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Moussa MARA, ancien Premier ministre du Mali : « Négocier avec les terroristes, c’est une fausse bonne idée ! »

21 février 2020
Moussa MARA, ancien Premier ministre du Mali. © DR
Au-delà des opération militaires, dont on connaît les difficultés, comment contrer et anéantir la capacité de nuisance des terroristes sévissant au Sahel ? Si certaines personnalités de haut rang sont tentées par l’ouverture de négociations avec les terroristes, l’ancien Premier ministre du Mali s’y oppose catégoriquement. Voici ses arguments.

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Une contribution de Moussa MARA
Ancien Premier ministre du Mali

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L’annonce faite par le Chef de l’État du Mali, des contacts avec les groupes terroristes en vue de négociations, a eu un retentissement médiatique important. Le Président de la République se fonde sur les recommandations du Dialogue national inclusif de la fin de l’année dernière et sur une opinion publique favorable à ces démarches car essentiellement préoccupée par la fin des hostilités et des morts.
Il est aussi vrai que l’ouverture de négociations a été régulièrement demandée par des leaders d’opinion. Ces suggestions visent principalement Iyad Ag GHALI et Amadou KOUFFA qui, tireraient les ficelles du terrorisme dans notre pays. En 2019, des rencontres auraient même été organisées avec Amadou KOUFFA dans cette perspective.

Cette nouvelle stratégie des autorités maliennes laisse pour le moins sceptique.
Les initiatives visant à négocier avec les terroristes sont aussi hasardeuses qu’improductives et, surtout, encouragent la persistance dans la terreur qui sera ainsi perçue comme un moyen d’obtenir des contreparties. C’est exactement comme la négociation avec les preneurs d’otages, à la base de la multiplication de ce phénomène. N’importe quel aventurier verrait dans cette possibilité l’opportunité de prendre en otage la communauté nationale en s’érigeant leaders d’organisations terroristes, ayant comme signature des actes violents pour ensuite monnayer sa reddition contre des faveurs indues.

Il faut éviter de mettre son doigt dans cet engrenage compte tenu de notre contexte, du trop grand nombre d’hommes en armes au Sahel et donc des possibilités d’y lever des groupes violents.
La communauté internationale devrait savoir que Iyad Ag GHALI n’existe pas sans la force de frappe d’AQMI et tout ce qui lui est lié. Sa force est celle des terroristes. S’il se séparait d’eux, son influence socio-politique, voire sa vie, seraient en danger et il lui sera impossible de prétendre à un quelconque leadership au sein de sa communauté.

Des réalités et rapports de forces changeants

L’évolution sociologique de ce milieu, la démographie et le rajeunissement subséquent de la population ainsi que l’apparition de la donne du trafic de drogue ont et vont redistribuer les cartes de leadership au sein des communautés du Nord du Mali. Le retour de nombreux acteurs de la diaspora qui ne s’inscrivent pas dans les dynamiques classiques, remettent en cause certaines réalités passées. Il faut enfin ajouter l’existence d’autres mouvements politico-militaires qui, à la suite de la dernière crise et de la signature des Accords, bénéficient de quelques redistributions de pouvoirs liées à la mise en œuvre desdits Accords [dits d’Alger, mais signés le 15 mai et 20 juin 2015 à Bamako — après des négociations menées à Alger — entre la République du Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ndlr].

Ce sont des réalités perceptibles qui font que Iyad Ag GHALI n’a que AQMI pour exister, la violence pour s’affirmer et compte sur la persistance dans cette voie pour être crédible. Comment négocier avec quelqu’un qui est dans une posture similaire ? Amadou KOUFFA a lié son sort à Iyad Ag GHALI, ce qui ne fait plus de lui un interlocuteur indépendant.

Il faut ajouter que d’autres acteurs, notamment l’État islamique (EI) dans le grand Sahara, sont actifs dans le Sahel et sont même en passe de dépasser AQMI en termes d’influence et de capacités militaires. Discuter avec les uns ne pourra donc pas être synonyme d’apaisement même en cas d’accord, car cela ne concernera pas les autres !

En outre, négocier avec les terroristes sous-entend proposer des contreparties. Quelles contreparties peuvent être proposées ? Que peuvent demander les terroristes ? Leur discours est radical et incompatible avec la laïcité et la République. Il n’est pas envisageable de leur proposer de responsabilités ; Ag GHALI est inscrit sur la liste des terroristes à éliminer par les États-Unis et d’autres, et continue à revendiquer la mort des soldats étrangers ou nationaux.

En réalité, la proposition de négocier avec les terroristes est l’exemple même de la fausse bonne idée. Elle est dangereuse en soi et injustifiable. Elle pourra difficilement aboutir compte tenu de la position des principaux concernés.

Un terroriste reste un terroriste ! Qu’il soit Malien ou Afghan, il est un acteur de terreur qui s’exprime par la violence aveugle et gratuite et se réalise par la désolation sociale qu’il crée par ses actes. Il doit être traité de manière similaire à Mossoul, Maidougouri ou Menaka. Sa neutralisation doit être une priorité pour limiter les pertes civiles et militaires qu’il cause.

« Retirer ces jeunes d’entre les griffes
de marchands de morts fanatisés »

En revanche, combattre les terroristes, notamment ceux qui dirigent les mouvements terroristes, ne veut pas dire assimiler à eux tous les jeunes désœuvrés enrôlés, souvent à leur corps défendant. La majorité de ces jeunes ne sont pas des fous furieux, loin de là !
De nombreux rapports indiquent pertinemment que certains parmi eux se sont engagés pour avoir une rémunération, d’autres par peur de représailles, pour protéger leurs familles ou, simplement, pour être considérés et avoir quelques faveurs au sein de leurs communautés. Il convient de traiter cette réalité et engager les voies et moyens permettant de retirer ces jeunes d’entre les griffes de marchands de morts fanatisés.

De nombreuses actions doivent être envisagées dans cette perspective. Il faut mettre à profit le caractère intégré des communautés, convier les leaders traditionnels, religieux et les mécanismes disponibles pour identifier et convaincre certains jeunes à abandonner la voie du terrorisme. Le processus de paix peut être mis à profit pour les inscrire dans les dynamiques de Désarmement Démobilisation et Réinsertion (DDR). L’initiative algérienne de la loi sur la concorde civile peut aussi être envisagée pour amnistier certains auteurs de délits mineurs et faire bénéficier aux auteurs de crimes de peines atténuées afin de les soustraire de la dynamique jusqu’au-boutiste du terrorisme.
Les pays sahéliens sont constellés de réseaux, d’organisations traditionnelles, de leaders influents et de mécanismes appropriés pour permettre de faire un travail fouillé sur la question des jeunes embrigadés et obtenir quelques résultats appréciables sur ce segment. L’administration, la justice, les forces de sécurité et les services de base doivent également jouer leur partition en agissant pour obtenir la confiance des populations.

Cela constitue la démarche idéale pour affaiblir la dynamique terroriste dans le Sahel en ce moment. Il n’est ni utile ni productif de se focaliser sur des leaders terroristes inscrits dans d’autres trajectoires.

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DUME AUTEUR

- Moussa Mara et Patrice Fonlladosa :« L’eau, l’assainissement et l’électricité, outils prioritaires de la paix en Afrique »

- Moussa Mara, ancien Premier ministre : « Au Mali, nous avons besoin de rétablir une gouvernance responsable et vertueuse » (XIes Rencontres Internationales des PPP - Paris, 21-22 mars 2018)

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