forum économique africain de Tunis, qui vient de se dérouler à l’Hôtel Laico, les 24 et 25 avril, a été organisé en trois mois seulement avec l’aide de la Banque arabe pour le Développement économique en Afrique (BADEA). L’événement aura coûté la bagatelle de 200 000 dollars au gouvernement tunisien, mais aura (dé)montré comment la Tunisie nouvelle se lance dans une politique d’ouverture tous azimuts pour multiplier ses échanges commerciaux avec les autres pays africains, quelque peu délaissés par elle depuis une trentaine d’années.

« La Tunisie est de retour en Afrique »

« La Tunisie est de retour en Afrique », assure le ministre du Commerce qui est à l’initiative de ce projet audacieux visant à « établir de nouvelles relations avec les pays africains basés sur des intérêts mutuels et pas vus uniquement comme un marché potentiel ».

La démarche se veut réaliste et pragmatique : tout le monde doit s’y retrouver ! Et les grands moyens ont été débloqués pour que ce lancement soit réussi : quelque 150 personnalités de toute l’Afrique ont été invitées et l’on comptait près d’un millier de personnes à la cérémonie d’ouverture.

Ce premier Forum – dont l’ambition est de « devenir un rendez-vous annuel incontournable pour accélérer l’intégration africaine et développer la coopération Sud-Sud » – s’est donc organisé autour de cinq secteurs vitaux pour l’économie du Continent : 1/ Les travaux publics et les infrastructures ; 2/ Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ; 3/ L’agriculture et l’agro-industrie ; 4/ La santé et la pharmacie ; 5/ L’éducation, la formation et l’enseignement supérieur.

Cinq grands thèmes porteurs pour les cinq panels du Forum qui devaient être l’occasion d’échanges fructueux et de projets concrets, sans parler de nombreuses rencontres B2B menées pendant deux jours en parallèle.

Une ouverture tous azimuts

Avec un taux de croissance annuel global de 4,3 %, l’Afrique ne manque pas d’atouts même si « le taux des échanges entre Africains ne dépasse pas actuellement les 13 % ».

D’où la nécessité bien comprise par les autorités tunisiennes d’une ouverture tous azimuts du pays vers les organisations économiques sous-régionales comme la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), au sein de laquelle la Tunisie décrochera le statut de « membre observateur » lors du Sommet de Lomé en juin prochain, ou comme le COMESA (Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe), dont elle s’apprête à devenir le vingtième membre. Sans oublier l’UMA (Union du Maghreb Arabe) dont elle fait partie depuis sa création en 1989 et dont l’actuel secrétaire général est l’ancien chef de la diplomatie tunisienne, Taieb Baccouche.

Tunisair et la diplomatie à la rescousse
des entrepreneurs tunisiens

Pour permettre à ses hommes d’affaires de sillonner plus aisément le Continent et aux investisseurs africains de venir à Tunis, faciliter le trafic et les échanges avec le reste de l’Afrique, la Tunisie vient d’ouvrir cinq représentations diplomatiques : au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Guinée et au Mali. Tunisair, la compagnie nationale, vient quant à elle d’ouvrir deux nouvelles lignes aériennes sur Conakry (Guinée) et Cotonou (Bénin) et des liaisons maritimes sont prévues pour desservir prochainement la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Ghana.
« Après le XXe siècle qui fut celui des indépendances, comme le souligne fort à propos le ministre du Commerce, le XXIe siècle doit être celui du développement économique et social pour les différents peuples africains ». Le cap est donc clairement fixé.

« L’Afrique compte aujourd’hui
plus d’un milliard de portables" 

« Nous étions le grenier de Rome ! » se plaît de son côté à rappeler avec malice Slim Feriani, ministre de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises (PME), intervenant dans la conférence dédiée à l’agro-industrie, modérée par notre confrère directeur-fondateur d’AfricaPresse.Paris, Alfred Mignot. Un ministre très fier, lui aussi, de défendre les atouts et points forts de la Tunisie nouvelle qui ne doit bien évidemment pas se limiter à la culture des dattes, des tomates et des olives, mais « développer des stratégies par filières, et notamment les filières à forte valeur ajoutée [même si] on ne peut pas être les meilleurs dans tout ! »

« Le XXIe siècle sera en partie africain », renchérit Radhi Meddeb, PDG de COMETE Engineering et commissaire général de ce premier Forum économique de Tunis. « L’Afrique compte d’ores et déjà aujourd’hui plus d’un milliard de portables » qui sont « les outils de l’entrepreneuriat, mais aussi de la Révolution », observe-t-il, comme on l’a vu en Tunisie en 2011.

C’est pourquoi la Tunisie, « avec une jeunesse de plus en plus éduquée et branchée », comme l’ensemble de l’Afrique, où la moyenne d’âge est aujourd’hui de 20 ans, se retrouve confrontée aux trois défis majeurs de la jeunesse, de l’éducation et de l’emploi.

Or « la croissance seule ne fait pas le développement », ajoute Radhi Meddeb, important opérateur du secteur privé. Il est donc nécessaire que la Tunisie se donne les bons outils pour démarcher les pays du Sud.
Regrettant ouvertement que « la Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique, loin devant l’Europe », Radhi Meddeb plaide « pour que les opérateurs privés tunisiens aient un accompagnement financier pour aller s’installer en Afrique » et que « nos banques fassent l’effort nécessaire ». Il faut espérer, pour la Tunisie, que le secteur privé soit entendu et compris.

Sept ans après les « Printemps arabes », puis la vague d’attentats terroristes ayant durement frappé le pays et son industrie touristique et hôtelière, la Tunisie – qui ne manque pas de jeunes talents et de chefs d’entreprise dynamiques – a besoin de se refaire une santé économique et de se prouver à elle-même qu’elle peut donner l’exemple, et être bien utile au développement de l’Afrique.

◊ ◊ ◊

TOUS NOS ARTICLES SUR CET ÉVÉNEMENT :

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril) - Issad Rebrab, président du groupe Cevital : « Il faut désenclaver l’Afrique et dessaler l’eau de mer ! »

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril) - Radhi Meddeb : « À nous, Africains, de nous mobiliser pour le développement de notre continent ! »

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril) - Taieb Baccouche, SG de l’UMA : « L’accord de libre-échange de Kigali est un pas très positif pour l’intégration africaine »

Au Forum économique africain de Tunis - Radhi Meddeb : « La Tunisie a pris le chemin vertueux de l’ouverture économique à l’Afrique »

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril) - Tèi Konzi, commissaire togolais chargé du Commerce : « La CEDEAO prépare activement son marché commun »

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril) - Anis Jaziri, Fondateur et SG du Tunisia-Africa Business Council (TABC) : « Le déploiement en Afrique est vital pour les entreprises tunisiennes »

Au Forum économique africain de Tunis - Omar Behi, ministre tunisien du Commerce : « Ce forum relance les relations tuniso-africaines »

Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril) - Khaled Igue, Pdt du Club 2030 Afrique : « L’entreprise sera pour l’Afrique la solution du XXIe siècle »

◊ ◊ ◊